Ajouté le: 20 Novembre 2014 L'heure: 15:14

« On ne voit bien qu’avec le cœur » : fête de la paroisse Sainte Parascève – Sainte Geneviève, 14 octobre, Paris

Organisant, pour plusieurs raisons, la fête de notre paroisse le jour même de la Sainte Parascève, et non le dimanche (ou le samedi !) le plus proche, selon la coutume, nous avons dû assumer, à part l’inédit de la situation, le risque considérable de l’ « intimité » d’un petit comité. Car, obligés, de ce fait, de scinder la fête en deux, nous nous exposions également à la probabilité de nous retrouver dans la prière seulement avec ceux qui réussissent, durant la semaine, à profiter des liturgies célébrées à l’aube, et de se réjouir par la suite avec ceux qui arrivent à peine à émerger des profondeurs de leurs préoccupations ou à surmonter leur fatigue pour participer à nos rencontres vespérales. Et encore, cela n’aurait pas été une mince affaire !

En vertu d’une telle nébuleuse imprécision, et n’ayant aucune idée, ni sur nombre de rangées de chaises à prévoir, ni même sur la quantité de repas à préparer, nous nous sommes hasardés à prier chacun d’y participer à sa discrétion, et, en nous remettant entre les mains de la sainte, nous avons poursuivi notre entreprise… Avec le calme qui précède la tempête. Et, comme dans les films de suspense, arrivés le matin de la fête, à l’heure où nous attendions ceux qui auraient bien voulu participer aux préparations, dans la crypte il n’y avait personne et les tables étaient vides… Temps arrêté. Grand moment de solitude. Le vide arrache à Liliana, notre diaconesse, un « Dieu, miséricorde ! » soupiré, les yeux au ciel, en se signant d’une large croix résignée, comme celle des villageoises peuplant les romans de Sadoveanu ; sans perdre l’espoir. Et, en l’espace d’une heure, l’église se remplit comme les dimanches des grands jours, encore et encore…

J’arrête là mon histoire, car elle me limite à la simple narration ; l’histoire ne saisit pas l’esprit, et, arrivée à ce point d’incipit de la fête, je ne ferais désormais que tisser l’étoffe de mon exposé sur la trame de notre programme – merveilleusement « réussi », par ailleurs, point par point, tel qu’il est affiché et toujours visible sur internet. Je cueillerai plutôt ci et là, sur le fil des événements, des bribes des impressions qui ont laissé une trace lumineuse au-dedans de moi. Ainsi, ce matin-là, à la Divine Liturgie, le long face à face, dans les yeux, avec le Christ et sa Sainte Mère des icônes royales – ces icônes si « bonnes » parce qu’elles me suivent sans curiosité et si efficacement, partout, dans chaque recoin et jusqu’aux tréfonds de mon âme, m’interpellent et me confrontent à moi-même, me dévoilant, strate après strate, jusqu’au repentir.

Ou bien jusqu’à l’état d’enfant, semblable à celui que j’ai ressuscité le soir au travers du livre le Petit Prince, afin qu’il raconte une nouvelle fois sagement, (notamment aux grandes personnes, qui « confondent tout et mélangent tout ») son initiation à l’amitié, afin de nous « apprivoiser » avec l’histoire de son chemin éprouvant, parcouru en vibrant explorateur depuis la fleur laissée sur une étoile et jusqu’à l’extrémité de l’épi de blé, où pousse l’amour.

On a ensuite fait l’exercice pratique de l’amitié fraîchement réapprise, à travers la magnanimité de Ionel Streba, notre pianiste de prédilection, et de ses amis, des violonistes de renom, venus de loin pour être si près du ciel de nos cœurs, où se sont fait écho leurs notes pleines et rondes, sous les arcades de nos catacombes. Oblivion de Piazzolla ou les Danses de Bartok nous ont emportés pendant quelques instants loin des murailles que nous édifions et derrière lesquelles nous nous figeons, la plupart du temps, par peur de nous-mêmes ou par peur de nous découvrir dans l’autre.

