Nouvelle fête, nouvelle assemblée, nouvelle joie pour l’Église, fière du grand nombre de ses enfants, nouvelle gloire pour cette mère féconde et pleine d’amour. … Voulez-vous savoir que la fête d’aujourd’hui peut chaque jour être accomplie, je dis plus, que c’est réellement la fête de tous les jours ? Voyons quel est le sujet de la présente fête, et pourquoi la célébrons-nous ? C’est que l’Esprit est venu à nous, car de même que le Fils unique de Dieu est avec les hommes fidèles, ainsi demeure avec eux l’Esprit de Dieu. Qui le prouve ? « Celui qui m’aime, dit le Seigneur, gardera mes commandements, et moi je prierai mon Père et il vous donnera un autre Consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous, l’Esprit de vérité…» (Jean 14, 15-17). Donc, comme le Christ a dit, en parlant de lui-même : Voici que je serai toujours avec vous, jusqu’à la consommation des siècles, ce qui fait que nous pouvons toujours célébrer l’Épiphanie ; ainsi, en parlant de l’Esprit, il dit : L’Esprit demeure éternellement avec vous, ce qui fait que nous pouvons toujours célébrer la Pentecôte.
… Ce n’est pas le temps qui constitue la fête, mais c’est la pureté de la conscience ; fête n’est pas autre chose que joie ; la joie de l’intelligence, la joie de l’esprit réside uniquement dans la conscience des bonnes actions ; celui qui a une bonne conscience et une bonne vie, peut toujours être en fête !
… Notre nature, il y a dix jours, s’est élevée jusqu’au trône du Roi, et en ce jour l’Esprit-Saint est descendu sur notre nature ; le Seigneur a porté nos prémices en haut, et il a fait descendre l’Esprit-Saint. C’est un autre Seigneur qui nous distribue ces présents ; car l’Esprit est aussi Seigneur, et le Père, le Fils et le Saint-Esprit se sont partagés le soin de nous gouverner. Il n’y a pas dix jours que le Christ est remonté au ciel, et il nous a envoyé les grâces spirituelles, présents de la grande réconciliation. Car, pour que personne ne puisse douter, ni s’informer de ce qu’a fait le Christ de retour au ciel, s’il nous a réconciliés avec son Père, s’il nous l’a rendu propice, pour preuves manifestes de la réconciliation, il nous en a bien vite envoyé les présents.
… De son côté l’Évangéliste dit : « Le Saint-Esprit n’avait pas encore été donné, car Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7, 39). Comme il n’avait pas encore été crucifié, dit-il, l’Esprit-Saint n’était pas encore un don accordé aux hommes ; cette expression, n’avait pas encore été crucifié, correspond tout à fait à n’avait pas encore été glorifié. Car si, à ne considérer que le fait en lui-même, c’est une honte, comme cette honte n’a été subie que par amour, le Christ l’appelle une gloire. Et pourquoi, répondez-moi, l’Esprit n’a-t-il pas été accordé avant la mise en croix ? C’est que la terre était dans le péché, dans les offenses, un objet de haine et d’ignominie, avant l’oblation de l’Agneau qui enlève le péché du monde. Le Christ n’étant pas encore crucifié, la réconciliation n’était pas encore faite ; or, la réconciliation n’étant pas encore faite, il était convenable que le Saint-Esprit ne fût pas envoyé, de telle sorte que ce qui prouve la réconciliation c’est l’envoi du Saint-Esprit. Voilà pourquoi le Christ dit encore : « Il est avantageux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, celui-là ne viendra pas… » (Jean 16, 7). Si je ne m’en vais, et ne réconcilie le Père, dit-il, je ne vous enverrai point le Paraclet. Vous voyez par combien de textes je vous ai prouvé que c’est un signe de la colère de Dieu que l’absence du Saint-Esprit parmi les hommes.
