Les adversaires de l'Eglise (ebionites, gnostiques, marcionites, manicheens, etc.), des les deux premiers siecles, tenterent, par des interpretations arbitraires, de plier le texte des Ecrits apostoliques aux exigences de leurs desirs ; saint Irenee de Lyon (+ 202), dans son « Traite sur les heresies » le demontre avec aisance. Comme ces heretiques, dans l'interet de leur cause, objectaient que les Ecrits apostoliques avaient subi des alterations, Tertullien leur replique en faisant appel aux originaux conserves encore de son temps et employes pour la lecture publique dans les Eglises d'Ephese, de Corinthe, de Rome : « Voici comme nous tirons de la un argument de prescription. Si notre SeigneurJesus-Christ a envoye ses Apotres pour precher, il ne faut donc pas recevoir d'autres predicateurs que ceux qu'il a etablis, parce que personne ne connaît le Pere que le Fils et ceux a qui le Fils l'a revele, et parce que le Fils ne l'a revele qu'aux Apotres, envoyes pour precher ce qu'il leur a revele. Mais qu'ont preche les Apotres, c'est-a-dire, que leur a revele Jesus-Christ ? Je pretends, fonde sur la meme prescription, qu'on ne peut le savoir que par les Eglises que les Apotres ont fondees, et qu'ils les ont instruites de vive voix, et ensuite par leurs lettres. Si cela est, il est incontestable que toute doctrine qui s'accorde avec la doctrine de ces Eglises apostoliques et meres, aussi anciennes que la foi, est la veritable, puisque c'est celle que les Eglises ont reţue des Apotres, les Apotres de Jesus-Christ, Jesus-Christ de Dieu: et que toute autre doctrine, par consequent, ne peut etre que fausse, puisqu'elle est opposee a la verite des Eglises, des Apotres, de Jesus-Christ et de Dieu. Il ne nous reste qu'a demontrer que notre doctrine dont nous avons presente plus haut le symbole, vient des Apotres, et que, par une consequence necessaire, toutes les autres sont fausses. Nous communiquons avec les Eglises apostoliques, parce que notre doctrine ne differe en rien de la leur: voila notre demonstration »1.
Et le celebre apologiste poursuit : « Mais voulez-vous satisfaire une louable curiosite, qui a pour objet le salut, parcourez les Eglises apostoliques, ou president encore, et dans les memes places, les chaires des Apotres ; ou, lorsque vous ecouterez la lecture de leurs lettres originales, vous croirez voir leurs visages, vous croirez entendre leur voix. Etes-vous pres de l’Achaie, vous avez Corinthe; de la Macedoine, vous avez Philippes et Thessalonique. Passez-vous en Asie, vous avez Ephese; etes-vous sur les frontieres de l'Italie; vous avez Rome, a l'autorite de qui nous sommes aussi a portee de recourir. Heureuse Eglise, dans le sein de laquelle les Apotres ont repandu toute leur doctrine avec leur sang, ou Pierre est crucifie comme son maître, ou Paul est couronne comme Jean-Baptiste, d'ou Jean l'Evangeliste, sorti de l'huile bouillante sain et sauf, est relegue dans une île ! Voyons donc ce qu'a appris et ce qu'enseigne Rome, et en quoi elle communique particulierement avec les Eglises dAfriqu e. Elle croit en un seul Dieu createur de l'univers, en Jesus-Christ son Fils, ne de la vierge Marie; elle confesse la resurrection de la chair; elle reţoit, avec la loi et les prophetes, les Evangiles et les lettres des Apotres. Voila les sources ou elle puise sa foi. Elle fait renaître ses enfants dans l'eau, elle les revet du Saint-Esprit, elle les nourrit de l'Eucharistie, les exhorte au martyre, et rejette quiconque ne professe pas cette doctrine. Cest cette doctrine, je ne dis plus qui nous annonţait des heresies pour les temps a venir, mais de qui elles sont sorties. Il est vrai que du moment qu'elles se sont elevees contre elles, elles ne lui appartiennent plus. Du noyau d'un fruit doux et necessaire, de l'olive, des grains de la figue la plus exquise, viennent des plantes trompeuses et steriles, des oliviers et des figuiers sauvages; de meme les heresies, quoique nees dans notre fonds, nous sont absolument etrangeres: la semence de la verite a degenere chez elles, et le mensonge en a fait comme autant de plantes sauvages »2.
