Ajouté le: 20 Juin 2015 L'heure: 15:14

Co-voyageurs avec Dieu

Chers frères en Dieu,

Nous sommes toujours sous l’auréole pascale et la joie de la Résurrection du Seigneur habite nos âmes, bien que l’on s’interroge, comme les apôtres : qu’est-ce que la résurrection ? La réponse nous est donnée par un voyage effectué avec le Seigneur, que Luc et Cléophas ont fait vers Emmaüs à côté de Celui qui est Ressuscité (Luc 24, 13-35).

D’où le titre de mon discours – car ce voyage a une portée pédagogique extraordinaire : c’est la première leçon d’exégèse christologique de l’Ancien Testament et, d’après de nombreux exégètes nouveau-testamentaires, il s’agit de la première Eucharistie, un moment d’expérience liturgique ressentie de la présence du Christ, qui sera avec nous jusqu’à la fin des siècles, ainsi qu’une chute des écailles de nos yeux : « Alors leurs yeux furent ouverts et ils Le reconnurent, puis Il leur devint invisible » (Luc 24, 31). Il leur est pourtant resté quelque chose : leurs cœurs brûlaient (Luc 24, 32) et leur joie d’annoncer que le Seigneur est ressuscité ! Donc, l’Eucharistie éclaire nos yeux spirituels et nous revêt de la tunique qui témoigne de la joie de la Résurrection du Christ, dans notre marche constante vers la Jérusalem céleste.

À ces pensées j’ajoute une idée trouvée dans les études dédiées au pèlerinage : « La peregrinatio est une démarche spirituelle du jeune homme riche qui répond à l’appel du Christ de tout laisser pour le suivre. Le terme même recouvre la double interprétation de la démarche de partir (per agere) et son statut d’étranger circulant en marge du monde1. Le « marcheur de Dieu » entreprend une démarche spirituelle…».

Or, nous sommes aujourd’hui des « marcheurs de Dieu » et nous sommes des voyageurs étrangers à travers le monde vers un de ceux qui nous apprennent comment arriver à la fraternité spirituelle (telle la fraternité entre saint Jean Cassien et le vénérable Germain), et comment trouver la sagesse qui mène au salut, celle qui mène à l’union sublime avec le Christ dans l’Eucharistie, et, après, à l’ascension constante vers le Jérusalem céleste d’où jaillit la Loi de l’amour qui est semée dans le monde entier pour son rétablissement et son renouvellement.

Voilà pourquoi j’ai dit « co-voyageurs ». Pourquoi avec Dieu ? Parce qu’à la base du pèlerinage il y a toujours un modèle biblique vivant développé dans la pensée des prophètes et dans la littérature didactico-poétique, mais aussi dans le Nouveau Testament : le modèle de la libération d’Égypte, de la maison de l’esclavage et du monde du péché. Or, le Libérateur est Dieu, Celui qui les a dirigés dans le désert en colonne de feu et nuage lumineux, Celui qui crie, avec la voix d’Osée, et combien ce cri est actuel : « Que vais-je te faire, Ephraïm ? Que vais-je te faire, Juda ? Votre amour est comme la nuée du matin,comme la rosée matinale qui passe. » (Osée 6, 4) Ô, homme !...

Le pèlerinage n’est pas seulement un voyage ou une excursion dans les lieux saints, mais il nous rend contemporains avec ceux qui ont marché jusqu’au ciel, pour suivre leur exemple. Aujourd’hui on se retourne tous, d’abord vers les petites églises de Dobroudja, où, comme les abeilles dans un rayon de miel, les anachorètes vivaient continuellement en Dieu ; on se retourne vers l’Archidiocèse de Tomis, vers Brétanion, Théophile, Théotime et vers les autres évêques qui ont milité pour l’unité de l’Église2.

