Ajouté le: 16 Juillet 2017 L'heure: 15:14

Extrait d’une homélie sur « l’humilité »

de Géronda Éphrem de Philothéou

Nous devons être très prudents ; soyons attentifs à nous-mêmes et craignons Dieu. La crainte révérencielle est une lumière, elle est une lampe ; le commencement de la sagesse est la crainte de Dieu, et la fin de la sagesse est aussi la crainte de Dieu (Prov. 1, 7).

La crainte révérencielle précède même l’amour du Christ. Quand l’amour du Christ est acquis, la crainte est encore mêlée à cet amour, car l’amour seul peut conduire à prendre des libertés et ainsi à s’éloigner de l’amour véritable. La crainte est le frein qui nous retient.

Quand nous voyons en nous-mêmes méchanceté, jalousie, critique, rouspétance et tout ce qui vient du diable, nous devons reconnaître que nous n’avons pas un cœur pur. Si nous avions un cœur pur, nous ne serions pas offensés quand bien même les gens nous insulteraient ou se moqueraient de nous. Le fait que nous soyons offensés, contrariés, aigris, indique que notre cœur n’est pas pur.

Nous manquons d’un esprit d’humilité ; l’humilité nous rend tolérants, indulgents, patients. Quand nous manquons de patience, quand nous manquons d’indulgence, quand nous ne sommes pas tolérants, quand nous ne supportons pas patiemment, c’est la caractéristique du manque des vertus les plus fondamentales – l’humilité et l’amour – qui nous rapprochent du but : la pureté. Lorsqu’il n’y a pas de véritable amour spirituel et d’humilité, alors nous avons manqué notre but.

Nous n’avons pas besoin d’érudition et de beaucoup de connaissance pour parvenir à la pureté. Quand je pense que j’ai tout sacrifié pour atteindre ce but, je ne peux pas trouver des excuses pour me justifier. Si nous cherchons des échappatoires, nous faisons échoir le but. La question n’est pas tellement de savoir si l’autre personne a tort ou pas, mais plutôt si oui ou non j’aime vraiment mon frère, ou si oui ou non je sens que mon cœur est lourd. C’est de ma faute ; je dois changer mon âme et l’aimer, même si je sens de l’amertume envers lui parce qu’il m’a réprimandé une fois, ou parce qu’il n’est pas bien disposé envers moi.

Si j’ai une image sombre de lui ou ressens de l’amertume, cela ne pèse que sur moi. Il se peut que le frère soit vraiment ainsi disposé envers moi ; mais penser de cette façon ne m’aide pas à atteindre mon but. Quelle que soit la manière dont le frère est disposé envers moi, si je veux atteindre mon but et être uni à Dieu, je dois avoir un regard différent sur lui. Pour cela, les Pères n’ont jamais donné raison à personne, surtout pas aux moines, quand ils avaient quelque chose contre quelqu’un.

Un père voulait poursuivre un autre frère en justice. Il est donc allé chez Abba Sisoès et lui a dit :

« Père, je vais porter accusation contre mon frère, car il a fait tel et tel acte malveillant contre moi. » 

« Pardonne-lui, fais-lui grâce. »

« Non, – répondit-il – si je lui pardonne, il va faire la même chose contre moi encore. Cet homme doit être puni.»

« Eh, d’accord mon enfant. Disons une prière et puis vas-y. »

Ils se mirent donc à genoux, et Abba Sisoès commença à prier : « Notre Père … et ne nous remets pas nos dettes, comme nous non plus nous ne les remettons pas à nos débiteurs … »

« Ce n’est pas comme ça, Père – dit-il – vous vous êtes trompés. »

« Puisque tu veux conduire ton frère chez le juge, c’est comme ça que nous allons prier. »

Le frère réalisa alors son erreur, se repentit et n’alla pas dénoncer son frère. Il y a donc une grande vérité : de la façon dont notre cœur est disposé envers notre frère, c’est de la même façon que le cœur de Dieu va être disposé envers nous. Veux-tu que Dieu pardonne tes fautes ? Veux-tu qu’Il t’aime de tout Son cœur ? Alors toi aussi, tu dois aimer et pardonner de tout ton cœur.

Veux-tu que Dieu oublie tes fautes et qu’Il ne s’en souvienne plus ?

« Je le veux, c’est tout mon désir », crie l’âme. Alors, quelle que soit la manière dont ton prochain t’a fait du tort, n’y pense plus et ne t’en souviens pas. C’est la grande vérité. Ainsi donc, quiconque s’écarte de cet objectif, fera de nombreuses et grandes erreurs dans sa vie. Si nous appliquons cette sagesse des Pères, le diable n’aura aucun pouvoir contre nous.

Soyons donc tous vigilants et efforçons-nous, afin de ne pas manquer notre but, et de ne pas le regretter amèrement demain. Nous devons nous souvenir de ces choses et travailler comme si c’était notre dernier jour.

Nous avons un seul but : parvenir à nous voir nous-mêmes, voir notre propre péché, nous blâmer nous-mêmes en tout, nous critiquer, nous considérer responsables et coupables, et ne pas prêter attention à notre prochain, et juger s’il est coupable ou non.

Les Pères disent : « Si nous désirons avoir la paix en essayant de réconcilier les autres, alors nous n’aurons jamais la paix. » C’est-à-dire, si nous voulons obtenir la paix par la pacification des autres, nous n’aurons pas la paix. Nous devons donc trouver la paix en nous-mêmes, à l’intérieur de nous-mêmes. « Trouve la paix avec toi-même, » dit Abba Isaac, « et le ciel et la terre seront en paix avec toi. »

Que cela soit enraciné en notre cœur d’une façon indélébile, car c’est cela la richesse spirituelle que le Saint Évangile et les textes des Saints Pères nous donnent afin de sauver notre âme misérable !

Texte traduit de « Counsils from the Holy Mountain », 1999-2010
St. Anthony’s Greek Orthodox Monastery (Arizona, U.S.A.) pp. 235-237
Traduction faite par le Monastère Notre Dame de Toute Protection,
Bussy en Othe, avec la bénédiction du Monastère Saint Antoine (Arizona)

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