Historique
La paroisse orthodoxe française Saint-Germain-et-saint-Cloud a été fondée dans le département des Yvelines (France) en 1977. Elle avait commencé par des réunions d’amis dans une maison agrémentée d’un beau jardin. Dans une cabane de neuf mètres carrés, nous avons commencé à célébrer, grâce à Père Grégoire Bertrand-Hardy. Nous célébrions d’abord en semaine, puis le dimanche de plus en plus régulièrement. Les fidèles restaient après la divine Liturgie pour discuter, manger et boire. C’était très sympathique. C’était l’existence chrétienne normale, à la fois traditionnelle et vivante. Il y a un rapport entre l’Église et l’amitié. Père Grégoire faisait des catéchèses intéressantes. Il respectait tout le monde et il était aimé de tous. C’était une atmosphère de liberté et de sérieux ; une atmosphère fraternelle et affectueuse.
Le lieu de culte
Au bout de quelque temps, une de nos amies a trouvé à louer dans Louveciennes un local commercial, deux pièces, où nous avons commencé à aménager l’église et la salle paroissiale. En octobre 1977, la paroisse et son association cultuelle furent fondées sous la présidence de Père Grégoire. Il y avait un garçon très sympathique du nom de Philippe qui fut le premier président laïc de la paroisse et de son association. Tous nos amis, une trentaine de personnes au début, se caractérisaient par leur amour de la Liturgie. On disait des vêpres, des laudes, la divine Liturgie elle-même ; on répétait les chants ensemble ; on portait la communion aux malades. C’était la vie.
Les saints patrons
Cette année nous fêtons avec beaucoup d’émotion le quarantième anniversaire de la fondation de cette église, la paroisse Saint-Germain-et-saint-Cloud. Nous avions, au cours d’une réunion de fondateurs, choisi ces deux patrons pour plusieurs raisons. D’une part, ils font partie du christianisme primitif, de l’Orthodoxie de notre pays. D’autre part, ce sont des saints qui ont vécu dans la région où est implantée la paroisse : non loin, se trouvent la ville de Saint-Cloud et celle de Saint-Germain-en-Laye. Enfin, ces hommes représentent les deux aspirations fondamentales de notre communauté : la vie liturgique avec saint Germain le liturge ; la vie mystique avec saint Cloud l’ermite.
L’inculturation de la Tradition
Ces deux grands charismatiques garantissent le caractère local de notre communauté. Après avoir, pendant des années, suivi la tradition liturgique latine (la Liturgie selon saint Germain de Paris ainsi que les offices correspondants), nous avons opté pour le tipikon gréco slave, celui de Saint-Sabbas, pratiqué par toutes les Églises orthodoxes. Toutefois, nous sommes restés fidèles à l’école musicale de Maxime Kovalevsky, dont nous avons généralisé les principes à l’ensemble du corpus liturgique en langue française. En ceci, lié à la vénération des saints locaux et à l’adoption d’un style iconographique proche du roman, consiste, de notre point de vue, l’inculturation occidentale de la Tradition orthodoxe. Nous pensons contribuer ainsi à l’avenir de l’Orthodoxie en Occident.
Notre paroisse doit beaucoup au monastère Saint-Jean-Baptiste de Maldon. Plusieurs d’entre nous l’ont fréquenté régulièrement. Nous y avons appris à prier. Nous y avons rencontré des Orthodoxes de tous les pays du monde. Dans les moments difficiles, nous y avons trouvé le soutien de la Tradition vécue.
