Ajouté le: 7 Juin 2015 L'heure: 15:14

Par nature de condition humble (2)

Parole de l'Ancien Éphrem de Philotheou et d'Arizona, adressée à sa fraternité au saint monastère Philotheou (Mont Athos), le 17 avril 1981.

« Jour de la Résurrection, peuples, soyons illuminés, Pâque, Pâque du Seigneur ! »

Examinons-nous nous-mêmes et nous verrons que dans toutes les manifestations de notre vie, dans nos motivations, dans leur début et dans leur profondeur, il y a toujours l'égoïsme. Blâmons-nous donc nous-mêmes, renversons notre "ego", et reconnaissons que nous ne sommes que de l'argile et de la terre ! La terre et l'argile sont foulées par les pieds de ces mêmes humains créés de terre. Dieu qui est de nature divine s'est humilié ! Nous, qui sommes par nature de condition humble, tirés de la boue, nous redressons la tête : « Moi et personne d'autre ! » Et si en quelque chose on ne nous donne pas la préférence, nous voyons notre "bête" se troubler ! Et commence toute une série de "pourquoi" : « pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi pas moi ? » C'est précisément ce "moi" qu'il faudrait étrangler !

Le monachisme est riche en potentialité, en possibilité pour vaincre le "moi", à condition de prendre en nos mains cette arme et, avec l'aide de Dieu, remporter la victoire qui déterminera notre sort pour l'éternité. Les humbles verront Dieu dans l'autre monde. Tout orgueilleux sera privé du Royaume des cieux. Et on lui posera les questions : a-t-il ressenti son égoïsme, l'a-t-il vu en lui-même, a-t-il lutté contre lui, a-t-il suivi les instructions et les conseils conduisant à l'humilité ? Au moment où nous sentons en nous le soulèvement, bien que nous apercevions la "bête", nous ne voulons pas la tuer ! Très souvent même nous nous rendons délibérément aveugles, nous faisons semblant de ne pas la voir, nous détournons les yeux. C'est cela l'égoïsme.

Pourquoi mon enfant ne luttes-tu pas comme il faut ? La vie ne nous appartient pas. D'une minute à l'autre il est possible de la perdre ; ce sera la fin de lafoire où on peut acquérir le Royaume des cieux, et après, après la mort, quand nous aurons fermé les yeux, nous apprendrons jusqu'à quel point notre égoïsme nous a ruiné. Mais il ne sera plus possible de revenir. Nous allons supplier de pouvoir retourner, nous allons supplier qu'on nous rende, ne fut-ce qu'une minute des nombreuses années que nous avons vécues, mais cette minute ne nous sera pas donnée. Et alors ce sera le « malheur à nous ! »

Nous n'avons pas connu en pratique, nous n'avons pas ressenti avec notre cœur, le sens véritable de la mort, nous n'avons pas ressenti ce qu'éprouvera notre âme quand elle commencera à s'élever dans le ciel ; quelles pensées nous aurons alors, quand nous allons passer par le "péage aérien". Nous n'avons pas eu la sensation immédiate de ce que l'âme ressentira quand elle prendra conscience définitivement qu'il n'y aura pas de retour vers cette vie sur la terre, mais qu'elle entre, qu'elle est conduite vers l'éternité et que cette vie-là n'aura pas de fin et qu'en cas d'insuccès (au péage) elle passera la vie éternelle en enfer en compagnie des démons, et elle ne verra jamais la lumière, et ne connaîtra, ni ne verra Dieu-même.

Ensuite nous prendrons conscience aussi du fait que les autres frères se trouvent aux Cieux, qu'ils fêtent la Pâque éternelle et se trouvent dans la gloire de Dieu, habillés dans des vêtements de noce resplendissants, blancs, reçus de Dieu. Il deviendra évident que les âmes des frères sont en train de célébrer les Noces avec l’Époux, qu'ils se trouvent dans la salle nuptiale des Cieux et que pour eux cette vie dans la lumière éblouissante n’aura pas de fin. Ces réalités, ces pensées, ces sentiments nous ne les avons pas connus et dans un certain sens, nous sommes aveugles de l'âme. Notre cœur est comme spirituellement mort, il n'a pas de sensibilité.