On se rappelle aujourd’hui les moines scythes théopaschites, mais en particulier on se rassemble avec les saints Jean Cassien et Germain, nous nous mettons dans l’obéissance des pères qui assagit et nous montre que la Sainte Écriture nous apporte la connaissance salutaire et illumine.

A la recherche des racines / des fondements du Ciel

Originaire de Dobroudja, instruit dans le paradigme de la païdéia grecque et avec une base culturelle latine, Saint Jean Cassien emmène avec lui les caractéristiques de l’Église de Brétanion, de Théophile et de Théotime, l’envie et le désir de garder l’unité de l’Église. Mais pour notre pèlerinage, j’aimerais souligner que Saint Jean, accompagné de Saint Germain, part pour Bethléem, en Égypte, à Constantinople, Rome, Antioche et Marseille pour trouver les repères fondamentaux de la voie du Royaume.

Je pense que pour nous c’est important maintenant de remarquer cet acte d’« accompagnement spirituel », de fraternité spirituelle entre Saint Jean Cassien et le Vénérable Germain, car celle-ci constitue un modèle potentiel et une solution possible pour sortir de l’aliénation de nos jours. Dans ses Conférences spirituelles, Saint Jean Cassien dédie un chapitre spécial à l’amitié. Son dialogue avec le Bienheureux Joseph révèle des aspects enrichissants pour notre compréhension et notre vie. Nous sommes aujourd’hui dans « les liaisons de l’amitié par la ressemblance ou de l’identité d’opinions » – par de telles harmonisations de pensées et de sentiments, même les cœurs endurcis sont adoucis3.

 « Il y a aussi un autre type d’affection, qui vient de l’instinct même de la nature et de la loi du sang (…) mais tous ces types d’affections (…) sont souvent rompus par les distances, le temps, les malentendus apparus dans les conversations ou les conflits d’intérêts »4. « Il n’y a qu’une amitié qui soit indissoluble : c’est celle qui ne vient ni des connaissances, ni d’une considération extérieure des services reçus, des affaires ou de la parenté, ou d’autres raisons, mais qui vient seulement de la similarité des vertus (…), même la mort ne peut écraser cet amour »5, c’est vers cet amour que nous aboutissons.

Comme je l’ai déjà dit, on se situe dans les « chaînes de l’amitié par la ressemblance » et il faut que l’on grandisse jusqu’à la « vraie amitié qui naît de la perfection et de la vertu des amis ». Ce sont la vertu et le désir de perfection des deux vénérables Pères qui les ont unis comme des frères et les ont aidés à vivre toujours dans la même volonté. Il s’agit d’une conformation de la volonté, telle celle qu’on demande dans la Prière que le Christ nous a enseignée : Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel.

C’est cette amitié, je crois, qui fait que l’on est ensemble voyageurs vers le Royaume du Seigneur, tout comme les deux frères spirituels que l’on célèbre aujourd’hui. Mais, voyez-vous, ils ont cherché les raisons du Ciel, les manifestations suprêmes de l’appel, de l’obéissance et de l’accomplissement. Et puisque j’ai parlé des fondements du Ciel, je voudrais vous les annoncer : ce sont tous ceux qui sont arrivés à la stature parfaite du Christ, ce sont tous ceux qui ont tout laissé et sont partis pour la vie conforme à la volonté du Père Céleste. Ces racines s’appellent : Abba Moïse, Paphnuce, Daniel, Sérapion, Théodore, Sérénus, Isaac, Chérémon, Nestéros, Joseph, Piamoun, Jean, Théonas, Abraham...

Chers amis, je voudrais aujourd’hui que l’on insiste un peu sur les commencements de la peregrinatio et que l’on observe quelle est la nature de notre appel, comment on y répond par le renoncement, et comment on s’offre à Dieu, avec la présentation de saint Jean Cassien. Essayons de vivre cette amitié spirituelle en la recherchant, et non pas en pensant à son importance. Nous avons parcouru les étapes qui nous font exprimer notre dégoût des choses du monde, nous avons observé, chacun d’entre nous, quelle est la volonté propre de chacun, et je crois que nous avons tous compris que toutes les choses du monde doivent être placées en dessous de l’intérêt pour l’amour et la paix.