Programme jubilaire
Pour exprimer notre gratitude à l’égard de Dieu et à l’égard des amis, Pères et Frères, qui ont contribué pendant quarante ans à l’heureuse existence de la paroisse Saint-Germain-et-saint-Cloud, le Conseil paroissial a organisé plusieurs évènements : le pèlerinage paroissial en Terre sainte du mois de février, une sortie en vélo avec les enfants le 6 mai, l’agrypnie du 27-28 mai en mémoire de saint Germain de Paris, la fête paroissiale du 25 juin, la célébration liturgique au mois d’août (jusqu’ici période de relâche liturgique), la célébration solennelle en mémoire de saint Cloud le 6 septembre, un petit colloque sur le christianisme en Gaule à l’époque mérovingienne (avec Père Noël Tanazacq), le 8, le pèlerinage aux reliques de saint Cloud à Saint-Cloud, le 9, la présentation (Élie de Foucauld) du livre paru cette année sur l’évêque Jean (Kovalevsky), le pèlerinage et la célébration de la divine Liturgie, le 14 octobre, à Autun, lieu de naissance de saint Germain de Paris ; et, les 12 et 13 janvier 2018, une exposition d’œuvres liturgiques et non liturgiques issues de la paroisse, ainsi qu’une conférence sur l’Icône par Jean-Baptiste Garrigou… D’autres idées peuvent encore, suite à la Pentecôte, germer de nouveau dans les esprits et les cœurs !
La célébration
Dans le cadre du 40e anniversaire de sa fondation, la paroisse orthodoxe française Saint-Germain-et-saint-Cloud a organisé une magnifique journée de célébration, le dimanche 25 juin dernier. La divine Liturgie pontificale, présidée par le métropolite Joseph, avec le métropolite Séraphim et l’évêque Marc, a réuni la majorité des membres de la Communauté, ainsi que des fidèles et des amis venus d’autres paroisses, quelquefois de très loin. Dans l’homélie, le métropolite Séraphim, qui fut notre évêque avant 1998, à la suite de la lecture de l’évangile « du Lys des champs », a exprimé que « tout est grâce ! »
Nos amis catholiques-romains et protestants étaient également, comme d’habitude, fidèlement présents. Une tente avait été montée pour prolonger la petite chapelle et abriter les personnes du soleil. Une superbe croix fleurie ornait en rouge la façade. Les mouvements liturgiques dans le sanctuaire, avec trois évêques, quatre prêtres, deux diacres et deux acolytes, étaient un peu délicats et le grand moment de la Communion a duré lontemps ! À la fin de la célébration, au moment des remerciements et des conclusions, plusieurs croix furent offertes par le Métropolite à la paroisse, en hommage à ces 40 ans de joyeuse constance : elles seront portées par les prêtres desservants et par le diacre promu dignement archidiacre à cette occasion !
L‘agape
Non sans un grand bonheur, l’assistance composée de 180 personnes environ a partagé ensuite l’agape, si bien préparée par une importante équipe de Français et de Roumains, notamment les conseillers paroissiaux, qu’on ne trouve pas de mots pour remercier tous ceux qui ont consacré leur temps et leur coeur à cela. Très réussie était la succession d’interventions – témoignages, mini discours, projection d’interviews, danses, manifestations chorales – qui ponctuaient le repas. L’évêque de Versailles, Monseigneur Aumônier, n’ayant pu venir personnellement, s’était fait représenter. Le maire de la Ville, Monsieur François Viard, ainsi que plusieurs conseillers municipaux, étaient également à table. Le superbe espace du Gymnase de Louveciennes était bien rempli et bien utilisé. L’agape n’a pas commencé sans que l’on prie pour tous les défunts de la paroisse – archiprêtre Grégoire Bertrand-Hardy, Philippe Dubois, Pascaline Costa de Beauregard, Marie-Louise Callot, parmi les fondateurs ; Odile Bergé, Michel Macqueron, parmi les vice-présidents laïcs, et une quantité d’autres personnes – Cécile Bertrand-Hardy, Angela Dinischiotu, Françoise de Lagarde, Madeleine Roud-Marie, Emmanuelle Colin, Martine Leroy, Nicolas Ribault-Menetière, Micheline Carrou, Jacques Pruvost, Ioan et Niculina, Jeannette, Rahila, Andrée Carron, Ciprien Sahli, Elisabeth Dupouy, Ida Demann, Matei Dragos Nicorici, sans oublier le sympathique sympathisant Cecil Saunier !
Témoignages
Un précieux courrier est arrivé à l’église, par la Poste ou par Internet, porteur de paroles de gratitude et d’encouragement. En voici un florilège.
