Ajouté le: 4 Juillet 2015 L'heure: 15:14

La sainte Dormition, mort volontaire de la Mère de Dieu

L’hymnographie

Le mystère de la mort volontaire de la Mère de Dieu est chanté par l’hymnographie dogmatique de l’Église orthodoxe dans les offices de la Dormition. Plusieurs prières expriment l’étonnement devant une mort qui ne paraît pas obligatoire : « comment ton corps, ce temple pur et vivifiant, a pu subir l’épreuve de la mort ? » (Ode 6, ton 4, 2e tropaire) ; « l’effroi (qamboV), l’étonnement saisirent les disciples… te voyant… sans parole et sans vie, toi la Mère du Seigneur vivifiant » et l’apôtre Pierre versa des larmes (ode 4 de l’avant-fête, 1er tropaire). La mort de la Mère de Dieu, dûment constatée, est considérée comme paradoxale, presque un scandale ; selon les apôtres et les anges, elle n’aurait pas dû mourir puisqu’elle porteuse de la vie (cf. Apostiches de l’avant-fête, 1ère strophe, ode 1 de l’avant-fête, 3e tropaire). Cette mort est présentée tantôt comme subie (« la Vierge porteuse de notre vie est soumise à la mort », apostiches de l’avant-fête, 1ère strophe), mais bien plus souvent comme volontaire : « comment t’es-tu soumise à la mort ? » (avant-fête, ode 1, strophe 3) ; « elle remet son âme » (trois fois dans les strophes de la litie de la Fête) exprime le caractère actif de cette mort ; la Vierge « ne se laissa vaincre ni par la mort ni par le tombeau » (kondakion de la Fête) montre la victoire personnelle sur la mort de la Vierge unie au Christ ressuscité. La mort surprenante de celle qui aurait pu, ou qui aurait dû, ne pas mourir est bien une mort volontaire : « aux lois de la nature surnaturellement tu t’es soumise » (ode 1, ton 1, de la Fête, 2e tropaire). Une double argumentation est présentée pour l’expliquer : d’une part, la solidarité de la Vierge avec la condition humaine (« hors des lois de nature tu conçus, mais à l’humaine condition tu te soumets en mourant », avant-fête, ode 7, 1er tropaire) ; d’autre part, la solidarité avec le Christ qui Lui-même passa par la mort : « Si dans son immensité, le Fruit qui d’elle fit un ciel a bien voulu descendre au sépulcre en mortel, comment refuserait le tombeau celle qui sans connaître d’homme enfanta ? »

 

L’obéissance de la disciple

La mort par obéissance de celle qui « ne refuse pas la mort » exprime l’union de la disciple au maître : la Mère de Dieu a voulu expérimenter ce qu’expérimentait son Fils et son Dieu, « et c’est pourquoi de la mort avec (son) Fils (elle) s’éveille pour toujours » (ode 1 de la Fête, 2e tropaire). La mort de la Mère de Dieu par obéissance et avec joie est donc contemplée comme sa participation à la Pâque totale du Fils, mort et résurrection, l’entrée dans la vie par la mort volontaire (Fête, ode 6, ton 4, 2e tropaire), ce qui est le sens du verset psalmique des apostiches de vêpres : « lève-Toi, Seigneur, Toi et l’Arche de ta sainteté », l’élévation et la glorification de la Mère de Dieu sont associées aux siennes par le Christ Lui-même. Ceci atteste les conséquences de l’Union hypostatique en la Mère de Dieu, l’interpénétration de l’humain et du divin dans la première créature déifiée qu’elle est, ainsi qu’en l’Homme déifié qu’est l’humanité hypostasiée par la Personne divine du Verbe. C’est pourquoi la « vie en Christ » de la Mère de Dieu, son obéissance et sa façon d’être avec Lui pendant toute sa vie et au-delà de sa mort, est loin d’être « seulement une imitation morale de Jésus » (Olivier Clément, « Marie Théotokos », dans Espace infini de liberté, éd. Anne Sigier, Canada, 2005, p. 113), ce qui est le cas quand on conteste le titre de « théotokos », comme le montre Olivier Clément : elle est une manifestation continuellement approfondie de cette union divino humaine, sans confusion des natures et sans confusion des hypostases.

