Ajouté le: 16 Décembre 2016 L'heure: 15:14

Gagner son prochain

On raconte dans le Paterikon que « Trois pères avaient l’habitude d’aller chaque année chez le bienheureux Antoine. Les deux premiers le questionnaient sur les pensées et sur le salut de l’âme ; le troisième gardait un complet silence sans rien demander. Après bien des années, Abba Antoine lui dit : "Voilà si longtemps que tu viens ici, et tu ne me poses aucune question ?" Il lui répondit : "Il me suffit seulement de te voir, Père !" ».1

Pour Saint Antoine, gagner son prochain ne signifie pas faire en sorte que celui-ci souscrive à quelque chose, le faire passer de ton côté, mais cela signifie lui ouvrir la porte.2 Une porte ouverte a aussi l’avantage d’offrir (une brève) vue de ce qui se trouve de l’autre côté. Cela peut supposer une invitation, telle celle adressée par Philippe à Nathanaël : « Viens et vois. »3 Ouvrir la porte à son prochain signifie « devenir un endroit dans lequel Dieu descend pour quelqu’un, d’une nouvelle manière, afin de lui donner la vie »4. Par Son incarnation et par Sa naissance, le Sauveur est venu nous gagner. Il s’est fait notre prochain. Il s’est fait la porte par laquelle en entrant nous avons accès à la guérison salutaire de Dieu : « Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé »5

Ainsi, gagner notre prochain signifie implicitement gagner Dieu, mais non parce que nous sommes bons et merveilleux par nous-mêmes, mais parce que nous avons accepté que la bonté de Dieu se manifeste6. C’est aussi un des motifs pour lesquels le Sauveur gronde avec dureté les pharisiens qui, par leur vie, referment le royaume des cieux aux hommes : « Vous-mêmes, en effet, vous n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui le voudraient »7.

Grâce au baptême, chacun d’entre nous peut devenir la porte à travers laquelle nous pouvons gagner notre prochain (dans le sens montré plus haut). Ceci n’est possible sans commencer à enlever la poutre de son œil, car sinon nous ne sommes qu’hypocrites et sépulcres blanchis. Et ceci ne s’accomplit, ni par la force, ni par le commandement, ni par la menace des souffrances éternelles, mais par le naturel d’une vie ancrée en Dieu. Peut-être que la modalité la plus efficace pour gagner son prochain est de ne pas le juger, de le recevoir tel qu’il est. Qui d’entre nous a pris du plaisir à être jugé par quelqu’un ? Ou encore, qui a changé son comportement, voire sa vie, lorsqu’il a été jugé ? Nous voyons dans l’Évangile que le Christ n’a pas hésité à partager son repas avec les collecteurs d’impôts et avec les pécheurs. Il entre dans la maison de Zachée, le collecteur d’impôts et dîne avec lui.

Au bout de quelques heures, Zachée, non seulement est guéri de la passion de l’argent, mais devient une autre personne, un homme nouveau. La femme adultère est sauvée par le Sauveur lui-même. Dieu ne la juge pas, ne la punit pas, mais lui demande seulement : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? Elle répondit : Personne, Seigneur, et Jésus lui dit : Moi non plus je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus. »8 Dieu n’est pas venu dans le monde pour le juger, mais pour le sauver9. Et ceci est valable pour nous aussi : nous ne sommes pas venu dans ce monde avec la mission spéciale de juger notre prochain, mais pour devenir des portes, à travers lesquelles celui-ci trouve son salut, et si nous ne réussissons pas, au moins que nous ne soyons pas motif de faux pas et de trouble : « J’ai été avec les Juifs comme un Juif, pour gagner les Juifs, avec ceux qui sont assujettis à la loi, comme si je l’étais – alors que moi-même je ne le suis pas – pour gagner ceux qui sont assujettis à la loi ; avec ceux qui sont sans loi, comme si j’étais sans loi – alors que je ne suis pas sans loi de Dieu, puisque Christ est ma loi – pour gagner ceux qui sont sans loi. J’ai partagé la faiblesse des faibles, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver sûrement quelques-uns »10

Notes :

1Abba, dis-moi une parole,173, p. 79. 
2. Rowan Williams, Liniștea – Faguri din înțelepciunea Părinților pustiei, Ed. Metafraze, București 2003, p. 144.
3. Jean 1, 46.
4. Rowan Williams, Op. cit. p. 144.
5. Jean 10, 9.
6. Rowan Williams, Op. cit. p. 144.
7. Mathieu 23, 13.
8. Jean 8, 10-11.
9. Jean 12, 47 : «…Je ne suis pas venu juger le monde, je suis venu sauver le monde ».
10. 1Co 9, 20-22.

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