Mon sentiment ultime : dans la succession apparemment aléatoire de nos actions, il y a des lieux et des moments où on a la certitude qu’il fallait, que c’était bien, d’y être. Car on peut y voir autrement qu’avec les yeux – de ce regard limpide et pur que le Petit Prince pose sur le monde : « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux »…

Andreea Ionescu

« Je n’ai pas un grand talent, je suis une personne à travers laquelle on voit la manifestation de l’aide de Dieu »

(Interview de Mme Sivia Radu, à l’occasion du vernissage de l’exposition « Le jardin des anges », Paris, octobre 2014)

À la fête de Saint-Sulpice, la joie s’est propagée comme une onde dans la foule assemblée, en scellant la rencontre, sous les yeux des martyrs des prisons et à l’ombre des anges ramenés de Roumanie par Silvia Radu pour veiller à ce que cette joie soit complète. Faite d’un seul bloc, brûlant dans sa foi et dans son amour du pays, pleine d’esprit et de bon sens, l’artiste nous a confié un soir ses pensées, que nous partageons avec vous :

AI : Ce que vous faites porte une force qui vous soutient en tant qu’artiste…

SR : Oui, cela me porte…tout est fait sous l’emprise d’un désir…irrépressible…je suis guidée par quelque chose, je veux transmettre un message, je ne fais pas une exposition juste pour la faire !

AI : Est-ce qu’il vous semble plus difficile de transmettre ce message à Paris qu’en Roumanie ? C’est tout de même un peu différent…

SR :D’une certaine manière, il me semble qu’ici on en a plus besoin que là-bas. Mais ici je ne peux pas trop le transmettre, si les français ne viennent pas voir l’exposition…les roumains, les pauvres, sont d’accord avec moi quand je le leur dis… j’ai parlé avec un français en taxi, si gentil, il m’a dit : madame, à Paris ils sont tous fous, tous athées, 1% seulement sont croyants, c’est un désastre. Et on a commencé à parler de tout, à la fin il ne voulait plus me prendre d’argent, on était frère et sœur, ce fut une folie, un succès total. Mais je n’en ai rencontré qu’un (rires)…

AI : Je n’ai jamais entendu cela à Paris !

SR : Ah, je suis une coquine, vous n’imaginez pas à quel point, moi, je sais manœuvrer les gens, je fais ma fofolle, je suis sympathique, c’est tout…et voyez mon âge, cela signifie que j’ai acquis une expérience, extrêmement importante, je m’en rends compte…et puis, c’est Dieu qui me vient en aide. Effectivement. Avant d’ouvrir la bouche, je dis : Dieu, aide-moi, donne-moi les paroles à dire. Parfois, je parle librement. D’habitude, je prépare des notes, je ne peux pas parler comme ça… pour le vernissage, j’ai lu et relu, pour ne pas dépasser cinq minutes, car le père m'a donné ce temps… Ah, quand je donne mes interviews, je dis : Dieu, aide-moi, car je n’ai pas la moindre idée…

Je fais toujours des expositions avec un message, il me semble important que l’artiste ait quelque chose à dire de constructif, qui aide les gens ; il est impératif de ne pas faire de l’art pour l’amour de l’art, de faire de l’art avec un message, un message bien réfléchi, de penser à ce qu’il faut faire pour ouvrir une voie, ou donner une idée, en quelque sorte… Je ne suis nullement d’accord avec l’art qui crée des situations ou des choses désagréables, qui parle de choses dont on ne doit pas parler. L’artiste n’a pas le droit d’être ainsi, l’artiste a reçu un don de Dieu, et s’il s’en sert à mauvais escient, au lieu d’aider les gens, au contraire, il contribue à les rendre encore plus mauvais et plus misérables qu’ils ne le sont, et en fait il les incite à pécher. Moi, je suis contre la publicité faite dans la rue, qui pousse au péché. Il n’est pas permis d’exhiber des choses indécentes. Cela veut dire que l’école qui a formé le publiciste en est coupable. Que l’artiste, s’il a un don, l’utilise pour le bien des gens ! Donc je fais mes expositions entraînée, je pense, par quelque chose de bon.

AI : Quel est donc le message du « Jardin des anges » ?

