Ajouté le: 10 Avril 2016 L'heure: 15:14

L’icône de la Mère de Dieu de Maxime

Texte écrit d’après l’ouvrage « Les Fêtes et les Icônes de la Mère de Dieu dans l’Église Russe », 1999, moniale Sofia. 
Distributeur : Librairie des Éditions l’Âge d’Homme à Paris.

Cette icône est peu connue, mais elle est fondamentale dans l’histoire de l’Église russe et dans l’art ecclésial russe. Il y a peu d’icônes de la Mère de Dieu fêtées en ce mois de Grand Carême. Cette icône souligne un autre aspect du rôle de la Mère de Dieu au travers de ses icônes, rôle qu’il nous a semblé intéressant de présenter.

 

L’icône a été peinte en 1299, à la suite d’une vision de cette icône par le saint métropolite Maxime1. La Mère de Dieu est représentée dessus en pied. Le saint métropolite Maxime – qui porte une longue barbe – est dessiné en train de recevoir des mains de la Vierge l’omophore2, tandis que l’Enfant Jésus lui tend la main droite en signe de bénédiction.

Lorsque saint Maxime alla de Kiev à Vladimir, la Mère de Dieu se manifesta à lui dans une vision nocturne et lui remit l’omophore. Elle lui ordonna de paître son troupeau par le verbe dans sa ville. A son réveil le saint hiérarque tenait l’omophore dans les mains. Cet ornement fut gardé, en tant qu’objet sacré, pendant cent douze ans dans la cathédrale de Vladimir mais, en 1412, il fut caché à l’époque d’une invasion tatare. Il n’a pas été encore retrouvé.

A la fin du XIIIe siècle s’acheva la période la plus sombre de l’histoire russe. Ravagé par les invasions mongoles, le pays s’apprêtait enfin à renouveler ses traditions artistiques. Cet effort de renouveau ne fut pas seulement entrepris par les centres régionaux tels que Novgorod, Iaroslavl, Tver ou Moscou, mais aussi par l’Église orthodoxe, conduite par son métropolite.

Durant tout le XIIIe siècle, la résidence du métropolite était restée à Kiev, mais son pouvoir s’était considérablement affaibli. Dévastée, la ville perdit le contrôle des immenses territoires du nord et, à la fin du XIIIe siècle, elle fut confrontée aux revendications des diocèses des actuels territoires de l’Ukraine et la Biélorussie qui réclamaient leur indépendance. De plus, en 1302, la Galicie3 obtint un siège métropolitain autonome.

Sous la pression des événements, le métropolite de Kiev, Maxime, d’origine grecque, transféra sa résidence dans la ville de Vladimir (1299) au nord-est de Kiev. Dévasté par les Mongols en 1237, le nouveau siège conservait l’ancienne relique de la Russie de Kiev : l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir. C’est à Vladimir, dans la cathédrale de la Dormition de la Mère de Dieu, que saint Maxime fut enterré en 1305, et l’icône de la Mère de Dieu de Maxime (« Maximovskaïa ») fut placée sur son tombeau.

Ce transfert du siège de la métropole ecclésiastique par saint Maxime en 1299 est un événement important souligné par la vision que la Très Sainte Mère de Dieu accorde au saint métropolite. « Ce transfert annonce en effet celui de 1325 à Moscou par le métropolite Pierre, qui devait associer définitivement pouvoir et religion. D’origine grecque, saint Maxime cultivait les traditions artistiques byzantines.

L’iconographie et le contenu théologique de cette icône sont uniques. Ils ont probablement été dictés par le métropolite lui-même. La peinture, d’une grande qualité, est exécutée dans le plus pur style byzantin, et son auteur appartenait sûrement à l’entourage grec du prélat. A supposer même qu’il ait été russe, en tant que peintre, il était byzantin ».

L’icône de la Mère de Dieu de Maxime « peut être considérée comme l’amorce du phénomène artistique qui, sur le sol russe, aboutit à la formation de l’école moscovite à partir de l’héritage artistique des principautés de Kiev, de Vladimir et de Souzdal. » (Sainte Russie. L’art russe des origines à Pierre le Grand. Éditions du Musée du Louvre. Paris 2010.)

On voit là le rôle remarquable de la Mère de Dieu. La Toute Sainte ne fait pas que « venir au secours » des chrétiens, elle n’est pas que « la directrice de l’Intercession », « la protectrice inlassable », la « consolatrice éternelle », la Reine du Ciel prend part à l’histoire de la Russie, de l’Église russe et de l’art iconographique russe. La Mère de Dieu est une Souveraine très active et très présente. C’est bien ce que nous montrent ces merveilleuses icônes qui ne cessent de la représenter dans tous ses rôles (y compris celui de tendre un omophore à un prélat). Et nous savons, comme nous le montreront des icônes plus tardives, qu’elle n’a jamais abandonné la Sainte Russie.

L’icône est fêtée le 18 avril.

« Et Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante, car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses, son nom est saint, et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Il a déployé la force de son bras ; il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses. Il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles. » (Luc 1, 46-52)

Et rappelons que lorsque saint Luc présenta à la Mère de Dieu ses premières icônes la représentant, elle dit :

« Que la grâce de celui qui a été enfanté en moi et que ma grâce soient avec ces icônes. »

Notes :

1. Saint Maxime est fêté le 6 décembre. Père Macaire note dans le Synaxaire, à cette date : « Après avoir tenté de réorganiser son Église en se rendant lui-même à la Horde d’Or (le domaine des Tatars), le saint hiérarque réunit, à la suite d’une révélation céleste, un concile au cours duquel fut décidé le transfert du siège de l’Église russe plus au nord, dans la ville de Vladimir, ouvrant ainsi une nouvelle période de l’histoire de son peuple. La première nuit de son séjour dans cette ville, la Très Sainte Mère de Dieu lui apparut en disant : « Tu as bien agi, Maxime, mon serviteur, en venant demeurer dans ma ville ! » Et elle lui remit un omophorion qu’il trouva sur lui à son réveil et qui, par la suite accomplit de nombreux miracles ». (Dans le calendrier actuel du Patriarcat de Moscou, saint Maxime, métropolite de Kiev et de Vladimir n’est fêté qu’avec « tous les saints de Vladimir », c’est-à-dire le 23 juin, peut-être pour fêter avec la plus grande solennité saint Nicolas de Myre.)
Saint Maxime a, en effet, été rappelé à Dieu le même jour que saint Nicolas de Myre qui, lui aussi, reçut son omophore des mains de la Très Sainte Mère de Dieu, lors d’un concile œcuménique au cours duquel les insignes de sa dignité de hiérarque lui avaient été retirés.
2. L’omophore est le vêtement liturgique de l’évêque. En fait, il y en a deux : l’un est une bande d’étoffe (ou de laine) blanche, très large, ornée de plusieurs croix. L’évêque le fait passer sur l’épaule et autour du cou, en le repliant pour former un angle sur la poitrine, les extrémités pendant jusqu’à terre, une devant lui, une derrière. Le second est plus petit, il retombe simplement des deux côtés du cou ; il est aussi plus récent. L’évêque le porte aux cérémonies moins solennelles. Il est le symbole de la brebis perdue portée sur les épaules du bon Pasteur : c’est pourquoi il est parfois en laine blanche. (Définition extraite du dictionnaire des termes en usage dans l’Église russe, de l’Institut d’Études slaves.)
3. La Galicie est une région de l'Europe centrale, au nord des Carpates, partagée entre la Pologne (Cracovie) et l'Ukraine (Lviv). A l'époque de saint Maxime, la Galicie était une principauté de la Russie kiévienne, indépendante.

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