… Si le Saint-Esprit n’existait pas, nous ne pourrions pas dire que Jésus est Notre-Seigneur, car « nul ne peut dire que Jésus est Notre-Seigneur, sinon par le Saint-Esprit » (1 Corinthiens 12, 3). Si le Saint-Esprit n’existait pas, nous ne pourrions pas prier Dieu, nous fidèles ; en effet, nous disons : Notre Père, qui êtes aux cieux. Or, de même que nous ne pourrions pas appeler Notre-Seigneur, de même nous ne pourrions pas appeler Dieu notre Père. Qui le prouve ? L’Apôtre disant : « Parce que vous êtes enfants, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie Abba, mon Père ! » (Galates 4, 6). C’est pourquoi, quand vous invoquez le Père, rappelez-vous qu’il a fallu que l’Esprit ait touché votre âme pour que vous fussiez jugés dignes d’appeler Dieu de ce nom. Si le Saint-Esprit n’existait pas, les discours de la sagesse et de la science ne seraient pas dans l’Église. « Car l’Esprit a donné à l’un de parler avec sagesse ; à l’autre, de parler avec science » (1 Corinthiens 12, 8). Si le Saint-Esprit n’existait pas, il n’y aurait dans l’Église ni pasteurs, ni docteurs, car c’est l’Esprit qui les fait, selon ce que dit Paul : « …Sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques et pasteurs… » (Actes 20, 28). Voyez-vous que cela encore se fait par l’opération de l’Esprit ? Si l’Esprit-Saint n’existait pas en celui qui est notre commun Père et Docteur, quand tout à l’heure il est monté à cette tribune sainte, quand il vous a donné, à tous, la paix, vous ne lui auriez pas répondu, tous d’une commune voix : « Et avec votre esprit ! » c’est pourquoi non-seulement quand il monte à l’autel, ou qu’il s’entretient avec vous, ou qu’il prie pour vous, vous faites entendre cette parole ; mais encore quand il se tient auprès de cette table sainte, quand il est sur le point d’offrir ce sacrifice redoutable, c’est ce que savent bien les initiés; il ne touche pas les offrandes, avant d’avoir imploré pour vous la grâce du Seigneur, avant que vous lui ayez répondu : « Et avec votre esprit ! », cette réponse même vous rappelant que celui qui est là ne fait rien par lui-même, que les dons qu’on attend ne sont nullement des ouvrages de l’homme ; que c’est la grâce présente de l’Esprit, descendue sur tout, qui accomplit seule ce sacrifice mystique. Sans doute il y a là un homme qui est présent, mais c’est Dieu qui agit au moyen de lui. Donc ne vous attachez pas à ce qui frappe vos yeux, mais concevez la grâce invisible. Il n’y a rien qui vienne de l’homme dans toutes les choses qui s’accomplissent au sanctuaire. Si l’Esprit n’était pas présent, l’Église ne formerait pas un tout bien consistant ; la consistance de l’Église manifeste la présence de l’Esprit !
… Le Christ a reçu les prémices de notre nature, et il nous a donné en retour la grâce de l’Esprit ; et de même qu’il arrive, après une longue guerre, quand les combats ont cessé, quand on fait la paix, que ceux qui se haïssaient mutuellement, se donnent réciproquement des garanties et des otages, ainsi est-il arrivé entre Dieu et la nature humaine ; elle lui a envoyé, à titre de garanties et d’otages, les prémices que le Christ a emportées au ciel ; Dieu, en retour, nous a envoyé à titre de garanties et d’otages l’Esprit-Saint. Or maintenant que ce soient là des garanties et des otages, en voici la preuve : il faut que ceux qui servent de garanties et d’otages soient de race royale : voilà pourquoi il a envoyé du ciel vers nous le Saint-Esprit comme étant, au plus haut degré, d’une essence royale ; celui qui était auprès de nous et qui s’est élevé au ciel, était bien aussi de race royale, car il était du sang de David. Voilà pourquoi je suis désormais sans crainte, nos prémices siègent là-haut ; voilà pourquoi, quand on m’objecterait le ver qui ne meurt pas, le feu qui ne s’éteint pas, les autres châtiments et supplices, je suis désormais sans épouvante ; ou plutôt, je suis toujours plein d’épouvante, mais je ne désespère pas de mon salut. Car si Dieu n’avait pas résolu de nous accorder de grands biens, il n’aurait pas reçu nos prémices dans le ciel. Auparavant quand nos regards s’y portaient, quand nos pensées concevaient les puissances qui n’ont pas de corps, notre bassesse nous paraissait plus évidente, mais maintenant, quand nous voudrons nous convaincre de notre noblesse, nous élèverons nos regards jusqu’au ciel ; plus haut, jusqu’au trône royal, car c’est là que siègent nos prémices. C’est de là que viendra le Fils de Dieu, descendant du ciel, pour nous juger. Apprêtons-nous donc, afin de ne pas déchoir de cette gloire.
Saint Jean Chrysostome, « Homelies et Discours », traduit par M. C. Portelette

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