Ajouté le: 20 Janvier 2014 L'heure: 15:14

Pourquoi ne réussit-on pas à se marier?

(Le verbe « réussir » ne se réfère pas ici à un succès ou une réussite, mais il exprime une impuissance.)

J'ai hésité près de deux ans avant d'écrire ces lignes, par peur d'être mal compris.J'ai décidé de prendre le risque, cependant, rès avoir récemment entendu une demoisel­le d'environ 40 ans dire à un prêtre : « Père, je veux me marier ! Mais vous savez, je ne me sou­cie pas tant de savoir qui sera mon mari, mais plutôt d'avoir des enfants avec lui. »

Il y a beaucoup de jeunes célibataires dans l'Eglise. Des filles et des garçons. Des femmes et des hommes. Apparemment en Occident la solitude est encore plus prononcée que chez nous, en Roumanie – bien que je n'en sois pas très sûr. – Nous pouvons trouver une multitu­de de raisons objectives qui justifient cette si­tuation : beaucoup d'entre nous sont partis à l'étranger immédiatement après l'école secon­daire ou le collège, en reportant ainsi la recher­che d'un partenaire de vie ; nous travaillons ou nous étudions trop ; il y a plus de femmes que d'hommes dans l'Eglise; nous n'avons pas la possibilité d'apprendre à nous connaître, etc.

Il  existe, à mon avis, une raison plus forte et plus profonde que tout cela...

Avant tout, je propose que chacun d'en­tre nous se pose la question : « Qui est Dieu pour moi ? Quelle est la prière que je Lui adres­se ? » Si nous avons réellement le courage de répondre à ces questions, nous nous rendrons compte que la plupart d'entre nous prient ain­si : « Seigneur, donne-moi..., Seigneur fais pour moi... ! » Nous demandons à Dieu de nous aider à trouver du travail, à passer les exa­mens, à nous protéger pendant les voyages etc. Nous allons en pèlerinages et donnons des dyptiques pour « santé et chance dans la vie ». Nous Le traitons en sponsor qui peut satisfaire nos besoins et nos désirs. Après tou­tes ces demandes intéressées, est-ce que nous trouvons encore le temps de (nous) deman­der : « Seigneur, qui es-Tu ? » ou de Lui dire : « Seigneur, j'aimerais Te connaître. » Combien d'entre nous viennent à l'église pour rencontrer Dieu ? Combien d'entre nous prient ou communient pour être « de vrais amis à Lui »1 ? En fait, nous ne nous soucions pas vraiment de savoir qui est Dieu, ni de lier une amitié avec Dieu2...

Sans que nous nous en rendions compte, notre relation avec Dieu façonne nos relations avec les autres. Si je ne suis pas vraiment inté­ressé à la Personne3 de Dieu, la personne de mon prochain ne m'intéressera pas d'avanta­ge. Si pour moi Dieu est Celui qui pourvoit à mes besoins, cela signifie que j'attends la même chose des autres. Cette manière de regarder notre prochain constitue un obstacle majeur dans la formation de vraies amitiés, de per­sonne à personne, qui puissent ensuite condui­re à une relation solide et au mariage.

Voilà quelques situations concrètes dont j'ai été témoin ou que des amis m'ont racon­tées : une femme est courtisée par un homme en vue du mariage parce que « le temps est venu et qu'il a besoin de quelqu'un pour lui cuisiner un repas chaud » ; un diplômé en théologie fait la cour à une certaine fille par­ce qu'il doit être marié pour être ordonné. D'après ce que m'ont dit quelques amies, une femme qui se retrouve dans des situations pa­reilles, sent que l'homme n'est pas intéressé par elle, en tant que personne, mais par « les avantages » qu'elle peut lui apporter. Alors elle s'enfuit. De la même manière, lorsqu'une femme « fait les yeux doux » à un homme parce qu'elle sait qu'il a de l'argent ou qu'elle veut devenir mère et cherche dans l'homme un père pour ses enfants, l'homme se sent comme un ins­trument et s'éloigne.