L’amour pour le Fils

Père Serge Boulgakov écrit (Le Buisson ardent, L’Âge d’Homme, Paris, 1987, p. 76) que la Mère de Dieu « ne fut pas soustraite à la loi de la mort, qui s’applique à tous les descendants du vieil Adam : dans son humilité, la Mère de Dieu n’a pas renoncé à suivre la voie humaine de la mort, afin de la sanctifier. Mais la mort n’avait plus de pouvoir sur elle ». Toutefois ce ne fut pas seulement par « humilité », le disciple n’étant pas plus grand que le maître : ce fut par amour et par obéissance, afin de n’être séparée ni du Fils de l’Homme ni des humains, les fils qu’elle a reçus par adoption du haut de la Croix, et pour lesquels elle a un « amour immense » (p. 76). Père Serge parle également du ministère terrestre de la Mère de Dieu, entre l’Ascension du Christ et sa propre Dormition, ministère infiniment discret mais indispensable à la vie de la première Église, où elle dut avoir un rôle exceptionnel de témoignage et de transmission charismatiques des enseignements et de la vie de son Fils et son Dieu. Elle irradiait la grâce du Saint Esprit et la lumière du Ressuscité parmi les disciples. Mais, « si son Fils s’est humilié jusqu’à accepter la mort par amour du genre humain, sa Mère très pure pouvait-elle s’en détacher… par un moyen extraordinaire ? » (p. 78). Énoch et Élie furent enlevés et ne connurent pas la mort. La Mère de Dieu, la Toute-sainte, la Déifiée, pouvait elle aussi être exemptée du trépas si telle avait été la volonté de Dieu et la sienne. Toutefois, la mort du Verbe fut totalement volontaire, parce qu’Il n’était en aucune façon soumis à cette mort : c’est Lui-même qui s’y soumettait, par patience, et de bon gré.

La solidarité humaine

Dans le cas de la Mère de Dieu, elle était, en tant que créature solidaire de la condition adamique, et quelle que fût sa sainteté et son impeccabilité personnelles, soumise à la mort en tant qu’être humain. Le Christ assumait la mort par « ressemblance » à l’Homme, donc souverainement. La Mère de Dieu assumait la mort promise à toute créature alors qu’elle aurait pu en être exemptée, et se montra supérieure aux Anciens qui ne l’avaient pas connue. Toute la différence est là. Le vouloir mourir de la Vierge est une obéissance à la condition humaine par obéissance à Dieu, et par ressemblance au Christ. Ce qui est imposé par la condition humaine, dans les conséquences du péché ancestral, elle le choisit par union à son Fils qui choisit, Lui, ce qui n’était imposé ni à sa condition divine, ni à son humanité pure de tout péché, Lui « le seul sans péché ». Le fait qu’elle aurait pu, comme les prophètes cités ne pas mourir, et qu’elle eût même été plus digne qu’eux d’une telle faveur, montre que sa mort, quoique cohérente avec la condition humaine dont elle héritait, était une mort acceptée par obéissance. Et elle accepta une mort déjà vaincue par le Ressuscité et transfigurée par lui ; c’était sa joie de rejoindre son Fils jusque dans la mort qu’Il avait transfigurée. Mais elle ne s’écarta pas plus de la condition générale des humains qu’elle n’en fut écartée par sa conception : Dieu aurait pu la concevoir de façon paradisiaque ; Il ne le voulut pas, afin de sauver l’humanité telle qu’Il la trouvait et la purifiait Lui-même en Marie par son Incarnation. Il pouvait l’élever jusqu’à lui sans la faire passer par les portes de la mort ; Il ne le voulut pas et elle voulut ce qu’Il voulait, afin de poursuivre jusque dans la mort l’œuvre qui purifie du péché originel et de sa loi (p. 79). Et Père Serge résume dans une formule lapidaire : « elle n’a donc pas surmonté la mort par ses propres forces ; celle-ci fut vaincue pour elle par la puissance du Christ ». Elle reposa dans le sommeil de sa Dormition, et fut éveillée par son Fils à la Résurrection. « Elle fut ressuscitée par lui et devint ainsi les prémices de la ressuscitation de toutes les créatures ».

A.p. Marc-Antoine Costa de Beauregard

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