Ajouté le: 10 Juillet 2014 L'heure: 15:14

De la justice de Dieu

A la question de Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? », le Sauveur ne répond rien. Et nous savons pourquoi : premièrement, la question n’était pas correctement posée, et  deuxièmement, il aurait été superflu de se mettre à lui expliquer, parce que probablement il n’aurait de toute manière pas compris. La vérité est un qui, et non pas un quoi. La même chose pourrait se dire de la justice : ce n’est pas un quoi, un quelque chose, mais un qui, une personne, et elle ne peut jamais être séparée de la vérité, la justice supposant que l’on dise toujours la vérité. Dieu, par conséquent, n’est pas seulement juste, mais il est la Justice-même.

Le proverbe bien connu « Ne fais pas à quelqu’un d ’autre ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse » rend brièvement l’essentiel du commandement du Sauveur : « Aime ton prochain comme toi-même », parce que ce commandement présuppose, entre autre, aussi cet aspect : celui de ne pas faire d’injustice à son prochain, de reconnaître son droit et de le respecter, de le traiter de manière équitable.Faire injustice à sa propre personne est une chose contraire à la nature, une chose non-naturelle, alors il est tout aussi non-naturel ou contraire à la nature de commettre une injustice envers son prochain.

Étant créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, il était naturel que ce sentiment de la justice soit gravé dans notre être-même, sinon comment pourrions-nous l’expliquer ? « Dieu étant juste, dit le Père Stăniloae, Il nous demande à nous aussi d’être justes dans nos relations avec notre prochain »1 : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l'Éternel demande de toi, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. »2

Chacun d’entre nous désire que l’on prenne en considération ce qui lui revient, de manière juste, droite, équitable. « Le malheur c'est que les hommes ont singé et instrumentalisé aussi bien la justice, que l’amour, comme tant d’autres choses, en les manipulant vers des significations éloignées de leur intention élémentaire. Une justice sans amour mène à l’intégrisme, et un amour sans justice est comme une série à l’eau de rose. Aussi bien la justice, que l’amour se retrouvent dans leur forme pure sur la Croix »3. Sans une élémentaire purification des passions, personne n’est capable d’aimer son prochain comme soi-même, il est donc d’autant moins capable d’agir envers lui de manière équitable, puisque « la passion est l’expression d’un égoïsme, qui veut faire en sorte que tout gravite autour de soi. Lorsque cette passion a besoin de la personne humaine pour se satisfaire, elle la réduit toujours au statut d’objet, ou bien ne voit et n’utilise en elle que le côté objet, en laissant échapper les profondeurs indéfinies cachées dans son côté de sujet. De même que l’amour lie les êtres humains, de même les passions détruisent les rapports entre eux. Elles sont le ferment du désordre intérieur et interpersonnel. Elles sont le mur épais que l’on dresse entre nous et Dieu »4. Ainsi, la justice de Dieu se fait en fonction de notre liberté : celle de choisir entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres5. La parole du Sauveur : « Mon ami, je ne te fais pas tort »6 est adressée à nous tous. Les choix nous appartiennent. Et si Dieu fait en sorte que tout le mal se transforme en bien, pour notre profit, c’est parce qu’Il désire que tout homme soit sauvé et vienne à la connaissance de la Vérité : ainsi, les bons deviennent encore meilleurs, et les mauvais deviennent sages. « Un autre mystère de Dieu, disait le Père Arsenie Boca, c’est aussi que Dieu ne punit pas toute la méchanceté ici-bas et tout de suite, tout comme il n’exalte pas la bonté de tous ici et maintenant. Car s’Il le faisait, alors les hommes ne feraient le bien que par peur, le Salut serait forcé, et non pas une œuvre de liberté et d’amour »7.

« Personne ne doit dépasser la mesure et faire d’injustice à son frère en ceci, car Dieu se venge de tout cela, comme je vous l’ai dit avant et je vous en ai témoigné »8.