Certains d'entre-nous sont plus « profonds », plus romantiques, cherchent leur « moitié »4 et croient que « le grand amour » leur per­mettra de guérir tous leurs chagrins et leur dépression. Il y a quelques années, moi-même je croyais cela et j'attendais de trouver la fille qui me permette de m'accomplir. Et, iro­nie du sort ! (il me semblait), lors­que je commençais à leur faire com­prendre cela, que toutes les filles prenaient de la distance. Je devenais triste et me plaignais que « les filles d'aujourd'hui ne recherchaient plus le véritable amour ». Maintenant, avec le recul, je crois que leur attitu­de était naturelle : je leur demandais trop en leur demandant de guérir ma solitude. « Lorsque nous pleurons ainsi, après une Marie ou un Jean – pourquoi pleurons nous en fait ? Ce n'est pas après Jean, car nous ne lavons même pas vu... Le pau­vre Jean n’est même pas Jean, mais juste un miroir dans lequel nous projetons notre besoin d'amour, notre besoin de ne pas être seul. »5

Heureusement, j'ai rencontré un prêtre qui m'a aidé à comprendre qu'aucun être humain sur cette terre ne peut accomplir mon besoin d'amour, que chaque homme a en lui une soif d'amour, que seul Dieu, Qui est amour (1 Jean 4, 8), peut assouvir. « üse demander à Dieu qu’Il te donne la force de te réjouir de chaque jour. Ne reporte pas la joie jusqu’à ce que tu accomplisses je ne sais quoi, jusqu’à ce que tu aies une famille, une maison à toi, car en la remettant toujours à plus tard, il est possible que tu n’aies plus du tout la force d'éprouver de la joie ! »J'ai entendu plus tard une sœur répondre à une jeune femme : « Si tu es malheureuse comme célibataire, tu le se­ras en tant que mariée aussi. La joie ne tient pas au mariage ou au célibat, mais à la vie avec ou sans le Christ. »7

Il peut sembler obsolète que j'en revienne toujours au Christ. Mail il n'existe pas d'autre voie. Lui-Même nous a dit : « En dehors de Moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). C'est encore Lui qui nous a confié : « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et tout cela vous sera donné par surcroît. » (Matthieu 6, 33) Je pense que notre erreur consiste en ce que nous nous concentrons trop sur « tout cela ». Lorsque notre désir sera plutôt concentré sur le Donateur que sur les dons qui viennent de Lui, je pense qu'à ce moment-là quelque cho­se d'essentiel trouvera sa place en nous et nous serons en mesure de voir les gens autour de nous d'une manière différente. Les voir pour ce qu'ils sont réellement et non pour ce qu'ils pourraient nous offrir. Ainsi nous ouvri­rons-nous vers « l'ajout » de « tout cela » dont nous avons besoin. Peut-être ne trouve­rons-nous pas le bonheur plein de sensation­nel et de « romantisme (potentiellement) virusé »8 que l'on voit dans les films, mais je crois que nous vivrons une joie réelle, palpable. Avec le Christ.

Notes :

1. Comme il est dit dans la septième prière avant la communion, de Saint Siméon le Nouveau Théologien.
2. Bien que le Christ Lui-Même nous appelle ses amis : « Vous êtes mes amis si vous fai­tes ce que je vous commande. Je ne vous ap­pelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître. » (Jean 15, 14-15).
3. Ou, pour mieux dire, Les Personnesde la Sainte Trinité.
4. Cette idée de la recherche de la « moitié » est une conception païenne (une description de celle-ci apparaît chez Platon) qui est mal­heureusement devenue très populaire aussi parmi les chrétiens. La théologie orthodoxe, cependant, montre que chaque personne est créée intègre (entière), d'après l'image de Dieu, avec le potentiel d'atteindre la commu­nion avec Dieu. Dans le sacrement du maria­ge, ce ne sont pas deux moitiés qui s'unis­sent, mais deux personnes complètes, le but de cette union étant « la stimulation récipro­que pour le salut », comme dit le Père Arsenie Papacioc (www.crestinortodox.ro/interviuri/parintele-arsenie-papacioc-sfanta-taina-cununiei-70490.html).
5. Mère Siluana Vlad, une des réponses don­née aux questions des jeunes au Congrès Nepsis du 25 septembre 2010, à Rome.
6. « Une découverte : le monastère de Cantauque », Apostolia, no. 24, mars 2008.
7. Mère Siluana Vlad, Deschide Cerul cu lucrul màrunt, Doxologia, Iași, 2013, p. 133.
8. « Romantisme virusé », Apostolia, no 7, octombre 2008.

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