SR : J’ai pris la route avec ces anges, qui sont des messagers, car en ce moment les gens renoncent à être proches, et ont besoin des anges pour les rapprocher. Les anges font le lien entre le ciel et la terre, et le lien entre les gens. Les anges nous aident à connaître un endroit, un lieu – moi, je viens avec les anges de Roumanie, pour que les gens de France connaissent l’espace roumain, la Roumanie, ce qu’elle a surmonté, ce qu’elle a à dévoiler, ce qu’elle a de bon et d’intéressant. La Roumanie de Dieu faite par Dieu, la Roumanie des gens de Roumanie, la Roumanie des martyrs, car cette terre en est pleine, et portera des fruits à travers le temps, par l’entremise des martyrs qu’elle a fait éclore, dès les premiers siècles. Et cela me semble extraordinaire, il y a peu de pays qui peuvent se « vanter » de cela…

AI : Ici, vous mettez l’accent sur les martyrs des prisons communistes…

SR : Il me semble important de montrer combien ce qui est arrivé est néfaste. Et les choses ne sont toujours pas en règle. Ce qui arrive en ce moment, lorsque nous exacerbons cette liberté qui, en fait, mène au mal – il me semble que les droits de l’homme sont une invention – Dieu donne à l’homme toute liberté ; si l’homme est élevé dans l’Église, il ne choisit que le bien, en sachant que s’il choisit le péché, il s’enferme dans des limites. Or c’est bien cela qu’on propose maintenant, c’est que l’homme choisisse la mauvaise part. Et il est plus facile de choisir le mal que le bien. Savez-vous ce que disait un enfant dans un merveilleux livre recueillant les pensées des enfants ? Que le mal se fait beaucoup plus facilement, car on le fait sans réfléchir, alors que le bien, il faut réfléchir pour le faire…

Ce fut une énorme souffrance, lorsque le fléau du communisme s’est abattu sur la Roumanie, le pays le plus étranger au communisme. En Roumanie il y avait le parti communiste le plus « faible » d’Europe. C’est pour cela que nous avons été les plus punis. Chez nous, on devait être puni pour se réveiller et devenir autre chose. Il a donc fallu mettre en prison tout ce que nous avions de meilleur. Vraiment très, très peu y ont échappé. La plupart des gens de qualité ont été arrêtés. Il nous semblait que cela nous faisait honneur que d’être arrêtés. Et s’ils ne l’étaient pas, beaucoup se réfugiaient dans les montagnes. Il y avait des gens qui se cachaient dans les montagnes en attendant que viennent les Américains. Les Américains ne sont point venus. Et nous avons été si punis, que les fosses communes se sont remplies de gens d’élite. Beaucoup, beaucoup de prêtres orthodoxes ont été enfermés. Père Sofian disait que 10% des détenus étaient des prêtres orthodoxes. Or ce fait devrait être connu. J’ai ressenti le besoin de faire ces portraits de martyrs et je les ai faits dans une immense joie. Ils me demandaient tout simplement d’être réalisés. Et je peux dire que s’ils sont réussis, c’est grâce à Dieu.

AI : Ce coin-là est très beau...

SR : C’est une merveille, c’est une joie. J’ai été si contente de voir venir au vernissage la soeur de Valeriu Gafencu et sa fiancée. Elle s’appelle Seta, c’était la soeur de Paul Miron, qui a fait Monumenta Linguae Dacoromanum, entre Freiburg etIasi. Valeriu a vu dans un rêve la Mère de Dieu, venant vers lui et lui dire: « Tu ne dois penser qu’à moi ». Et à ce moment il a renoncé à Seta et aux pensées du monde. C’était un homme ayant vocation à la sainteté. La prison d’Aiud regorge aujourd’hui des saintes reliques de ces martyrs.

Autre idée qui m’a semblé très importante : à présent, nous sommes complètement étrangers à la croix. C’est ainsi que tout le mal pénètre dans le monde. Je parlais des droits de l’homme – le péché qui envahit tout. Je crois qu’il est nécessaire de montrer l’importance de la famille. La famille formée d’un père, d’une mère, d’enfants, de grands-parents, de tantes et ainsi de suite... J’ai fait venir tous les parents et enfants et je les ai dessinés.