Il n’y a qu’une seule Voie, « étroite » d’ailleurs. Tous ceux qui s’égarent, qui se complaisent dans l’état où ils se trouvent et ne veulent pas s’engager dans la Voie, ne font que retarder le retour. Personne ne dispose d’une voie plus facile ou plus commode. Nous avons tous une croix à porter, qui est à notre mesure, ni plus, ni moins que ce que chacun d’entre nous peut porter. Le père Ghelasie disait que nous naissons tous avec une vocation christique. « Les enfants, dit le Père Ghelasie, ont la vocation et le don de Dieu pour purifier et sanctifier la mémoire héritée ou acquise de leurs parents, par l’intermédiaire des Saints Mystères de l’Église »9. Je crois que les parents qui sont venus à la foi grâce à leurs enfants ne sont pas peu nombreux. Il est peu probable que Dieu nous ait envoyés sur terre sans aucune vocation, seulement comme ça, en vacances. La vocation de chacun d’entre nous, je dirais, est en premier lieu celle-ci : que nous soyons une lumière pour ceux qui nous entourent : « Vous êtes la lumière du monde », afin que, « voyant vos bonnes actions, ils glorifient Dieu du ciel ». Toute tentative de marcher dans la Voie, dans la lumière du Christ, suppose un effort et un engagement. Cela suppose aussi une vie sacrificielle qui assume aussi par son amour ceux qui ont moins travaillé ou pas du tout. Quelle est la mère qui peut imaginer le paradis sans son fils, ou quel est le fils qui peut imaginer le paradis sans ses parents ou ses frères, ou sans ses amis chéris ? Quelqu’un doit se sacrifier, travailler un peu plus à la sainteté pour celui qui ne le fait pas, et cela non pas par force, mais par amour. Voilà pourquoi certains d’entre nous portent peut-être une charge plus lourde dans cette vie que d’autres10. Tout surplus, ce « je ne mérite pas ça », « ce n’est pas juste qu’il m’arrive une telle chose »11, assumé en Dieu, nous donne de l’audace devant Lui, nous faisant un berceau qui repose et une bénédiction pour tous ceux que nous portons tous dans nos cœurs et nos prières. Celui qui aime plus, se sacrifie plus, sans s’arrêter pour réfléchir au mérite ou à l’absence de mérite de cette personne : « Seul l’amour peut accomplir les choses incompréhensibles et insaisissables. Ce qu’on ne ferait pour aucun prix dans ce monde, on peut le faire, sans attendre rien en retour, lorsqu’on a un amour vrai. Lorsqu’on est un parent véritable, on est capable de veiller des jours et des nuits au chevet d’un bien-aimé, qui est torturé par la fièvre. Lorsqu’on est un fils véritable, on est capable d’une obéissance parfaite, d’une reconnaissance sans bornes et d’un amour toujours gratifiant et respectueux. Lorsqu’on est un mari véritable, on est capable de donner son sang jusqu’à la dernière goutte et sa vie pour sauver celle de sa femme, on est capable d’endurer tout, ne serait-ce que pour un espoir »12.

Dieu rend à chacun selon ses œuvres ou son sacrifice et ne demeure redevable de rien envers personne : « Et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour »13. Ce que nous ne pouvons pas comprendre maintenant avec notre raison humaine, nous devons l’assumer par la foi en Dieu, sachant qu’Il ne fait jamais défaut à sa justice : « Dieu qui est juste dans son rapport trinitaire ne peut pas ne pas être juste aussi dans son rapport avec ses créatures »14. Si Dieu n’était pas juste, Il ne serait plus Dieu.De plus, Dieu ne veut pas que l’homme se fasse justice tout seul : «  A moi la vengeance et la rétribution, dit le Seigneur »15. Et ceci parce que l’homme, étant soumis aux passions, ne veut que se venger, et c’est tout. Mais nous savons que « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive » :«  Si le juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, il mourra à cause de cela. Si le méchant revient de sa méchanceté et pratique la droiture et la justice, il vivra à cause de cela.... Je vous jugerai chacun selon ses voies, maison d'Israël ! »16.

