Le pèlerinage en Grèce1 a été, entre autres, l’occasion de comprendre ce que signifie d'aller dans un pays orthodoxe qui partage la même foi que toi. Je me suis sentie simplement comme chez moi, en Roumanie. On sent que l’on respire librement, nos mouvements sont sans encombre, on sent pouvoir s’exprimer sans gêner personne, par son attitude ou par ses gestes de chrétien. Mon étonnement n’a pas été petit de voir une icône de la Cène à l'intérieur même d'un restaurant, ou de comprendre que nous pouvions tous nous lever et dire le Notre Père, sans que les autres personnes autour de nous soient embarrassées ou offensées par ; au contraire même : un soir, dans un restaurant, pendant que nous faisions la prière avant le repas, le propriétaire du restaurant a baissé la musique, par respect pour notre prière commune.
J'ai également apprécié la rencontre avec les fidèles de la paroisse « Les Saints Archanges » d’Athènes, avec leur recteur, le Père Christodoulos. La joie provenait de la reconnaissance mutuelle du même Christ, présent en chacun de nous. C’est ce qui nous a aidés à nous comprendre et à nous réjouir les uns des autres, au-delà de ce qu'on appelle les «barrières» liées au langage. Et alors je me suis dit qu’en fait, « chez soi » c’est «le Christ » et se sentir comme « chez soi » n'est possible que, là où les autres personnes autour, partagent la même foi en Jésus-Christ.
J’ai ressenti un « chez soi », tout aussi authentique, dans notre pèlerinage aux reliques des saints. On ne peut parler des saints au passé car ils sont vivants, ils vivent dans un présent perpétuel, qui est l'éternité. Parmi ceux que l’on a visités2, il y avait aussi des saints dont je n’avais pas entendu parler auparavant: Saint Nicolas Planas, Saint Patapios, Saint Luc le Thaumaturge. S’approcher de chacun d'entre eux a été rendu possible par le fait que notre organisateur, Bogdan Grecu, nous a renseignés sur la vie et les actes des saints avant d'arriver à l'église ou au monastère où ils se trouvaient. Et cela s'est avéré essentiel, car c’était comme une introduction auprès de la personne du saint. Tous sont saints, mais tous ne sont pas les mêmes: chacun a eu sa vie, sa personnalité et sa manière de se rapporter à Dieu. Plus on connaît d’éléments sur sa vie, plus on peut s’approcher de lui, par la prière. Peut-être que les difficultés et les épreuves qu’il a vécues, lui aussi, le long de sa vie, sont semblables à celles de nos vies, à nous. Et à ce moment-là notre cœur s'ouvre, la prière envers le saint est beaucoup plus intense, car nous sommes convaincus que le saint nous comprends, ayant vécu ce que nous vivons peut-être maintenant. Cela crée un lien personnel avec ce saint, nous le sentons comme un ami et nous nous souvenons de lui avec joie. Et le désir de tout saint c’est que nous comprenions que nous ne devons pas nous limiter au don qu’il nous fait, mais qu’au-delà de ce don nous devons voir le dispensateur de toutes les bonnes choses, de celles célestes et de celles terrestres, qui est Dieu. Les saints nous offrent ce qu'ils ont reçu, à leur tour, de Dieu. Ils n’ont pas cherché de « cadeaux », mais ils ont cherché Dieu. Les dons viennent naturellement, comme le fruit de l’amour, tout comme nous avons l’habitude de donner des cadeaux à nos proches pour montrer l’amour que nous leur portons. Les saints ne sont pas comme des distributeurs automatiques, où l’on laisse de l’argent ou un dyptique, où l’on fait un vœu, en espérant qu’il sera exaucé. Je dirais que la différence entre la prière et le désir, est justement dans la façon dont nous nous rapportons au saint : soit de manière authentique, comme à une personne unique et irrépétible, qui a sanctifié sa vie en Jésus-Christ, soit de manière superstitieuse (malheureusement…), comme à quelqu'un qui peut nous porter chance.
« Aimez Dieu », chante l’Eglise à la fête d’un saint, comme un conseil donné par celui-ci aux gens, « et vous trouverez la grâce éternelle et infinie. Ne chérissez rien plus que Son amour et vous trouverez du repos pour vos âmes ».3

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