AI : J’ai même reconnu Iulian Capsali là-bas…

SR : Iulian Capsali est venu aussi, avec tous ses enfants. Je venais tout juste d’emballer mes oeuvres pour les emmener à une exposition à Piatra-Neamt, et ils se sont tous photographiés, les enfants parmi les anges. Une photo superbe. Mais ils sont beaucoup plus beaux en réalité qu’en photo. Chaque enfant est splendide, ils ont tous reçu des dons de Dieu et ils sont sages, à leur place et gentils. Une joie ! Et la mère, qui a neuf enfants, est comme une fleur. Elle accouche à la maison, car à l’hôpital elle a des ennuis, car même les médecins s’en prennent à elle : « Qu’est-ce que c’est, pourquoi faites-vous autant d’enfants ? » C’est le péché qui circule dans le monde. Nous ne cherchons que la distraction : « amusez-vous, faites-vous plaisir, vivez dans le luxe, achetez tout ce dont vous n’avez pas besoin, pour être heureux ». Moi, il me semble qu’il s’agit d’une autre forme de communisme. Au moment où nous remplaçons la foi, le Christ, avec les choses du monde, si nous écartons de nous tout ce qui est vrai et dont nous avons besoin, et qui, en fait, soutient le monde, que ferons-nous alors ? Heureusement, nous avons toujours des gens sanctifiés par Dieu, qui prient pour nous, autrement on disparaîtrait complètement. Quelqu’un me disait : « Je n’ai pas le temps d’aller à l’église ». Mais si Dieu n’avait plus de temps pour nous, que resterait-il de l’humanité ? Il n’y rien de plus important au monde que la Sainte Liturgie. C’est cela que j’ai appris et il en est ainsi. Et il m’a semblé si beau que cette nuée d’anges soit venue apporter des nouvelles de Roumanie, de ses beautés (les montagnes, la mer et tout ce que nous avons, car, grâce à Dieu, nous avons un très beau pays), de notre foi absolument vraie, de tous les martyrs et du désir de vivre en beauté.

AI : Et les paysages, d’où sont-ils ?

SR : Ce paysage-là est de Vama Veche [en bord de mer, NdT]. Vama Veche est un endroit où Dieu a pris soin de nous. Mon mari sculptait, il sortait des pierres de la mer et ensuite il les taillait. Une année il sortait les pierres pour les travailler l’année d’après, d’énormes blocs qu’il mettait après au bord du rivage, il les amarrait car il y avaient de grosses vagues en hiver. Et il était si heureux de les retrouver là-bas l’année suivante ! Il est arrivé qu’on lui vole des oeuvres à trois reprises et à chaque fois Saint Ménas l’a aidé. Nous lisions tous l’hymne acathiste à Saint Ménas et on les retrouvait à chaque fois. Notre premier ouvrage, qui nous a permis de mettre de côté de l’argent pour l’église de Vama Veche s’appelait Une chimère pressée, un cheval en bronze. C’était l’ouvrage commandé par le directeur du musée d’Amsterdam. Cet homme [Vasile Gorduz, NdT] a travaillé la pierre pendant plus de vingt ans là-bas, il a reçu cette joie de Dieu, et moi, j’y ai fait des paysages. À l’emplacement de l’ancien bassin de pisciculture il y avait une plate-forme en béton et je marchais de Vama jusque là-bas, 3 km aller-retour. Sur le chemin je n’arrêtais pas de prier le Seigneur, car à certains moments je n’aimais pas ce que je voyais. Et alors je priais : « Jésus Christ, je Te prie, mets quelque chose devant moi ! » Avec l’aide de Dieu, je trouvais toujours un sujet nouveau, pour peindre autre chose et j’y arrivais. Je n’ai pas un grand talent, je suis une personne à travers laquelle on voit la manifestation de l’aide de Dieu. C’est ma seule qualité. Dieu m’a aidée à sentir cette joie de la rencontre avec l’art. Et il y avait autre chose : on était à l’époque du communisme, et la mer me donnait le sentiment de liberté. Je me tenais au bord du rivage et me sentais libre. J’éprouvais une joie immense de voir la mer offrant toujours un spectacle renouvelé. Ce fut une expérience unique. Je vivais en état de prière permanente et c’est d’elle que je tirais mon inspiration.

Ensuite, à un moment donné, juste après avoir bâti l’église, Dieu a dit : „C’est fini, les enfants ! Vous avez fait l’église, vous n’allez plus à la mer”. Nous sommes tombés malades d’un cancer, et moi et mon mari. L’année où l’église a été construite j’ai gardé le lit, très malade, et à l’automne je me suis faite opérer.

AI : Comment avez-vous traversé l’épreuve du cancer ?

SR : Par la prière. Dieu m’a aidée. Le médecin Ionel Popescu, dont le portrait a également été présenté à l’exposition, m’a dit après l’opération que je ne m’en sortirai que si Dieu le voulait. Et ce fut ainsi.

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