S’il fallait se demander pourquoi Dieu accepte encore tout de même que le monde continue d’exister, avec toutes les injustices qu’il renferme, nous trouvons une réponse en ce sens chez le Père Stăniloae : « Lorsque le monde aura accompli sa vocation selon le projet de Dieu, alors viendra la fin. Et quel est ce projet de Dieu ? Aussi bien saint Maxime le Confesseur, que saint Syméon le Nouveau Théologien, disent qu’il faut d’abord que s’accomplisse le monde d’en Haut et ensuite viendra la fin ; et le monde d’en Haut sera accompli lorsque tous les membres seront réunis autour de la Tête – le Christ, pour que le Corps du Christ soit complet. Pour que le Corps du Christ soit complet, il faut d’abord que ceux-ci naissent sur terre, car il y a encore dans le monde beaucoup de gens qui ne croient pas, mais ils croiront au Christ, beaucoup de pécheurs et de prodigues se repentiront et beaucoup de désobéissants deviendront obéissants. Et encore beaucoup naîtront et plairont à Dieu »17. Alors, tout comme on a attendu pour notre naissance, pour que nous trouvions la Voie et la suivions, ainsi Dieu attend aussi tous ceux dont Il sait qu’ils se grefferont comme des membres à Son Corps.

« Car je proclamerai le nom de l'Éternel. Rendez gloire à notre Dieu ! Il est le rocher ; ses œuvres sont parfaites, Car toutes ses voies sont justes ; C'est un Dieu fidèle et sans iniquité, Il est juste et droit. »18

Notes :

1. Dumitru Stăniloae, Théologie Dogmatique (Teologia Dogmatică), vol. I, EIBMBOR, 2010, p. 259.
2. Mich. 6, 8.
3. Vladimir Ghika, Pensées pour les jours qui viennent (Gânduri pentru zilele care vin), Ed. Dacia, 1995.
4. Dumitru Stăniloae, Ascétique et mystique de l’Eglise Orthodoxe. L’essence des passions (Ascetica şi mistica Bisericii Ortodoxe, Esenţa patimilor), EIBMBOR, 2002, p. 74-76.
5. « Le critère suprême du bien ne peut être connu que de celui qui est lui-même le Bien » (Dumitru Stăniloae, Théologie Dogmatique - Teologia Dogmatică, vol. III, p. 271).
6. Mt. 20, 13.
7. Arsenie Boca, La Voie du Royaume (Cărarea Împărăției), Chap. 3, « Les inconvénients spirituels des débutants - Neajunsurile duhovnicești ale începătorilor », Editura Episcopiei Ortodoxe Române a Aradului, 1995.
8. I Tes. 4, 6.
9. Père Ghelasie Gheorghe, Le Mystère de la filiation - Taina filiaţiei, Ed. Platytera, p. 271.
10. Ce n’est pas parce que nous, les hommes, avons mérité quoi que ce soit, que le Sauveur S’est sacrifié, mais parce qu’Il nous a aimés. C’est la seule justification : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jean. 15, 13).
11. Chose qui, en soi, peut être vraie.
12. Prêtre martyr Constantin Sârbu, Larme et grâce - Lacrimă şi har, Ed. Bonifaciu, 2010, p. 138.
13. Luc 10, 35.
14. Dumitru Stăniloae, Théologie Dogmatique - Teologia Dogmatică, vol. I, p. 258.
15. Deut. 32, 35 ou Rom. 12, 19.
16. Ez. 33, 18-20.
17. Dumitru Stăniloae, op. cit.,  p. 400.
18. Deut. 32, 4.

Les dernières Nouvelles
mises-à-jour deux fois par semaine

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale

Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger

Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni

Departamentul pentru rom창nii de pretutindeni