Homélie 25 de saint Grégoire le Grand
Prononcée devant le peuple dans la basilique de saint Jean, dite Constantinienne le 20 avril 591 (vendredi de la Semaine radieuse).
En ce temps-là, Marie se tenait près du tombeau, au-dehors, et pleurait. Tout en pleurant, elle se pencha et regarda dans le tombeau ; elle vit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête, l’autre aux pieds de l’endroit où l’on avait déposé le corps de Jésus. Ils lui dirent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur dit : « Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. » Ayant dit cela, elle se retourna et vit Jésus debout, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Elle, croyant que c’était le jardinier, lui dit : «Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai.» Jésus lui dit : « Marie ! » Elle se retourna alors et lui dit : « Rabboni ! », c’est-à-dire : « Maître ». Jésus lui dit : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père. Mais va vers mes frères et dis-leur: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie-Madeleine alla annoncer aux disciples qu’elle avait vu le Seigneur et qu’il lui avait dit ces choses. (Selon Jn 20, 11-18.)
Marie-Madeleine avait été une pécheresse dans la ville. Mais en aimant la Vérité, elle lava par ses larmes la souillure de ses fautes. Ainsi s’accomplit la parole de la Vérité : « Ses nombreux péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. » (Lc 7, 47). Car elle que le péché avait d’abord maintenue dans la froideur, l’amour la fit ensuite brûler ardemment.
Arrivée au tombeau et n’y ayant pas trouvé le corps du Seigneur, elle crut qu’on l’avait enlevé, et elle l’annonça aux disciples. Ceux-ci vinrent, constatèrent et crurent qu’il en était bien comme cette femme le leur avait dit. Le texte note alors à leur sujet : « Les disciples s’en retournèrent donc chez eux. » (Jn 20, 10). Puis il ajoute : « Marie, elle, se tenait près du tombeau, au-dehors, et pleurait. » Voilà qui doit nous faire mesurer la force de l’amour qui embrasait l’âme de cette femme. Les disciples s’éloignaient, mais elle, elle ne s’éloignait pas du tombeau du Seigneur. Elle cherchait celui qu’elle n’avait pas trouvé elle pleurait en le cherchant, et enflammée par le feu de son amour, elle brûlait du désir de celui qu’elle croyait enlevé.
Ainsi arriva-t-il qu’elle fut alors seule à le voir, elle qui était restée pour le chercher. Car c’est bien la persévérance qui donne son efficacité à la bonne œuvre. La Vérité ne l’affirme-t-elle pas : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. » (Mt 10, 22). D’ailleurs, selon les préceptes de la Loi, la queue de la victime devait être offerte en sacrifice, parce que la queue est à l’extrémité du corps. Or celui-là fait une bonne offrande qui conduit le sacrifice d’une bonne œuvre à son achèvement normal. Dans le même sens, on raconte que Joseph était seul parmi ses frères à avoir une robe descendant jusqu’aux talons. Et une robe descendant jusqu’aux talons représente la bonne œuvre menée à son terme.
Marie, tout en pleurant, se pencha et regarda dans le tombeau. Assurément, elle avait déjà vu que le tombeau était vide ; elle avait déjà annoncé l’enlèvement du Seigneur. Pourquoi donc se penche-t-elle encore ? Pourquoi désire-t-elle voir à nouveau ? Mais c’est que pour celui qui aime, regarder une fois ne suffit pas, car la force de l’amour augmente la volonté de chercher. Elle a cherché d’abord sans rien trouver ; mais parce qu’elle a persévéré dans sa recherche, elle a fini par trouver. Que s’est-il passé ? Ses désirs se sont accrus de n’être pas rassasiés, et en s’accroissant, ils ont étreint ce qu’ils avaient trouvé. On retrouve là ce que dit l’Église au sujet de l’Époux dans le Cantique des Cantiques : « Au lit, pendant la nuit, j’ai cherché celui qu’aime mon âme. Je l’ai cherché, et je ne l’ai pas trouvé. Je me lèverai et parcourrai la ville. Dans les rues et sur les places, je chercherai celui que mon cœur aime » (Ct 3, 1-2).