« La présence de cette église a toujours été une grâce et un enrichissement pour le Domaine de Montbuisson où j'habite. » (Michel, un de nos voisins)
« …je serai avec vous… en ce jour du 40ème anniversaire de la paroisse qui est restée chère à mon coeur. Cette rencontre avec le Christ, l’Orthodoxie, la paroisse et ses saints a changé ma vie… » (Geneviève, ancienne paroissienne)
« Avec tendresse, je me joins par la pensée et la prière à votre assemblée ecclésiale de demain qui fêtera … le quarantième anniversaire de la fondation de votre paroisse. Au terme de cette durée ô combien symbolique - de l'épopée du peuple juif dans la traversée du désert pour atteindre la terre promise – et en ce temps aussi de la fête de saint Jean le Baptiste –celui qui crie dans le désert pour annoncer la venue du Royaume -, que Dieu vous accorde joies et bénédictions avec, par et pour tous ceux que vous avez d'ores et déjà conduits depuis des terres arides jusqu'au Fleuve de Vie qu'est le Christ... Avec Pascaline qui n'a sans doute de cesse d'intercéder au Ciel pour vous et votre œuvre commune, puissiez-vous récolter aujourd'hui les fruits des germes de foi, de sagesse et d'amour que vous avez ensemencés dans le cœur de beaucoup de filles et de fils spirituels durant tant d'années : grâces et allégresse divines en abondance ! Que ce jour soit empli pour vous et tous vos fidèles de lumière comme une préfiguration de la gloire éternelle de Dieu promise à Ses élus ! Belle fête à tous ! Ad multos anos ! » (Danièle, Bordeaux)
« Nous vous souhaitons de demeurer fidèles à ce que notre père dans la foi orthodoxe, le bienheureux évêque Jean de Saint-Denis, nous a transmis, tant au plan de la foi et de la vie spirituelle, que des rites. Vous avez la chance – ou plutôt la grâce – de réunir chez vous des chrétiens d’Occident et d’Orient… : profitez-en pour œuvrer au retour de l’Église à son unité première, ce qui était, à mon avis, l’intention profonde de Dieu, lorsqu’Il inspira à la Confrérie Saint-Photius et à son inspirateur, Eugraph Kovalevsky, de retrouver dans le sol de la France les racines orthodoxes de la Gaule. [Mettons-nous] au service de cette belle cause de l’unité et du renouvellement de l’Église orthodoxe, condition sine qua non du retour de l’Église à son unité catholique. » (Pr. Noël Tanazacq, Paris)
L’année jubilaire se continue avec d’autres manifestations déjà annoncées…
La langue
Le lien de la vie religieuse et de la culture est très important. Il revient, à beaucoup d’égard, au lien que les croyants entretiennent avec l’histoire ancienne et récente de leur pays. La religion est profondément mêlée à la langue dans laquelle nous prions personnellement et liturgiquement, à la langue maternelle, à celle que nous parlons à la maison, à celle, comme a dit un de nos prêtres, dans laquelle nous rêvons. L’expérience religieuse n’est jamais abstraite, désincarnée ou a-culturelle. Des peuples entiers ont souffert de ce qu’un pouvoir ou un autre leur imposait pour le culte une langue étrangère, celle de l’occupant. Et ces mêmes peuples ont relevé la tête quand ils ont pu lire la Bible, chanter les psaumes et dire le Notre-Père dans leur propre langue, par la grâce du saint Esprit. Il serait irréel de priver, dans un contexte multiethnique, un peuple ou un autre des richesses ataviques de sa culture : ce serait le priver des moyens d’entretenir son identité non seulement nationale mais religieuse elle-même.
