C’est une joie d’avoir été invité à partager un peu la vie de la communauté et à goûter l’esprit fraternel qui y règne. Avec la bénédiction du recteur, nous avons préparé une petite méditation sur la vie paroissiale avec comme thème – un peu audacieux ! – « la Paroisse, entre le monde et le Royaume de Dieu ». En effet, c’est par l’expérience paroissiale que nous avons accès au mystère de l’Église. Cette expérience est précieuse, mais elle n’est pas toujours facile à réaliser : cela peut donc nous aider de réfléchir ensemble sur ce que le Seigneur nous propose et sur la façon dont Il nous aide.
Ayant prié Dieu, il nous a été inspiré d’aborder les points suivants : la Paroisse est à l’interface du monde et du Royaume ; la Paroisse est le milieu dans lequel la personne lutte pour aller vers le Royaume ; le Paroisse est également la communauté qui est appelée à témoigner du Royaume dans le monde. Puisse ce programme convenir aux auditeurs !
Tous les membres d’une paroisse, que ce soit le prêtre lui-même ou les paroissiens, nous vivons dans le monde ; nous sommes généralement membres de la société civile, citoyens ou en tout cas profitant de tous les avantages de la Société et nous confrontant à tous les défis qu’elle présente à notre foi et à notre aspiration à être chrétiens.
A. La définition de notre vie paroissiale est donnée par le Christ :
a) Selon sa parole (Jean 17, 15), nous sommes «dans le monde » sans être « du monde », c’est-à-dire sans avoir dans le monde la source et la référence de nos pensées et de nos actes. Comment définir le « monde » ? C’est d’abord la création, puis la société civile, et, plus sévèrement, tout ce qui ne connaît pas Dieu ou s’oppose à lui. Comment définir le Royaume ? C’est essentiellement la participation à l’amour du Christ pour le Père et pour nos frères ; c’est le règne de l’amour divin par la communion des personnes dans la volonté du Père. Il peut y avoir, dans notre vie de chrétiens, donc de paroissiens, certains conflits, plus ou moins douloureux, entre la présence dans le monde et notre appartenance au Royaume par le baptême.
b) En tant que membres de la communauté chrétienne, nous sommes « envoyés dans le monde » (Jean 17, 11) : nous n’y sommes pas par accident, ou par hasard. Le hasard n’existe pas, car le monde est gouverné par l’amour de Dieu. Rien n’advient dans le monde sans la volonté ou la permission de Dieu. Celui-ci nous a envoyé dans le monde, en nous faisant naître à telle époque, dans tel milieu, dans tel pays ; et, pour certains d’entre nous, cet envoi s’enrichit par l’expérience de l’émigration dans un pays étranger, un autre monde.
c) Le monde dans lequel nous vivons, même s’il ne le reconnaît pas ou même s’oppose à lui, appartient à Dieu : c’est le monde « de Dieu » (Actes 17,24), comme le Royaume est le Royaume « de Dieu ». Le Seigneur est le Roi du monde, c’est-à-dire que sa volonté, exprimée notamment dans le saint Évangile, est la loi proposée au monde pour qu’il se dirige selon elle. Cela veut dire également que, étant dans le monde, nous sommes chez Dieu, donc chez nous. Pourtant nous sommes, simultanément, des étrangers (1 Pierre 2, 11) dans le monde, des êtres de passage, parce que nous allons vers le Royaume. C’est le paradoxe de la vie chrétienne. Mais, si nous sommes chez nous dans le monde, cela veut dire que nous y avons une responsabilité et que nous ne pouvons être indifférents à ce qui s’y passe.