Et comme elle ne trouve pas celui qu’elle cherche, elle répète : « Je l’ai cherché, et je ne l’ai pas trouvé. » Mais quand on ne se lasse pas de chercher, on ne tarde pas à trouver ; c’est pourquoi elle ajoute : « Les gardes m’ont rencontrée, ceux qui veillent sur la ville : Avez-vous vu celui qu’aime mon âme ? A peine les avais-je dépassés que j’ai trouvé celui qu’aime mon âme. » (Ct 3, 3-4). Nous cherchons le Bien-Aimé au lit lorsque dans les brefs moments de repos de la vie présente, nous désirons avec ardeur notre Rédempteur. C’est dans la nuit que nous le cherchons, parce que même si notre âme veille en lui, nos yeux n’y voient encore rien. Mais si quelqu’un n’a pas trouvé son Bien-Aimé, il ne lui reste qu’à se lever et à parcourir la ville, c’est-à-dire à passer en revue dans son âme la sainte Église des élus. Qu’il le cherche par les rues et par les places, c’est-à-dire qu’il examine ceux qui s’avancent par la voie étroite ou par la voie large, afin de s’efforcer de découvrir en eux des traces du Bien-Aimé, car il y a des actes de vertu à imiter même chez certains séculiers.
Tandis que nous cherchons, les gardes qui veillent sur la ville nous rencontrent, en ce sens que les saints Pères, qui veillent sur l’Église, subviennent à nos bons désirs de savoir et nous enseignent par leurs paroles et leurs écrits. A peine les avons-nous dépassés que nous trouvons celui que nous aimons, puisque même si notre Rédempteur fut par humilité un homme parmi les hommes, il demeure cependant, par sa divinité, au-dessus des hommes. Lorsque nous avons dépassé les gardes, nous trouvons donc le Bien-Aimé, parce qu’en voyant que les prophètes et les apôtres lui sont inférieurs, nous en venons à le considérer comme au-dessus des hommes, lui qui est Dieu par nature.
Dieu commence par se faire chercher sans se laisser trouver, afin qu’on le retienne plus étroitement quand on l’a trouvé. En effet, ainsi que nous l’avons dit, les saints désirs s’accroissent de n’être pas rassasiés tout de suite. Si, au contraire, ils s’affaiblissent de n’être pas rassasiés tout de suite, c’est qu’ils n’étaient pas de vrais désirs. Quiconque a pu toucher la Vérité s’est embrasé de cet amour. C’est pourquoi David s’écrie : « Mon âme a soif du Dieu vivant. Quand viendrai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? » (Ps 42, 3). Et il nous adresse ce rappel pressant : «Cherchez sa face constamment.» (Ps 105, 4). Le prophète affirme de même : « Mon âme vous a désiré pendant la nuit, et mon esprit veillera pour vous dès le matin, au plus intime de moi. » (Is 26, 9). L’Église déclare également dans le Cantique des Cantiques : « Moi, je suis blessée d’amour. » (Ct 5, 8). Il est juste que l’Église soit guérie à la vue du Médecin, elle qui le désire avec une telle ardeur qu’elle porte en son cœur une blessure d’amour. Aussi dit-elle encore : « Mon âme s’est fondue lorsque mon Bien-Aimé a parlé. » (Ct 5, 6)
L’âme de celui qui ne cherche pas la face de son Créateur reste froide en elle-même et s’endurcit de mauvaise manière. Mais qu’elle commence à brûler du désir de suivre celui qu’elle aime, et la voilà qui court, toute fondue par ce feu de l’amour. Tourmentée par le désir, elle en vient à ne plus attacher de valeur à tout ce qui lui plaisait dans le monde ; elle n’aime plus rien en dehors de son Créateur, et ce qui auparavant la charmait lui devient dès lors terriblement insupportable. Rien ne console sa tristesse tant qu’elle ne voit pas l’objet de ses désirs. Elle s’afflige ; la lumière elle-même lui est en dégoût. Par un tel feu, la rouille de ses péchés est décapée : comme l’or dont l’éclat s’est terni à l’usage, l’âme embrasée retrouve son brillant par cette chaleur brûlante.
Cette femme qui aime (sainte Marie-Madeleine Ndt.), qui se penche à nouveau dans le tombeau qu’elle avait déjà examiné, voyons à quel fruit aboutit la force de l’amour qui la pousse à recommencer sa recherche : « Elle vit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête, l’autre aux pieds de l’endroit où l’on avait déposé le corps de Jésus. » Pourquoi, en ce lieu qu’avait occupé le corps du Seigneur, ces deux anges apparaissent-ils assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, sinon parce que le mot [grec] « ange » signifie en latin « celui qui annonce » ? Or, à l’issue de sa Passion, il fallait annoncer celui qui est à la fois Dieu avant les siècles et homme à la fin des siècles. Un ange est pour ainsi dire assis à la tête, quand l’apôtre Jean proclame : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » (Jn 1, 1). Et un ange est pour ainsi dire assis aux pieds, lorsque Jean affirme : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. » (Jn 1, 14)
En ces deux anges, nous pouvons encore reconnaître les deux Testaments : l’un qui précède, l’autre qui suit. Ces anges sont en effet reliés l’un à l’autre par la place qu’avait occupée le corps du Seigneur : puisque les deux Testaments s’accordent pour annoncer un Seigneur incarné, mort et ressuscité, c’est comme si l’Ancien Testament s’asseyait à la tête, et le Nouveau aux pieds. C’est pourquoi les deux chérubins qui couvrent [de leurs ailes] le propitiatoire se regardent l’un l’autre, le visage tourné vers lui (cf. Ex 25, 20). Chérubin signifie « plénitude de la connaissance ». Que peuvent donc symboliser les deux chérubins, sinon les deux Testaments ? Quant au propitiatoire, il figure le Seigneur incarné, de qui Jean déclare : « C’est lui qui est victime de propitiation pour nos péchés. » (1 Jn 2, 2). L’Ancien Testament annonce ce qui doit être accompli par le Seigneur, et le Nouveau le proclame, une fois accompli. Ils sont donc comme les deux chérubins : ils se regardent l’un l’autre en tournant leur visage vers le propitiatoire. Car du fait qu’ils voient le Seigneur incarné placé entre eux, leurs regards sont en harmonie, puisqu’ils concordent dans tout ce qu’ils rapportent du mystère de son plan de salut.
