Texte écrit d’après l’ouvrage « Les fêtes et les icônes de la Mère de Dieu dans l’Église Russe », 1999, moniale Sofia (complété par des informations extraites de l’ouvrage « Icônes » d’Eva Haustein-Bartsch, la directrice scientifique du musée des icônes de Recklinghausen, édité par Norbert Wolf, docteur en histoire de l’art, publié chez Taschen)
Distributeur : Librairie des éditions de l’Age d’Homme à Paris.
L’icône reproduite ici date de la fin du XVème siècle. Elle est attribuée à Andréas Ritzos. C’est une icône crétoise qui est à Recklinghausen, Ikonen-museum, en Allemagne (tempéra à l’œuf sur bois, 82 x 61, 5 cm).
Cette icône est fêtée en Russie depuis 1641, date où elle fut reconnue par l’Église Russe comme « miraculeuse ».
Elle se trouvait tout d’abord à Nijni-Novgorod, chez le peintre qui en était l’auteur. C’est là qu’elle fut à l’origine d’un premier miracle : une paysanne malade du village de Salitsa fut guérie par l’intermédiaire de cette icône. On transporta alors l’icône dans l’église de ce village qui était dédiée à saints Côme et Damien.
En 1641, sur l’ordre du tsar Alexis Mikhaïlovitch, l’icône miraculeuse fut apportée à Moscou où l’on construisit en son honneur d’abord une église, puis un monastère près de la Porte de Tver, où les Moscovites étaient venus à la rencontre de l’icône.
La dénomination de l’icône résulte de la présence dans les angles supérieurs, de deux anges tenant les instruments de la Passion future du Seigneur : la croix, les quatre clous, la lance, le roseau et l’éponge imbibée de fiel et de vinaigre. Le Christ – enfant tourne la tête vers eux, les regardant avec étonnement et avec comme un mouvement de peur. Il cherche refuge auprès de sa Mère. La peur lui fait perdre une sandale, tordre un de ses pieds et s’agripper de ses deux mains à la main droite de sa Mère. Aussi en Russie, appelait-on populairement cette icône « la Mère de Dieu au pouce ». Les anges ont les mains recouvertes d’un pan de leur vêtement en signe de respect. Sur certaines icônes de la Passion, anciennes, il arrive que l’on trouve des inscriptions telle que celle-ci : « l’Ange qui avait apporté autrefois à la très Pure la joyeuse annonce en lui disant : « Réjouis-toi », lui montre aujourd’hui les symboles de la Passion. Mais le Christ, incarné comme homme, qui craint la mort, est effrayé à leur vue ».
Ce type iconographique est connu dans l’Église byzantine depuis le XIIème siècle, même s’il était très rare à l’époque : XIIème siècle à Chypre, sur la fresque de l’église de la Panaghia tou Arakou à Lagoudéra, XIVème siècle dans les fresques de Serbie (églises de Lesnovo et de Konce). Au XVème siècle, cette icône connut une grande diffusion et inspira l’exécution d’un grand nombre d’icônes. Les plus belles de ces œuvres portent la signature du peintre d’icônes crétois Andréas Ritzos (« de Candie »), mort en 1492 (plus connu en Italie sous le nom d’Andréa Rico). Certaines ont des inscriptions latines car elles furent commandées par des catholiques non grecs.
Les icônes de la Passion d’Andréas Ritzos sont d’une grande perfection technique : comme on le voit sur l’icône reproduite ici, les surfaces lisses des carnations sont modelées par de nombreux traits délicats de pinceau blancs, tracés parallèlement.
On attribue parfois le type iconographique de cette icône au peintre crétois.
En occident, on trouve d’abord cette icône dans le sud de l’Italie et à Venise. L’une d’elles qui porte le nom de « Notre Dame du Perpétuel Secours » est une icône crétoise apportée à Ostia par des personnes qui fuyaient l’occupation de leur île par les Turcs. Depuis 1865, elle se trouve à Rome, le Pape Pie IX ayant fait le don de cette icône à l’église rédemptoriste Saint-Alphonse-de-Liguori sur la colline de l’Esquilin. Et, depuis 1866, le Vatican a envoyé de par le monde d’innombrables copies de cette icône miraculeuse. C’est la raison pour laquelle on la retrouve dans la plupart des églises catholiques du monde entier.
L’icône est fêtée le 13 août. Elle n’a pas de tropaire particulier ni d’office. On peut prier avec les mots suivants adressés à la Mère de Dieu, lors de l’Office du Grand Vendredi.
« Comme nous n’avons pas l’audace de parler, à cause du grand nombre de nos péchés, intercède auprès de Celui qui est né de Toi, Vierge Mère de Dieu, car la prière d’une Mère a le pouvoir d’obtenir la bienveillance du Seigneur ; ô Toute-Vénérable, ne méprise pas la supplication des pécheurs, car Il est plein de miséricorde et Il peut nous sauver, Celui qui dans sa chair accepta de souffrir pour nous ».
Il est vrai que cette icône est fêtée deux jours avant la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu.

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