Nous avons compris que l’on ne doit jamais se fâcher, mais d’essayer toujours d’apaiser la tristesse du prochain, que l’on doit penser tous les jours à notre départ de ce monde et au fait que ce départ doit se passer avec une fin chrétienne. Il est donc nécessaire que chacun travaille pour le développement spirituel de l’autre, et ainsi nous pourrons dire : Ah, qu’il est bon, qu’il est agréable pour des frères d’être ensemble (Psaume 132, 1), car là où deux ou trois s’assemblent en mon nom, je suis au milieu d’eux (Matthieu 18, 20).

À la recherche de la perfection

Très jeune, saint Jean Cassien6, accompagné par Germain, son frère « non pas par naissance, mais par l’esprit », a commencé le pèlerinage de sa vie dans le cadre de cette magnifique amitié en Christ. Arrivés en Égypte, ils ont rencontré le bienheureux Abba Paphnuce, et ils lui ont dévoilé qu’ils y étaient venus pour « apprendre comment acquérir l’humilité et l’obéissance », pour pouvoir se libérer « de la vanité et de l’auto-appréciation ».

Le bienheureux Abba Paphnuce leur a répondu : « il y a trois sortes d’appels et trois sortes de renoncements, tout aussi importants pour le moine, quel que soit leur ordre. Il faut d’abord observer avec attention pourquoi, comme je l’ai dit, il y a trois sortes d’appels, pour que, après avoir appris que l’on est arrivés sur la marche la plus haute dans l’amour envers Dieu, on accommode notre vie à la hauteur de cette marche. Car il ne nous sera point utile d’avoir un beau départ, si la fin n’est pas sur mesure »7 .

Nous aussi, en appliquant ces mots à notre pèlerinage, essayons de garder en nous l’état spirituel que l’on a ressenti au moment où l’on a répondu à l’appel de venir ici, et plus encore, d’accroître ce bonheur, en découvrant que nous aussi nous sommes des pèlerins vers le royaume de Dieu et que nous devons d’abord chercher la perfection et ensuite tout le reste nous sera accordé (Matthieu 6, 33). Qu’il nous soit comme le Bienheureux Abba Paphnuce recommande : « si on connaît que l’on a été extraits du vécu le plus bas de ce monde, de la marche la plus basse, prenons soin avec ardeur d’arriver à une fin convenable ». Mais, dans ce but, il est nécessaire de connaître les trois sortes de renoncements, car en aucun cas on ne peut arriver à la perfection si : soit on ne sait pas ce qu’est la perfection, soit, même si on le sait, on ne fait pas d’effort pour y arriver.

Alors, il y a trois appels : le premier vient de Dieu, le deuxième est facilité par l’homme, et le troisième est provoqué par la nécessité.

« Un appel vient de Dieu chaque fois qu’une pensée qui nous est envoyée dans le cœur, même pendant notre sommeil, enflamme en nous le désir pour la vie éternelle et pour le salut, et nous pousse par une très forte inspiration à suivre Dieu et à dédier notre vie à l’accomplissement de ses enseignements »8, tout comme dans le cas d’Abraham (Genèse 12, 1-3) ou saint Antoine.

Ceux-ci ont quitté leur pays d’origine, la maison de leurs parents et renoncer aux liens avec leurs familles, pour répondre à l’appel de Dieu, ils ont compris que notre voyage est vers la terre que le Seigneur nous montrera, c’est-à-dire vers la nouvelle terre et vers le nouveau ciel (2 Pierre 3, 13), ils ont compris aussi que nous avons une maison non faite de main d’homme (2 Corinthiens 5, 1) et que c’est vers l’habitation dans cette demeure qu’il faut s’appliquer, ils ont compris qu’il faut renoncer aux habitudes d’ici-bas et assimiler les habitudes des saints. C’est précisément pour cette raison que saint Jean Cassien et saint Germain ont tout quitté dans leur quête de la perfection. Nous aussi, au moins pour un temps, nous devons vivre en nous-mêmes cette étape jusqu’à ce qu’elle se pérennise en nous. Mais jusque là, cette connaissance est semée en nous, ainsi que ce souvenir du salut, et quel bonheur !

