Ajouté le: 14 Avril 2017 L'heure: 15:14

Le 11 avril, mémoire de notre saint Père Callinique de Tchernica, évêque de Rimnicul Valcea

Saint Callinique naquit à Bucarest en 1787, au sein d’une famille d’une grande piété. Après ses études dans une école gréco-roumaine de la cité, il entra à l’âge de vingt ans au monastère de Tchernica1. Il y reçut la tonsure un an plus tard et se distingua rapidement par son zèle ascétique. Il ne dormait que trois heures par nuit, assis sur un tabouret, et le jour, il travaillait aux tâches les plus rudes. Après le départ de son père spirituel pour l’Athos, il entreprit de se nourrir seulement de pain et d’eau, après le coucher du soleil, et il prolongea plusieurs fois son abstinence pendant quarante jours. De tels exploits ascétiques ayant été interdits par l’higoumène, par la suite il prenait part à la table commune, mais y mangeait en très petite quantité. Le samedi et le dimanche, il goûtait au fromage et au lait, afin de vaincre toute tentation d’orgueil. Son aspect physique témoignait de cette mortification continuelle des satisfactions de la chair, et ses yeux étaient gonflés à la suite des larmes qu’il versait chaque nuit dans sa cellule.

En 1813, suite à une épidémie qui avait provoqué le décès de nombreux prêtres, Callinique dut accepter malgré lui l’ordination sacerdotale. Il redoubla alors ses combats ascétiques qu’il assortit d’une grande charité pour tous les frères, sans distinction.

Au retour d’un voyage au Mont Athos, saint Callinique fut nommé higoumène (1818) ; il était alors âgé de trente et un ans. Son humilité et sa charité réussirent à corriger les moines récalcitrants et tous les frères se soumettaient avec enthousiasme à celui qu’ils regardaient comme un ange de Dieu. Saint Callinique considérait l’obéissance comme le fondement de la vie monastique, et il disait : « La vie cénobitique, qui repose sur la sainte obéissance, a été fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, lequel nous a laissé l’exemple de sa vie terrestre. » Il recommandait à ses moines d’éviter les vaines conversations, car celles-ci entraînent inévitablement la médisance, afin de concentrer tous leurs efforts sur la prière intérieure continuelle. Il disait encore : « L’higoumène est le cœur de tous les cœurs. Il est la voie qui mène à la perfection ceux qui se sont rassemblés autour de lui. »

Lors de l’insurrection de 1821, qui provoqua de terribles représailles de la part des Turcs, de nombreux habitants de Bucarest vinrent trouver refuge au monastère de Tchernica. Le saint higoumène recevait tous ceux qui se présentaient, il les nourrissait avec les réserves de la communauté et consolait tendrement les affligés. Comme les Turcs s’étaient postés avec des canons devant le monastère, en vue de le détruire, le saint rassembla moines et laïcs dans l’église pour célébrer une vigile de toute la nuit. Grâce à leurs prières instantes et à la protection de saint Nicolas, le patron du monastère, les troupes se retirèrent sans causer de dégâts.

La conduite évangélique irréprochable de saint Callinique provoqua cependant la jalousie de certaines personnes, si bien qu’un jour, un de ses ennemis lui fit boire du poison. Le saint dut s’aliter, prêt à remettre son âme à Dieu. Mais il entendit tout à coup une voix venue du ciel qui lui ordonnait de se lever et lui annonçait sa nomination comme évêque de Rimnicul Valcea. Après dix ans de vacance épiscopale, cet évêché se trouvait dans un état déplorable : la résidence de l’évêque et la cathédrale avaient été réduites à l’état de ruines à la suite d’un incendie, le séminaire était fermé, les prêtres, peu instruits, se trouvaient de plus dans une situation matérielle précaire, et nombre d’églises étaient mal entretenues, voire fermées. L’humble Callinique, qui avait autrefois refusé la charge de métropolite, dut cette fois se soumettre aux instances du prince Barbu Stirbei, et il fut consacré évêque en 1850.

Se mettant aussitôt à l’œuvre, il fit rebâtir la résidence épiscopale et édifier une nouvelle cathédrale, dont il avait lui-même conçu les plans. Il rouvrit le séminaire et y installa une imprimerie. Il fonda aussi le monastère de Frasinei, qui observe jusqu’à nos jours le typikon athonite et un strict mode de vie. C’est là qu’il aimait à se retirer pour retrouver l’hésychia monastique. Il manifesta à de nombreuses reprises son pouvoir thaumaturgique et ses dons de clairvoyance et de prophétie, annonçant par exemple la Guerre russo-turque de 1877 et les grands changements politiques que connut la Roumanie après l’entrée du tsar et des armées russes.

Après avoir prédit son départ de cette vie treize jours à l’avance, le 11 avril 1868, lendemain de Pâques, il reprit force, se lava, revêtit ses habits funéraires et bénit tous ceux qui étaient présents. Puis, se tenant debout, une croix à la main, il se pencha sur la poitrine du moine Germain, en disant : « Adieu, nous nous retrouverons dans la joie de l’autre monde ! »

Le culte de saint Callinique fut officiellement reconnu en 1955 par l’Église roumaine, mais depuis longtemps déjà le peuple roumain le vénérait comme son saint national le plus cher. Les miracles continuent aujourd’hui de s’accomplir en grand nombre auprès de ses précieuses reliques conservées dans son monastère.

Texte extrait du livre « Le Synaxaire, Vie des Saints de l’Église Orthodoxe »,
par le Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra - Tome 4 (mars, avril) - Éditions Indiktos.



1. Cf. la notice de S. Georges de Tchernica [3 déc.].

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