Ajouté le: 13 Janvier 2014 L'heure: 15:14

Le Beau, le Bien et le Vrai (2)

Le Seigneur par sa présence vivante « au cœur de notre cœur», Lui qui est la Plénitude de tous les biens, supplée à nos déficiences, soutient notre faiblesse, af­fermit par sa Parole, les babillements du cœur qui le cherche, et Il « opère en nous à la fois le vouloir et l’opération même au profit de ses bien­veillants desseins » (Ph 2, 13). En discernant son Visage, dans les œuvres accomplies en son Nom, non comme l’accomplissement d’un acte moral, ni d’un idéal, mais comme l’of­frande de notre amour sur l’autel de son Amour, par l’élan de toute notre âme, par la tension de tout notre être vers Lui, Il nous met en possession des fruits de l’Esprit, pour le resplendissement en notre âme de sa divine Beauté.

Et c’est alors que l’homme est « em­belli par la Beauté créatrice et source du beau, il­luminé par l’éclat de Dieu »1. C’est de cela dont saint Séraphim de Sarov, par expérience, té­moigne, lorsqu’il écrit : « Seule une bonne ac­tion faite au nom du Christ nous procure les fruits du Saint-Esprit. Tout ce qui n'est pas fait en son Nom, même le bien, ne nous procure aucune ré­compense dans le siècle à venir, et en cette vie, non plus ne nous donne pas la grâce divine. C'est pour­quoi, le Seigneur Jésus-Christ disait : « Celui qui n'amasse pas avec moi, dissipe » (Lc 11,23) ». Cependant, écrit saint Séraphin « quand un homme comme Corneille dont l'œuvre [...] n’a pas été faite au nom du Christ, [...] a été agréa­ble à Dieu, se met à croire en son Fils, son œuvre lui est comptée comme faite au Nom du Christ, car le bien accompli en son Nom apporte non seulement une récompense de gloire dans le siè­cle à venir, mais dès ici-bas, remplit l'homme de la grâce du Saint Esprit »2, le fait resplendir dans la radieuse Beauté du Visage du Christ.

« C'est cette beauté qui donne à chacun d'être beau selon la proportion qui lui appartient, c'est cette Beauté qui produit toute convenance, toute amitié, toute communion, c'est cette Beauté qui produit toute unité et qui est principe universel parce qu'elle produit et qu'elle meut tous les êtres et qu'elle les conserve en leur donnant l’amou­reux désir de leur propre beauté. Pour chacun elle constitue donc et sa limite et l'objet de son amour, puisqu'elle est sa cause finale (car c’est en vue du Bien que tout se fait) et son modèle car c'est en son image que tout se définit. »3

La Vierge Marie a réintroduit dans le Paradis l'humanité qui s'était cachée « loin de la face de Dieu » (Gn 3, 8). Elle a réintégré l'homme dans le face à face avec son Seigneur, lui qui avait été exilé du Jardin des délices, à la suite du péché. Avec Marie a pris fin l'exil du genre humain, et les voies d'errance de l'homme ont convergé vers les terres d'abon­dance du Paradis de l'Eglise. La gloire du Christ remplit d'une beauté sans rassasiement, par les yeux du corps, l'âme et l'esprit de sa Mère, lorsque nous la voyons contempler le Visage de son Fils sur les icônes, rayonnante de la surabondante lumière de la grâce. L'Incarnation du Verbe a porté à son achève­ment le temps d'attente de l'humanité, exilée loin de la face de son Seigneur et a mené à son accomplissement les demandes que le pro­phète David adressait à Dieu, dans les suppli­ques pleines d'espérance du Livre des Psaumes : « Fais resplendir ta face et nous se­rons sauvés(Ps 79, 8 et 20), « Qu'il fasse res­plendir sur nous sa face et qu'il ait pitié de nous » (Ps 66, 2). Quelques hommes avaient été dans le passé gratifiés, comme Moïse, de la contem­plation du Visage de Dieu, face à face4. Cette grâce est devenue, maintenant, une jouissan­ce éternelle de l'Eglise. En elle est contenue comme un trésor de la Justice divine, la connaissance du « Vrai », du « Bien » et du « Beau ». En elle, l'esprit de l'homme com­munie dans le Verbe, à la Source du Beau qui « contient toute beauté et surpasse toute beauté [..], demeure éternellement beau, d’une beauté identique à soi-même et constante, [beauté] qui ne naît ni ne périt, ne croît ni ne décroît, car il n'est point beau en ceci et laid en cela, ni beau se­lon les points de vue, les lieux ou les façons de le considérer, mais bien plutôt d’une beauté constan­te, qui demeure la même en soi et pour soi, conte­nant d’avance en soi et de façon transcendante la source originelle de toute beauté »5.