« Le deuxième type d’appel est celui qui se produit dans l’homme soit quand il a à faire avec des exemples de saints (comme c’est notre cas en ce moment), soit lorsque les conseils de ces saints enflamment dans nos cœurs l’aspiration pour le salut. Mais là encore, nous sommes toujours appelés par la grâce de Dieu, même si nous nous sommes dédiés à ces efforts et à cette confession, poussés par les conseils et les vertus de ceux que j’ai mentionnés »9. C’est ainsi que les juifs ont été libérés d’Égypte par Moïse, et leur peregrinatio à travers le désert est restée comme un paradigme pédagogique et spirituel pour tous les peuples, à travers les siècles.

« Le troisième type d’appel est celui qui est provoqué par la nécessité, quand, attachés aux richesses et aux plaisirs de ce monde, et soumis à des épreuves inattendues, qui nous menacent de mort, de la perte ou la confiscation de nos fortunes, ou bien de la mort de quelqu’un de très cher, on est obligés de penser à Dieu, à Celui que l’on a méprisé quand rien ne nous manquait »10. Mais on ne doit pas ignorer cet appel non plus, seulement pour nous c’est important de comprendre qu’il faut faire des efforts pour arriver, comme le Prophète Moïse, à changer dans notre caractère la volonté de l’immédiat, de sorte qu’avec acharnement, on rétablisse notre volonté sur le chemin de la recherche de la perfection, et de ne pas oublier que tout dépend de la fin, puisque celui qui est arrivé à la perfection peut tomber par insouciance, et celui qui est encore bas, peut monter par crainte et amour de Dieu.

Mes frères, la réponse à n’importe lequel de ces trois appels n’est pas une réponse théorique, seulement en parole, mais une réponse en acte, en pratique, et l’acte signifie cette fois-ci le renoncement, le détachement, le dépouillement de l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau (Colossiens 3, 9–10). C’est une mutation d’ordre anthropologique, et la postmodernité nous provoque à offrir au monde une nouvelle anthropologie, qui soit manifestement marquée par les notes caractéristiques de la christologie. On revêt l’homme nouveau quand on commence le détachement des richesses de ce monde et de sa gloire et on avance, avec entière conviction, vers l’acquisition du trésor qui ne périt jamais – ceci est le premier renoncement.

C’est une épreuve dure pour l’homme postmoderne, qui a développé de multiples addictions, mais pour un chrétien c’est beaucoup plus facile s’il sait/apprend à se confier à la Grâce divine, parce que l’état de grâce l’amène dans l’hypostase de celui qui comprend qu’il lui suffit de « notre pain de ce jour » et non seulement il comprend, mais il vit en lui l’état de béatitude eucharistique. Cet événement ascétique nous le vivons maintenant dans le cadre du pèlerinage, nous avons pris chacun juste ce qu’il nous était nécessaire, nous avons ramassé seulement un omer (Exode 16, 16), et nous ne faisons que commencer à regagner la modération, la juste mesure.

Une fois arrivés ici, on s’éloigne des habitudes, des vices et des anciennes attractions (le deuxième renoncement) de l’âme et du corps et on commence à vivre dans la révélation, à avoir la capacité de percevoir le contenu épiphanique de l’existence, pour que nous dirigions notre raison vers les choses de l’avenir, par la contemplation, de sorte que le désir de cet état naisse en nous.