Les anges interrogent Marie : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. » La Sainte Écriture, qui fait couler en nous des larmes d’amour, les adoucit pourtant, quand elle nous promet que nous verrons notre Rédempteur.
A propos de ce récit, remarquons que la femme ne répond pas : « On a enlevé le corps de mon Seigneur », mais : « On a enlevé mon Seigneur. » La Sainte Écriture exprime parfois le tout par la partie, ou la partie par le tout. Par exemple, une partie signifie le tout lorsqu’il est écrit au sujet des fils de Jacob : « Jacob descendit en Égypte avec soixante-dix âmes. » (Gn 46, 27). Car ces âmes ne descendirent pas en Égypte sans leur corps ! Mais par l’âme seule, on désigne l’homme tout entier, une partie exprimant le tout. Inversement, seul le corps du Seigneur gisait dans le tombeau, et cependant, Marie ne cherchait pas le corps du Seigneur, mais le Seigneur qui avait été enlevé, le tout désignant la partie.
« Ayant dit cela, elle se retourna et vit Jésus debout, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. » Notons-le, Marie, qui doutait encore de la Résurrection du Seigneur, eut à se retourner pour voir Jésus. C’est que son doute lui avait, pour ainsi dire, fait tourner le dos au Seigneur : elle ne croyait pas du tout qu’il fût ressuscité. Mais parce qu’elle aimait et doutait en même temps, elle le voyait sans le reconnaître ; l’amour le lui montrait, le doute le lui cachait. Son ignorance est encore exprimée dans ce qui suit : « Elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Cette question sur la cause de sa douleur vise à augmenter son désir, afin qu’en nommant celui qu’elle cherche, son amour s’embrase avec plus d’ardeur. « Elle, croyant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai. » Il se pourrait bien que cette femme, tout en se trompant, puisqu’elle prenait Jésus pour le jardinier, ne se soit pas [vraiment] trompée. N’était-il pas pour elle un jardinier de l’âme ? N’est-ce pas lui qui semait au cœur de Marie la semence de son amour, pour y faire pousser de verdoyantes vertus ?
Pourquoi donc, en voyant celui qu’elle prenait pour le jardinier, lui dit-elle sans avoir encore précisé qui elle cherchait : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté… » Elle parle de lui sans l’avoir nommé, comme si elle avait déjà désigné celui dont le désir provoquait ses larmes. Mais n’est-ce pas dans l’âme l’effet habituel d’un violent amour, que de se persuader que personne n’ignore celui auquel on pense sans cesse ? C’est avec raison que cette femme, qui ne dit pas qui elle cherche, dit cependant : « Si c’est toi qui l’as emporté… », car elle ne peut supposer inconnu d’autrui celui qu’un désir continuel lui fait pleurer.
« Jésus lui dit : ‹Marie !›» Il l’appelait tout à l’heure d’un nom commun à tout son sexe, et elle ne le reconnaissait pas ; maintenant, il l’appelle par son nom. C’est comme s’il lui disait clairement : « Reconnais donc celui qui te reconnaît. » Il fut déclaré à un homme parfait lui aussi : « Je t’ai connu par ton nom. » (Ex 33, 12). Homme est notre nom commun à tous, Moïse est un nom propre, et le Seigneur lui affirme à juste titre qu’il le connaît par son nom, comme pour lui dire clairement : « Je te connais, non pas d’une manière globale comme tous les autres, mais d’une façon toute particulière. » Et parce qu’elle s’entend ainsi appelée par son nom, Marie reconnaît son Créateur et l’appelle aussitôt « Rabboni », c’est-à-dire : « Maître » : il était à la fois celui qu’elle cherchait au-dehors, et celui qui au-dedans lui apprenait à chercher.