Formes, couleurs et sons
La richesse culturelle de la religion est faite également d’images et de mélodies. On sait très bien que chaque Église territoriale a souvent son style iconographique, comme elle a son ou ses patrimoines musicaux – car il y a quelquefois plusieurs traditions musicales dans un même pays. On ne dirait pas que chaque peuple a le droit d’exprimer sa foi dans les catégories culturelles qui sont les siennes, car il ne s’agit pas d’un droit. Il s’agit de vie et de conscience. On dira plutôt que c’est une aspiration presque instinctive, liée souvent à des impressions de l’enfance, aux personnes qui se sont penchées sur notre berceau, à l’amour que nous avons pour notre patrie, son histoire, ses joies et ses peines, et ses coutumes. C’est l’oeuvre de l’Esprit en chaque peuple. Même dans les époques de grand déracinement, de migration, la mémoire de chaque nation ou ethnie, est portée par des sons, des paroles, des images, des formes : c’est une mémoire fortement incorporée. Il serait irréel d’imposer à un peuple la culture d’un autre : ce serait l’empêcher d’enraciner sa foi dans son propre vécu, en faire un émigré dans son propre pays. Ce serait éteindre l’Esprit.
Inculturer
Ce mot ne signifie pas priver de culture, rendre inculte ! Il signifie au contraire la valorisation d’une culture par l’investissement religieux qu’on y apporte ; et il signifie également donner à la religion que l’on veut pratiquer la coloration et la résonnance auxquelles notre sensibilité se reconnaît chez elle. Inculturer veut dire intégrer un patrimoine, par exemple un patrimoine religieux, dans une culture, celle dont vivent les habitants d’un lieu. Saint Cyrille et saint Méthode ont ainsi inculturé la Tradition orthodoxe quand ils ont créé une langue liturgique locale et son alphabet pour les Slaves. Saint Germain d’Alaska traduisit en aléoutien les textes utilisés par l’Église orthodoxe. Les paroisses orthodoxes composées des ressortissants de chaque pays sont capables d’inculturer la Tradition des saints Pères par la langue, par le style iconographique, par le caractère des mélodies qu’elles chantent. Inculturer, dans certains cas, peut signifier intégrer dans la culture locale une richesse qui a déjà ses racines en amont de l’histoire de ce pays. Le travail musical de Maxime Kovalevsky est un exemple caractéristique de ce travail d’inculturation du point de vue musical : il a pris des formules mélodiques occidentales associées à la langue française pour la célébration liturgique. L’inculturation iconographique, pour ce qui est d’elle, est illustrée par le travail de l’atelier Saint-Jean-Damascène par exemple : on y apprend à rejoindre la source romane de l’image. La paroisse orthodoxe Saint-Germain-et-saint-Cloud n’a pas fait autre chose depuis les quarante ans de son existence qu’inculturer la tTradition ; en particulier, depuis les années 90, elle a inculturé le corpus liturgique gréco-slave appelé encore byzantin.
Acculturer
L’acculturation est presque le phénomène inverse. Cela consiste pour une personne ou pour un peuple à adopter une culture étrangère afin de s’assimiler. Par exemple, un Français, pour pouvoir devenir membre de l’Église orthodoxe, pour se sentir reconnu, ne devrait pas se contenter de confesser la vraie foi, et il se sentirait obligé d’apprendre le slavon, de prier dans cette langue, voire de parler le russe ou une autre langue pour pouvoir être Orthodoxe. L’acculturation résulte d’un besoin de s’intégrer dans un groupe plus important que le sien. À l’inverse, tel groupe issu de l’émigration refuse quelquefois de s’acculturer et d’user de la langue locale dans le culte parce qu’il pense qu’en faisant cela, il va perdre sa culture, il va changer de culture, il va trahir son identié. La résistance à l’acculturation, de la part des fidèles issus du pays ou de celle de ceux qui y arrivent, est un phénomène très compréhensible et très important, parce que la langue et les coutumes dans lesquelles on a vécu son expérience religieuse ou dans lesquelles on voudrait la vivre pour ne pas se déraciner, ont toute leur valeur.
Entre acculturation et inculturation
Ce dilemme a été celui des comunautés orthodoxes organisées au cours de ce siècle en Europe ainsi que dans les nouveaux mondes comme les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle Zélande. L’Église du Japon, quant à elle, a assez bien réussi son inculturation grâce à la conscience missionnaire de saint Nicolas, son fondateur après Dieu.

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