Saint Paphnuce dit qu’« au moment où notre cœur sort de cette maison passagère qu’on peut voir, nos yeux et notre raison se dirigent vers celle dans laquelle on va rester pour l’éternité »11 .

A ces trois types de renoncements correspondent les trois livres de Salomon : Les Proverbes – par lesquels sont combattus les désirs charnels et les péchés, L’Ecclésiaste – où tout ce qui se passe sous le soleil est appelé « vanité », et Le Cantique des Cantiques – où la raison, en passant au-delà des choses visibles, s’unit avec la parole de Dieu par la contemplation des choses célestes12.

La purification de la raison est extrêmement importante, c’est pourquoi le saint précise que la perfection véritable sera atteinte au moment où notre raison, (qui ne sera assombrie par aucun alourdissement corporel, mais nettoyée grâce à des ponçages habiles, à une méditation ininterrompue sur les choses divines et à une pensée spirituelle, en passant par-dessus de tout ce qui est matériel,) touchera les choses invisibles, c’est-à-dire quand aucun son ne la dérangera plus par l’ouïe corporelle, et qu’elle ne sera plus occupée avec des images parvenues par les yeux13.

Le chemin, la peregrinatio, à partir du moment de l’appel jusqu’à l’atteinte de la perfection, est plein d’un vrai combat invisible, d’un véritable askesis, car c’est la voie de la lutte contre les huit péchés capitaux, que je ne fais que mentionner ici : la gourmandise, la concupiscence, l’argyrophilie, la colère, l’abattement, la paresse, la vaine gloire et l’infatuation. Néanmoins, juste quelques mots : les péchés qui proviennent des causes naturelles ont une quadruple emprise sur nous, et nécessitent de notre part une maîtrise du corps par les jeûnes, la veille, le travail et par le fait d’éviter les occasions mauvaises ; alors que ceux qui surgissent de l’âme demandent la purification de l’âme par la suppression des souvenirs des passions, en éradiquant les images et les éléments qui nous tentent et, plus que tout, la méditation attentive sur la Sainte Écriture, en veillant avec attention et en se retirant dans la solitude14.

C’est pourquoi, pour vaincre la commodité, il faut d’abord combattre la tristesse ; pour éloigner la tristesse, il faut anéantir la colère ; pour apaiser la colère, il faut abaisser l’argyrophilie, pour accabler l’argyrophilie, il faut écraser la concupiscence, et pour atterrer la concupiscence, il faut abattre le péché de la gourmandise. Et après tout cela, pour pouvoir vaincre l’infatuation, il faut d’abord neutraliser la vaine gloire, ainsi c’est en surmontant toujours les vices les plus forts, que nous triompherons plus facilement sur les autres, car les vices restants cèdent sans efforts15.

Contre ceux-ci, on doit lutter en sortant à la lumière le péché qui nous domine, car c’est contre lui que le combat principal doit être mené, en ajustant avec mesure les coups, alors que l’attention et l’observation qu’on lui apporte doit concentrer l’effort des veilles et des méditations du cœur, tout en tendant vers le Seigneur les larmes incessantes de la prière, pendant que nous Lui demandons sans arrêt de nous aider et de nous protéger contre toute affliction16. Et, surtout, apprenons à rester contents avec ce que l’on a, pour ne pas vieillir en terre étrangère, c’est-à-dire dans la terre des péchés.

Accompagnement et aide sur le chemin ascétique

Sur son chemin vers la perfection, l’homme doit savoir qu’il ne peut rien faire par ses propres forces, il a besoin d’entendre l’appel, d’entendre la parole, de raffermir sa foi pour qu’il puisse ensuite monter sur les sommets de la perfection et du bonheur, qui ne consiste pas en la réalisation de miracles, mais en l’amour parfait. Saint Jean Cassien nous dit que, par l’amour incommensurable de Dieu, nous avons reçu comme aide et remède la Sainte Eucharistie que nous devons approcher, tout en sachant qu’on ne pourra jamais arriver à une telle pureté, mais par par la miséricorde de Dieu, que l’on puisse croire que nous sommes dignes de communier au Saint Corps et au Sang du Seigneur, recevant le remède du salut.