L'attirance du cœur pour la beauté, témoi­gne chez l'homme d'une inclination naturel­le et nostalgique du Paradis ; car par cette at­tirance, écrit Saint Théophane le Reclus6, le cœur de l'homme désire s'unir à l'esprit (noûs) qui, seul peut lui assurer de goûter la beauté du Jardin du Paradis planté dans l'Eglise et qui n'est autre que la gloire du Visage du Christ qui resplendit sur la création7.

La triade du Bien, du Vrai et du Beau est à sa source Lumière de la gloire divine, dans la­quelle resplendissent les âmes des hommes sanctifiés par la grâce, eux dont la nature a été renouvelée par leur progrès dans les vertus. De cette triade, comme d'une source unique, dé­pendent les commandements particuliers de l'Evangile, qui par économie, sont revêtus des différentes formes des Béatitudes. « Dieu est lumière » (1 Jn 1, 5). Cette proclamation expri­me la vérité selon laquelle Dieu est « la source de tout ce qui est saint, de tout ce qui est vrai, de tout ce qui est bon, de tout ce qui est juste et de tout ce qui est immortel »8. L'Incarnation du Verbe de Dieu a fait descendre du ciel sur la terre « la Vérité éternelle et la lumière éternelle, la Justice éternelle et l’Amour éternel, la Bonté éternelle, la Sagesse éternelle et toutes les autres perfections di­vines éternelles : il les a apportées du Ciel à la ter­re pour que tout cela devienne humain, nôtre. [... ] Il est évident que ces perfections constituent l’es­sence de sa Personne divino-humaine qu’elles en sont le sang et le corps, et que là où est son sang très saint, là aussi se trouve la vie éternelle. Car dans le sang de sa Divino-humanité réside sa Vie, et à travers Lui, venant de Lui et à cause de Lui, notre vie aussi. [...] Ce sang très saint nous baigne de Lumière et de Vérité, nous baigne de Justice et d’Amour ».9

Notes :


1. Grégoire Palamas, Défense des Saints Hésychastes, Triade I, 3, 5, page 116.
2. Irina Gorainoff, Séraphim de Sarov, Sa Vie, pp. 156-157, Coll. Théophanie, Editions Desclée de Brouwer, Abbaye de Bellefontaine, 1979.
3. Denys l’Aréopagite, Les Noms divins, IV, §7, op. cit.
4. Ex 33, 11 ; Dt 34, 10.
5. Les Noms divins, op. cit.
6. Thomas Spidlik, La Doctrine spirituelle de Théophane le Reclus, Le Cœur et l'Esprit, Orientalia Christiana Analecta 172, Editions Pontificum Institutum Orientalium Studiorum, Roma 1965
7. « Tu es infiniment amoureux de la beauté, ou plutôt, infiniment amoureux de Dieu », écri­vait Joseph Bryennios à Nicolas Cabasilas.
8. Saint Justin, Commentaire des Epîtres de Saint Jean le Théologien, § 1, 5, page 11.
9. Ibid.

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