Fragment de l’homélie du métropolite Hierothée (Vlachos) en l’église Saint-Grégoire-Palamas de Bucarest (31 mai 2014)
Un temps particulier unit Pâques et la Pentecôte. Prêtons attention à cette période, et nous verrons qu’elle comporte deux aspects très importants. Le premier est le fait que l’évangile que nous lisons dans les offices est celui de saint Jean. Or, par excellence, cet évangile est la lecture la plus spirituelle de l’Église. Saint Jean a été l’évangéliste de l’amour, mais également un évangéliste théologien, « théophore », porteur de Dieu. Les autres évangiles, de Matthieu, Marc et Luc, qu’on appelle « évangéliques synoptiques », sont lus pendant le reste de l’année liturgique.
Cette distinction est visible dans la tradition de notre Église. L’évangile lu pour le nouveau baptisé, pour le chrétien, est l’évangile de Jean. Les trois premiers évangiles, les synoptiques, parlent en général de la vie du Sauveur, qui expulse les démons et guérit les hommes. Dans l’évangile selon saint Jean, le Christ apparaît comme le Fils de Dieu et le Verbe de Dieu, la Miséricorde et la Vie du monde, et les détails historiques qui sont présentés sont liés à ces notions théologiques élevées.
Le deuxième aspect est que, pendant cette période du Pentecostaire, presque chaque dimanche, nous lisons des péricopes évangéliques qui font référence à l’eau. Le quatrième dimanche après Pâques, celui du Paralytique, nous apprenons que ce paralytique a attendu près de l’eau pendant 38 ans. Le dimanche suivant, celui de la Samaritaine, nous rencontrons encore cet élément, en l’espèce du puits. Le sixième dimanche, celui de l’Aveugle-né, il est de nouveau fait référence à l’eau, car l’aveugle est envoyé, comme nous le savons, à la fontaine de Siloé. Au milieu de la Fête, nous entendons encore le Christ dire qu’Il est la Source de la vie. Tous ces évènements sont liés et forment une unité. Les saints Pères n’en ont pas imposé la succession. L’ordre de ces lectures est lié au fait que, autrefois, pendant la Semaine Sainte, on baptisait un grand nombre de fidèles, et, pendant la durée du grand Carême les catéchumènes se préparaient au baptême. C’est pour cela que, pendant cette période, on lit l’évangile selon saint Marc, dans lequel il est dit comment les démons sont chassés du cœur de l’homme. Ensuite, le samedi qui précède la Résurrection, on accomplissait à l’heure de complies, un baptême collectif, dans le baptistère, puis les nouveaux baptisés entraient avec les autres fidèles dans l’église. Comme ces nouveaux baptisés étaient présents, on lisait dans l’office l’évangile selon saint Jean, qui est l’évangile théologique. C’est en référence au baptême que toutes les références du Pentecostaire renvoient à l’eau.
Le bâtiment du baptistère constitue les entrailles de l’Église, où a lieu la conception spirituelle des chrétiens. Ce bâtiment ressemble à des entrailles. De même que nous avons une première conception, humaine, par laquelle nous sortons des entrailles maternelles, de même nous avons également une deuxième conception, spirituelle, dans les entrailles de l’Église. Tout comme lors de la première, nous sommes apparentés à nos frères et aux autres membres de notre famille, de même, lors de la deuxième, nous sommes apparentés aux autres membres de l’Église. Ainsi, les chrétiens doivent vraiment être conscients du fait qu’il existe entre eux une autre parenté, spirituelle, et qu’ils sont nés à nouveau dans les eaux du baptistère et sont devenus membres du Corps du Christ. L’Église n’est pas une en elle-même, le Christ étant autre qu’elle, non : le Christ est la Tête même de l’Église et nous sommes ses membres. On comprend ainsi que, en ce temps liturgique, on parle sans cesse du baptistère et de l’eau : nous devons comprendre nous aussi la grande vérité et la grande signification du mystère du Baptême et du mystère de l’Onction chrismale.
