Notre saint Père Romanos était originaire d’Émèse en Syrie (auj. Homs)1. Il devint diacre de l’Église de la Résurrection à Béryte (Beyrouth), et alla ensuite s’installer à Constantinople sous le règne de l’empereur Anastase Ier (vers 496). Servant dans l’église de la Mère de Dieu, fondée par le préfet du prétoire Kyros, il y brillait par la vertu et par son assiduité à tous les offices. Mais il avait été doté d’une voix fort peu harmonieuse, de sorte qu’il ne pouvait chanter comme il l’aurait désiré la gloire du Créateur, et il était l’objet des railleries des autres clercs. Comme Romanos se trouvait dans cette église pour la vigile de la Nativité, la Mère de Dieu lui apparut tenant à la main un parchemin roulé, qu’elle lui donna à manger2. Aussitôt qu’il l’eut goûté, une douceur ineffable emplit sa bouche et, montant à l’ambon, il se mit à entonner d’une voix angélique ce kontakion transmis jusqu’à nos jours : « La Vierge en ce jour, enfante l’être suressentiel… »3.
Comblé du don de la composition poétique pour le reste de sa vie, et inspiré par le Saint-Esprit, saint Romanos orna d’hymnes sublimes la plupart des grandes fêtes de l’année liturgique, ainsi que les fêtes d’un certain nombre de saints. On lui attribue environ mille kontakia4, qui constituent la base de l’hymnographie byzantine. Il s’endormit en paix pour rejoindre le chœur des anges, qu’il avait si bien imités sur la terre, et fut enterré dans l’église de Kyros (entre 555 et 565).
Notre Père Jean naquit à Dyrrachium (Justiniana Prima) en Illyrie à la fin du xiiie siècle, sous la dynastie des Comnènes. Orphelin de père, il fut confié par sa mère aux meilleurs maîtres, dont il reçut une éducation soignée5. Bientôt remarqué pour sa voix angélique, il devint le meilleur des chantres de la cour et le favori de l’empereur, qui désirait le marier avantageusement. Mais, de toute son âme, le jeune homme n’aspirait qu’à quitter le monde et à embrasser la vie monastique. Une visite de l’higoumène de la Grande Lavra de l’Athos fut l’occasion que Dieu lui offrit. Impressionné par l’aspect de ce dernier, Jean décida de renoncer au monde et, changeant ses vêtements de soie pour une misérable tunique de crin, il alla se présenter incognito à la porte de la Grande Lavra.
Après une brève mise à l’épreuve, il fut revêtu du saint Habit angélique, et se vit attribuer la charge de paître les boucs dans la montagne. Éloigné de tous, il persévérait tout le jour dans la prière, élevant vers Dieu de si douces mélodies que les bêtes de son troupeau cessaient de brouter et la nature elle-même semblait suspendre tout mouvement pour ne pas le troubler. Il fut cependant entendu, un jour, par un ermite vivant à proximité et qui, frappé par ce talent extraordinaire, alla rapporter le fait à l’higoumène. Jean dut alors révéler sa véritable identité ; mais, grâce à l’intervention de l’higoumène auprès de l’empereur qui l’avait fait rechercher partout, il put rester sur le Mont Athos. Il s’installa à proximité de Lavra, dans une cellule dédiée aux Saints Archanges, où il vivait dans la solitude six jours de la semaine, ne revenant au monastère que le dimanche, afin d’y chanter à l’église, faisant monter au ciel le cœur des moines. Un certain Samedi de l’Acathiste (cinquième samedi du Grand Carême), alors qu’il s’appliquait à célébrer dignement la sainte Mère de Dieu, celle-ci lui apparut et lui donna une pièce d’or, en lui disant : « Réjouis-toi, ô Jean, mon enfant, chante pour moi et je ne t’abandonnerai pas. » C’est ainsi que la Toute-Sainte le guérit miraculeusement de la gangrène, qui avait atteint ses jambes à la suite des longues stations debout dans le chœur. Le reste de sa vie s’écoula dans le jeûne, le repentir et la prière continuelle. Il apprit à l’avance le jour de sa mort, de sorte qu’il put réunir les frères, leur demander pardon et leur recommander de déposer son corps dans sa cellule des Saints-Archanges (avant 1341).
De nombreuses et admirables pièces musicales sont conservées sous le nom de saint Jean Coucouzèle dans les manuscrits ; elles ont marqué une étape décisive dans l’évolution de la musique byzantine.
Hiéromoine Macaire de Simonos Petra, Synaxaire, Mois d’octobre

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