B. Le Christ nous annonce également la proximité immédiate du Royaume : nous sommes dans un monde qui est voisin du Royaume, limitrophe. Il n’y a pas d’espace entre le monde et le Royaume, même s’ils sont complètement différents l’un de l’autre et, par certains côtés, incompatibles.
a) Quand le Christ, à la suite du Précurseur, dit que le Royaume est à portée de main, « tout proche » (Luc 10, 11), cela suggère un optimisme et une espérance. La connaissance du Royaume doit être facile : il n’y a qu’à tendre la main, à se tourner vers lui ! La paroisse est la porte du Royaume et du Paradis.
b) Le Christ nous dit également qu’Il est présent dans son monde (Matthieu 28, 20): le monde n’est pas abandonné de Dieu ou vide de lui ; il est habité par le Christ par la grâce du saint Esprit. Le Christ Dieu est omniprésent ; Il est présent dans chaque personne humaine (cf. l’évangile du Jugement dernier : Matthieu 19, 28), dans toute situation. C’est lui qui souffre dans ceux qui souffrent et qui se réjouit dans ceux qui se réjouissent. Ceci doit nous émerveiller : en tant que paroissiens, nous devons de façon urgente acquérir cette conscience de la présence du Christ au quotidien.
c) Le Christ prie pour le monde et pour nous (Jean 12, 47 et 17). Sa présence, quoiqu’invisible, est active. Notamment, chaque célébration de la sainte liturgie est une prière du Christ pour le salut du monde entier, une prière dans laquelle Il s’offre en sacrifice non sanglant pour tous les hommes, ceux qui croient en lui et ceux qui ne croient pas encore. Ceci nous rend optimistes et exige de nous que nous acquérions l’amour pour les hommes qui sont dans le monde, même si nous nous séparons de l’esprit, c’est-à-dire de la mentalité du monde.
C. Concrètement, notre vie, il faut le reconnaître, est souvent partagée entre le monde et le Royaume auquel nous appartenons déjà par le saint baptême.
a) Nous éprouvons souvent le sentiment d’être « entre deux chaises », un sentiment de vertige quelquefois, l’inconfort d’être chrétien, le paradoxe de la foi au quotidien dans la société civile dont le discours est tellement à l’opposé de l’Évangile, notamment ces derniers temps, avec les propositions de loi que présente le Gouvernement. Ce sentiment ne doit pas faire de nous la proie du Malin qui guette, bien sûr, celui qui va vaciller, prêt à tomber dans le péché ou même l’apostasie. Nombreux sont les chrétiens qui ont abandonné, et qu’on ne voit plus participer à la vie paroissiale.
b) Les obstacles à la vie chrétienne rencontrés dans le monde sont nombreux, nous les connaissons. Grande est la tentation de vivre comme des gens du monde, par paresse, par amour du plaisir (Siracide 9, 16 ; psaume 36, 1-2, 7), ou parce que le Malin obscurcit notre conscience et nous fait oublier notre dignité de baptisés. L’attraction du péché, chez les jeunes comme chez les paroissiens adultes est très forte, quelquefois elle paraît irrésistible : c’est la convoitise, le désir de possession et de richesse, la pression qu’opère la publicité sur notre conscience et sur celle de nos enfants ; on ne peut pas minimiser cette attraction.
c) Simultanément, il y a dans notre cœur le sentiment d’être appelé à vivre autrement que le monde : notre cœur a toujours quelque chose de pur, où habite la grâce du saint Esprit ; celle-ci, déposée en nous au baptême, et entretenue par notre famille chrétienne, nous donne l’envie ou la nostalgie du Royaume, et nous prions : « qu’advienne ton Royaume ! ». Toute âme chrétienne languit auprès de la maison de Dieu. Même des chrétiens très éloignés du Christ, par la débauche, par le matérialisme, par des crimes quelquefois, ont en eux cette nostalgie du Royaume. Adam lui-même, quand il fut chassé du Paradis, éprouva le douloureux désir de la familiarité avec Dieu. Le bon Larron prie : « souviens-Toi moi, Seigneur, dans ton Royaume ! ».
(à suivre)
Prêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard, Conférence dans la paroisse roumaine de Nantes le 7 avril 2013

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