Pour toutes ces raisons, ce qui nous impressionne encore plus, le dimanche de Pentecôte, c’est que nous entendons le Christ dire : « celui qui croit en moi, de son sein couleront des fleuves d’eau vive ». La différence avec les dimanches précédents, c’est qu’on faisait référence à l’eau se trouvant à l’extérieur de l’homme, alors que, le jour de la Pentecôte, on parle de l’eau qui est à l’intérieur de nous, dans notre être, dans notre cœur. On désigne ainsi l’opération de l’Esprit Saint, qui vient à l’intérieur de nous, dans notre cœur, et de là va engendrer une parole au sujet de Dieu. D’ailleurs, saint Syméon le Nouveau Théologien dit qu’il existe un baptême d’eau et un baptême d’Esprit. Le baptême d’eau est le sacrement du saint Baptême, quand nous sortons du baptistère ; bien sûr, à ce moment-là aussi nous recevons l’Esprit Saint. Mais il faut que l’Esprit Saint qui est à l’intérieur de nous fructifie ; il faut que l’être humain avance et atteigne l’expérience, la connaissance du Saint Esprit. Ainsi, le but de notre vie, à nous les chrétiens, est de passer du baptême d’eau au baptême d’Esprit.
Comment ressentons-nous que dans notre cœur jaillit cette eau vive, qui est le Christ en personne ?
• Quand à l’intérieur de nous se trouve un grand amour pour Dieu, quand notre cœur devient le lieu d’une prière incessante et, bien sûr, quand nous jouissons de contemplations spirituelles élevées, comme en ont eues les saints Pères.
• Et encore, lorsque, à l’intérieur de notre être, se manifestent et nous sont données une joie et une parole au sujet de Dieu.
Par cette puissance du Saint Esprit nous pouvons surmonter et traverser toutes les épreuves de cette vie et nous pouvons être vainqueurs, de façon à nous élever à une haute dimension de la vie spirituelle. Comme l’astronaute quitte la terre, sort de l’influence qu’exerce celle-ci dans le champ de la gravitation, et est alors soumis à d’autres lois que celles de la terre, de même le chrétien qui possède le baptême d’eau et le baptême d’Esprit réussit à vaincre, et à franchir les lois du monde.
Ceci nous est enseigné par saint Grégoire Palamas, dont toute la théologie concerne la façon d’atteindre la vision de la lumière divine. Il est connu que la prière à laquelle il se livrait était : « Illumine mes ténèbres ! », car il ressentait à l’intérieur de lui-même ces ténèbres spirituelles, qui étaient en réalité l’absence de la lumière de Dieu. Où n’existe pas la lumière de Dieu, ce sont les ténèbres.
La théologie scolastique a vraiment pour centre le cerveau, et la théologie orthodoxe a vraiment pour centre le cœur : « ô Dieu, crée en moi un cœur pur ! », « bienheureux, les cœurs purs, car ils verront Dieu ! » Prions tous que, le jour de Pentecôte, nous ressentions l’opération du Saint Esprit dans notre cœur. Saint Syméon le Nouveau Théologien nous dit à cet égard que, de même qu’une femme enceinte sent qu’une nouvelle vie se développe en elle par les tressaillements de l’enfant dans ses entrailles, de même l’être humain qui a l’Esprit Saint à l’intérieur de soi connaît cela par les tressaillements de son cœur.
Dieu est notre vie et notre lumière. Il est la Tête glorieuse qui nous gouverne et nous guide en cette vie. Que le Seigneur nous aide à ressentir, en ce jour de Pentecôte, nous aussi, à l’intérieur de nous-mêmes, ce mouvement et ce tressaillement, cette source de la vie du Saint Esprit. Étanchons, nous aussi, notre soif, nous qui avons soif de cela, et faisons la rencontre de l’éternelle Source, qui est le Christ.

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