Puis, en comprenant son amour, qu’on ne se lasse jamais de Lui parler, mais que la prière soit tellement profonde que l’on arrive à nous estomper nous-mêmes dans notre prière. Pour ce faire, écoutez ce qu’il dit : « si tu veux acquérir la science véritable des divines Écritures, hâte-toi, avant tout, de t’affermir dans une humilité de cœur sincère, qui te conduise non pas à cette science qui enfle, mais à celle qui éclaire dans la perfection de la charité ... il faut que tu te dédies à la lecture des livres saints, avec assiduité et sans relâche, jusqu’à ce que la méditation continuelle pénètre ton esprit et le transforme, en le façonnant selon son moule ...

… ton esprit deviendra ton Arche de l’alliance qui renfermera les deux Tables de pierre, symboles de la force éternelle des deux objets : l’urne d’or, qui signifie la mémoire pure et fidèle, qui contient toujours la douceur de la manne spirituelle – par laquelle il faut comprendre la douceur céleste et impérissable des sens spirituels du pain des anges – et le bâton d’Aaron, qui représente l’étendard du salut, le signe du véritable Prêtre, Notre-Seigneur Jésus-Christ, fleurissant toujours de la verdure du salut éternel »17.

J’ai essayé de porter à votre attention des éléments fondamentalement théologiques dans le cadre du pèlerinage. Je suis parti de la fraternité spirituelle, elle est capable de bannir la haine et l’autosuffisance. J’ai essayé d’attirer votre attention sur l’importance de l’écoute de l’appel divin et ensuite sur les renoncements, qui sont capables de réaffirmer le sens eschatologique de ce monde chaotique. J’ai abordé ensuite le combat ascétique, pour comprendre combien est nécessaire le don de l’union avec Dieu, combien on doit être conscients de l’aspect théandrique de l’être véritable – celle-ci peut nous sortir de l’abîme du désespoir et nous placer dans l’horizon ouvert de l’espoir chrétien. J’ai parlé enfin du don de soi à Dieu, et des guérisons. Marchons, donc, mes frères, sur la voie des saints, en purifiant notre esprit des éloignements, recevons la lectio divina de saint Jean Cassien et les conseils des pères pour qu’on puisse ainsi marcher, ensemble, vers le Royaume de Dieu.

P. Ioan Chirilă, ph.d.

Notes : 

1. Elisabeth Ruchaud, « Le pèlerin chrétien vers Jérusalem, une construction de l’image de « l’autre », dans R. Abdellatif, Y. Benhima, D. König, E. Ruchaud (dir.), Acteurs des transferts culturels en Méditerranée médiévale, München, 2012, p. 20.
2. M. Pacurariu, L’histoire de l’Église Orthodoxe Roumaine, Ed. IBMBOR, Bucarest, 1991, vol. I, chap. « Les débuts de la vie chrétienne sur le territoire de notre pays ».
3. Saint Jean Cassien, Conférences spirituelles (XVI), Ed. IBMBOR , Bucarest, 2004, p. 381.
4. Ibidem, p. 382
5. Ibidem
6. Cristian Badilita et Attila Jakab, Jean Cassien entre l’Orient et l’Occident, Beauchesne/Polirom, 2003, p.1, (Inst.praef.4, Conl.17,7).
7. Saint Jean Cassien, Conférences spirituelles, p. 65.
8. Ibidem, p. 66.
9. Ibidem, p.66
10. Ibidem, p. 66-67
11. Ibidem, p. 69
12. Ibidem.
13. Ibidem, p. 71
14. Ibidem, p. 113
15. Ibidem, p. 119.
16. Ibidem, p. 124.
17. Ibidem, p. 354.

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