L’évangéliste n’ajoute pas ce que fit la femme, mais on le devine à ce qu’elle entendit Jésus lui dire : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père. » Ces paroles montrent que Marie voulut embrasser les pieds de celui qu’elle avait reconnu. Mais le Maître lui dit : « Ne me touche pas. » Ce n’est pas que le Seigneur refuse d’être touché par des femmes après sa Résurrection, puisqu’il est écrit des deux femmes venues à son tombeau : « Elles s’approchèrent et tinrent ses pieds embrassés. » (Mt 28, 9)
Mais la raison pour laquelle il ne doit pas être touché est indiquée dans ce qui suit : « Je ne suis pas encore remonté vers mon Père. » En notre cœur, en effet, Jésus remonte vers son Père lorsque nous le croyons égal au Père. Car dans le cœur de ceux qui ne le croient pas égal au Père, le Seigneur n’est pas encore remonté vers son Père. C’est donc celui qui croit le Fils co-éternel au Père, qui touche véritablement Jésus. Ainsi Jésus était-il déjà remonté vers le Père dans le cœur de Paul, quand cet apôtre déclarait : « Celui qui était de condition divine n’a pas considéré comme une usurpation d’être l’égal de Dieu. » (Ph 2, 6). Jean, lui aussi, a touché notre Rédempteur des mains de la foi, puisqu’il affirmait : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Tout a été fait par lui. » (Jn 1, 1-3). Il touche donc le Seigneur, celui qui le croit égal au Père par l’éternité de sa substance.
Mais d’aucuns se posent peut-être cette question sans l’exprimer : « Comment le Fils peut-il être égal au Père ? » L’humaine nature s’étonne, en pareille matière, de ne pouvoir comprendre ; il lui reste la possibilité de reconnaître, à partir d’autres sujets d’étonnement, que ce mystère est crédible. Car elle possède ce qu’il lui faut pour découvrir rapidement une réponse à cette question. Il est en effet certain que le Fils a créé sa mère, et c’est pourtant dans son sein virginal qu’il a été créé en son humanité. Pourquoi donc s’étonner qu’il soit égal à son Père, celui qui a précédé sa mère ? Nous avons également appris, par le témoignage de Paul, que «le Christ est Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu» (1 Co 1, 24). Ainsi, penser que le Fils est inférieur au Père, c’est faire un tort tout particulier au Père, en proclamant que sa sagesse ne lui est pas égale. Quel homme puissant supporterait sans broncher qu’on vienne lui dire : « Tu es grand, certes, mais cependant, ta sagesse est plus petite que toi. » Le Seigneur lui-même déclare : « Le Père et moi, nous sommes un. » (Jn 10, 30). Il affirme par ailleurs : « Le Père est plus grand que moi » (Jn 14, 28), et il est aussi écrit de lui : « Il était soumis » à ses parents (Lc 2, 51). Comment donc s’étonner que le Fils se considère comme inférieur à son Père du Ciel en vertu de son humanité, lui qui, par elle, était déjà soumis à ses parents sur terre ?
C’est selon cette humanité qu’il parle maintenant à Marie : « Va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Puisqu’il dit « mon » puis « votre », pourquoi ne pas fusionner les deux en disant « notre » ? C’est qu’une telle distinction montre la différence de relation qui existe entre lui et nous vis-à-vis de cet unique Père et Dieu. « Je monte vers mon Père », qui l’est par nature, « et votre Père », qui l’est par la grâce. « Vers mon Dieu », parce que je suis descendu ; « vers votre Dieu », parce que vous monterez. Je suis homme, moi aussi, il est donc Dieu pour moi ; vous êtes délivrés de l’erreur, il est donc Dieu pour vous. Ainsi, Père et Dieu, il l’est pour moi d’une façon différente, car celui qu’il a engendré comme Dieu avant tous les siècles, il l’a avec moi fait homme à la fin des siècles.
« Marie-Madeleine alla annoncer aux disciples qu’elle avait vu le Seigneur et qu’il lui avait dit ces choses. » Voici que la faute du genre humain est détruite en la source même d’où elle était sortie. Puisqu’au paradis, c’est une femme qui a versé à l’homme [le poison de] la mort, c’est une femme aussi qui, venant du tombeau, annonce la vie aux hommes. Et celle qui rapporte les paroles de celui qui la vivifie est celle qui avait rapporté les paroles mortifères du serpent. Le Seigneur semble ainsi vouloir user non du langage des mots, mais de celui des faits, pour dire au genre humain : « De la main qui vous a tendu le breuvage de mort, oui, de cette même main, recevez la coupe de la vie. »
« Saint Grégoire le Grand, 40 Homélies sur les évangiles »
Traduction et édition papier par les Moines bénédictins de l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux (84330 - France)

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