Quelquefois pourtant, j'ai ressenti de telles choses pendant la prière. Une autre fois, je dormais et je me suis réveillé au milieu de la nuit ; mon esprit était très lucide, même plus que lucide. Quand quelqu'un se réveille soudain au milieu du sommeil, son esprit est habituellement confus, embrouillé. Pour moi, cette fois-là, il n'en était pas ainsi. L'état de mon esprit et de mon cœur était tel que j'ai senti véritablement comme si je sortais de la vie et j'entrais dans l'éternité. La sensation de l'incertitude était très intense : « Que va-t-il arriver maintenant, comment apercevrai-je le juge ; si c'est la défaite et l’Hadès éternel, qu'arrivera-t-il, qu'est-ce qui m'attend là-bas ?

Alors j'ai ressenti véritablement le départ, j'ai ressenti la présence du juge, la réalité de l’Hadès, l'éternité ; c'était un tel état que je ne peux pas le décrire avec des mots. Pendant la journée j'ai pensé : « c'est donc ce qui arrivera à mon âme lorsque je fermerai les yeux ? Si maintenant étant en vie, j'ai une telle terreur, une telle sensation inexprimable de réalité et de vérité, qu'adviendra-t-il, quand, par la décision de Dieu, je me trouverai en dehors du corps ?

Tout cela manifeste à quel point nous avons les yeux de notre âme fermés, et nous ne ressentons pas ce qui nous attend ; non pas parce que nous le croyons pas, en théorie, nous comprenons tout, mais le cœur n'y participe pas. Pourquoi ne ressent-il rien ?

Parce que même si ce n'est pas entièrement, une partie du cœur reste non purifié ! A cause de cela il est insensible. Il n'y a pas eu de notre part du travail, de l'endurance dans les peines, pour être soignés de l'égoïsme. Le cœur n'a pas souffert, n'a pas enduré l'arrachage des racines de l'égoïsme. A cause de cela nous avons précisément de tels résultats.

Il est indispensable que petit à petit nous comprenions, nous apercevions l'égoïsme en nous et que nous prenions position, que nous déclarions la guerre. Quand nous recevons des reproches, quand on nous fera des remarques, commençons à nous blâmer nous-mêmes, à nous accuser, à nous condamner et à nous fustiger, à prendre le tort sur nous-mêmes ; celui au contraire qui nous a fait les reproches, justifions-le, comme celui qui nous a administré le cautère ; et remercions Dieu qui de cette façon travaille à notre purification. En combattant ainsi, petit à petit, avec la grâce de Dieu, nous serons délivrés (des passions). Le cœur sera libéré, les racines des passions seront extirpées et nous ressentirons la santé de l'âme, nous serons en état de sentir la réalité de l'autre vie ; et alors nous verrons enfin la lumière de la Résurrection divine.

« Ayant contemplé la Résurrection du Christ » disons-nous, et nous le confessons, mais la ressentons-nous vraiment, le voyons-nous vraiment ? Moi personnellement non. Et quand la verrons-nous vraiment ? Seulement quand nous obtiendrons la purification.

Commençons donc à combattre l'égoïsme, en prenant l'arme de la prière. Que la prière « Seigneur Jésus Christ aie pitié de moi » soit ininterrompue, si possible, nuit et jour. Le corps, quand l'âme le quitte, sent mauvais, il se décompose, il est mangé par les vers, il devient un foyer d'infections. Quand la prière est absente de l'âme, cela même arrive à l'âme. Nous allons garder toujours ce but devant les yeux : comment anéantir, comment exterminer cette "bête" qui vit en nous, l'égoïsme, et nous allons prier sans cesse. Remplissons le temple de Dieu, c'est à dire le corps et l'âme de l'homme, de la fragrance de la prière. « En nos corps et en notre esprit glorifions le Dieu Saint ».

Le combat est indispensable. Et les premiers à combattre le bon combat doivent-être ceux qui ont de l'autorité. Nous devons montrer le bon exemple et les autres doivent combattre en nous regardant, pour que nous soyons tous jugés dignes, avec toute la fraternité, de célébrer l'éternelle Pâque sans fin de notre salut dans l'autre monde, dans la vie éternelle, dans la lumière inaccessible et dans la joie infinie de Dieu, où les anges glorifient sans fin Dieu dans la Sainte Trinité ! Amen.

Traduit du grec par les moniales du Monastère Notre Dame de Toute Protection, Bussy-en-Othe
Parue dans le livre « L'art du salut » en grec, dans l'édition du saint monastère Philotheou – 5è édition 2011.
Ce Monastère a le copyright de la version grecque originale.

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