Depuis une trentaine d’années le Vatican 1accorde chaque été une bourse pour un stage intensif de français de trois mois au CLA (Centre de Linguistique Appliquée) de Besançon2 à une quinzaine d’étudiants orthodoxes qui poursuivront leurs études, qui à Balamand, qui à saint Serge, qui à Chambésy.
Notre paroisse de la Protection de la Mère de Dieu et Saint Georges se charge d’accueillir ces étudiants pour leur vie liturgique. Chaque été notre diacre Jean-Marie Cuny les véhicule – presque au péril de leur vie ! – dans un de ses bus de fortune, lors de pèlerinages dans des lieux saints de la région dans des monastères ou dans d’autres paroisses.
Toute la durée du stage se déroule en étroite collaboration avec le diocèse catholique de Besançon.
Une collaboration qui depuis plusieurs années ne se limite pas à un respect mutuel gracieux mais s’incarne toujours plus dans une amitié fraternelle pleine de grâces. Entre autres grâces, des moments de prières partagés, des visites et des rencontres diverses dont celle annuelle de la réception des étudiants par le directeur de la maison diocésaine Christian Bourgon et son équipe, autant soucieuse d’efficacité que de chaleur humaine.
Chaque année cette soirée d’accueil suivie d’agapes généreuses dans les magnifiques bâtiments de l’ancien séminaire de Besançon se grave de plus en plus dans le livre d’or du partage authentique.
Ce 7 juillet 2014 étaient réunis tour à tour les prêtres catholiques père Dominique Banet (responsable des relations œcuméniques), père Jean-Luc Balanche (doyen de Besançon), l’équipe de Christian, de vieux prêtres retraités, pensionnaires de la maison diocésaine, le recteur de la paroisse orthodoxe roumaine le père Pierre et les étudiants (russes, serbes, grecs, chypriotes, libanais, biélorusses et syriens).
Les différentes origines de ces étudiants sont également une opportunité de « soutien et de partage avec des chrétiens des Eglises du Moyen-Orient menacées, voire persécutées dans un contexte de guerre et d’intolérance religieuse. »3
Les agapes se sont terminées par une spontanéité devenue tradition sous forme de « mini-concerts » à la demande…
Chacun chantant Dieu dans sa langue et sa tradition.
Depuis le beau duo de Christian et son épouse Fabienne, en passant par les plus vieux chants de la chrétienté syro-libanaise, les mélodies byzantines, slaves jusqu’au final cette année avec une dynamique louange de père Dominique Banet.
Nous profitons de ces lignes pour exprimer de tout cœur nos remerciements à ceux qui financent ce projet ainsi qu’à Christian et son équipe.
Mais également notre gratitude pour cet œcuménisme incarné avec l’hospitalité depuis 2005 qui nous est offerte par le père Jean-Luc Balanche dans une annexe de l’église Sainte Jeanne d’Arc à Besançon, aménagée en chapelle orthodoxe.
C’est là que ce dimanche de Saint Pantéléimon nous avons vécu ne fois encore une Pentecôte au-delà des mots…
A commencer par le baptême d’une petite franco-géorgienne, Margot dans l’étouffante chaleur continentale qui sévit en été.
Chaleur cependant qui n’a pas découragé le père Pierre sans doute réconforté par ses paroissiens français et roumains qu’il a – Dieu aidant – avec autant d’humour, de pastorale affection que d’impatience, soutenus dans leur ascèse de réelle rencontre de l’autre dans…le Corps du Christ.
Car c’est de cela qu’il s’agit :
La Rencontre de l’autre dans le Corps du Christ, l’Eglise.
Une communion de la Parole, celle du Verbe, du Logos avec des paroles qui ne sont pas forcément celles que l’on entend…en oubliant d’ailleurs parfois de les écouter…celles que l’on attend, celles qui nous confortent quand elles ne nous confinent pas à notre enclave psycho-socio-pseudo spirituelle.
Oui… c’est une ascèse déroutante…
Et s’il est superflu de rappeler que les tout jeunes enfants roumains de nos paroisses, pour la plupart nés en France, jouent entre eux en français et qu’aussi bien pour eux que pour les Gaulois la langue liturgique doit tendre à demeurer celle du pays, en l’occurrence la France (ce qui est le cas dans notre paroisse franco-roumaine), cette déroutante ascèse, comme toute ascèse, se transfigure en communion au-delà des mots.
Dans ce qui pourrait apparaître comme une forme de chaos « babélique »notre chef de chœur Monique d’un rapide regard invite tour à tour nos étudiants à une participation liturgique dans leur langue. Notre sous-diacre Constantin Ungereanu au moment du Notre Père ressort ses antennes polyglottes et invite au Notre Père dans les différentes langues maternelles. Ce dimanche il a été récité en français, roumain, russe, serbe, grec, arabe et géorgien.
Quant à l’étudiant russe, le prêtre Andrei, il était à l’autel avec père Pierre, auvergnat de souche et le père Eugen, prêtre de notre paroisse d’origine roumaine. Ce dernier d’ailleurs célèbre dans un français parfait.
En sortant de notre chapelle, je suis passée devant le parvis de l’église sainte Jeanne d’Arc où le père Jean-Luc Balanche parlait encore avec quelques fidèles. Je me suis arrêtée pour lui demander des nouvelles de son protégé, un garçon autiste qu’il a baptisé il y a deux semaines. « Et bien justement il est là » m’a-t-il dit en me montrant l’enfant…à l’écart… dans son monde…
Depuis une année, à la demande du père Jean-Luc, le jeune autiste est présent à chaque liturgie qui lui servira de catéchèse.
« Condamné » à être « exclu » des mots, le jeune autiste s’est mis à dessiner chaque dimanche les homélies du père Jean -Luc…
Oui…une Pentecôte… bien au-delà des mots...

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