Dans ce meme registre, il replique a Marcion3 car ce dernier considere que les auteurs des Evangiles ont mal compris le message de Jesus et y ont inclus des notions judaisantes relatives au Demiurge. Cet heresiarque rejette donc en bloc l Ancien Testament et se contente de garder l'Evangile de saint Luc et dix Epîtres de saint Paul, epures par ses soins de tout element judaisant: « En deux mots, s'il est certain que le plus vrai est le plus ancien, le plus ancien ce qui date du commencement, le commencement ce qui part des apotres, il sera egalement certain qu'il n'y a de transmis par les apotres que ce qui a ete tenu pour saint et venerable dans les Eglises fondees par les apotres. Examinons donc de quel lait Paul nourrit les Corinthiens ; sur quelle regle il reforme les Galates ; quelles maximes lisent les Philippiens, les Thessaloniciens, les Ephesiens; quelle est sur des points semblables, la foi des Romains auxquels Pierre et Paul ont legue un Evangile scelle de leur sang. Nous avons encore les Eglises filles de saint Jean. Marcion a beau recuser son Apocalypse, la succession des eveques de lAsie, remontee une a une, ne nous conduit pas moins a Jean leur fondateur. La noblesse des autres Eglises se reconnaît aux memes titres. J'affirme donc que parmi ces Eglises, non pas seulement d'origine apostolique, mais parmi toutes celles qui sont restees dans la communaute d'une meme foi, l'Evangile de Luc s'est maintenu des l'origine de sa publication, tel que les Chretiens le possedent aujourd'hui. Quant a l'evangile de Marcion, il etait inconnu de la plupart ; ou s'il etait connu, c'etait pour etre condamne. Il a aussi ses eglises, mais les siennes posterieures, et par consequent adulteres. Si vous remontez a leur origine, vous les trouverez plutot sorties d'un apostat que de l'apostolat. Elles ne remontent pas au-dela de Marcion, ou de quelque echappe de son ecole. Les marcionites edifient des Eglises, comme les guepes bâtissent des ruches. Les Eglises apostoliques couvriront aussi de leur patronage les Evangiles de Jean et de Matthieu que nous avons par elles et en conformite avec elles, quoique l'on attribue a Pierre l'Evangile publie sous le nom de Marc, son interprete, de meme qu'a Paul le recit de Luc. Il est assez naturel d'imputer aux maîtres les ecrits des disciples. Je demanderai donc a Marcion, pourquoi, laissant de cote les autres Evangiles, il s'est attache de preference a celui de Luc, comme si des l'origine ceux-la n'avaient pas ete aussi connus que celui-ci. Je me trompe. Ils etaient connus auparavant, puisque etant d'origine apostolique, ils vinrent les premiers, et furent consacres avec les Eglises elles-memes. D'ailleurs, si les apotres n'ont rien publie, comment s'imaginer que les disciples aient publie quelque chose? Y a-t-il des disciples sans maîtres qui les enseignent ? Le fait est donc etabli : ces Evangiles etaient entre les mains des Eglises. Pourquoi, encore un coup, Marcion n'en dit-il pas un mot, pour les reformer s'ils ont subi des falsifications, pour les reconnaître, s'ils sont authentiques ? Car si des hommes corrompaient alors l'Evangile, il convenait surtout a Marcion et aux siens de retablir les Ecritures dont ils savaient l'autorite mieux accueillie ! Ainsi les faux apotres eussent procede pour l'erreur, comme les apotres pour la verite. Autant il est vrai que Marcion aurait corrige ce qui devait etre corrige, s'il y avait eu alteration, autant il confirme que ce qu'il n'a pas cru devoir corriger n'etait pas altere. En un mot, il a reforme ce qu'il a estime corrompu; mais a tort, puisque la falsification n'existait pas. En effet, s'il est vrai que les ecrits apostoliques nous soient parvenus dans leur integrite, et que l'Evangile de Luc, maintenant entre nos mains, soit si bien d'accord avec eux, qu'il subsiste avec eux dans les Eglises, il faut en conclure que l'Evangile de Luc nous est arrive intact, jusqu'au sacrilege de Marcion. C'est le jour ou Marcion lui fit violence, qu'il se trouva diferent de l'reuvre apostolique, et son rival. Je donnerais donc ce conseil a ses disciples: Ou changez les autres Evangiles, quoiqu'un peu tard, a son exemple, afin de retablir une apparente conformite avec ceux qui nous viennent des apotres (car tous les jours vous le faites, comme nous vous le reprochons tous les jours) ; ou rougissez d'un maître convaincu sur tous les points, tantot d'alterer frauduleusement la verite, tantot de la renverser avec impudeur. Nous usons de ce moyen abrege quand nous defendons contre les heretiques la verite de l'Evangile; nous faisons valoir et l'ordre des temps, qui prescrit contre la posteriorite des faussaires, et l'autorite des Eglises que protege la tradition des apotres, parce que, de toute necessite, la verite precede l'imposture, et decoule de qui l'a transmise »4.
De semblables arguments ont toujours ete opposes avec la meme force a d'autres sectaires. Toutes les fois qu'une main heterodoxe a voulu porter atteinte au depotde la foi confie aux eveques, celle-ci a ete ecartee. Encore recemment, le livre « Da Vinci code » de Dan Brown, paru en 2003, a essaye de semer le doute. Comme l'indique la presentation du livre du Pere jesuite Bernard Sesboue, « Le Da Vinci code explique a ses lecteurs » : « Ou est le vrai ? Ou est le faux ? Jesus et Marie-Madeleine ont-ils eu un enfant ensemble ? L'Eglise cache-t-elle la verite depuis 2000 ans ? Comment faire la part entre le roman et l'histoire ? Qui croire ? Que croire ? » Ce best-seller, vendu a 82 millions d'exemplaires dans le monde, aurait pu saper les fondements du christianisme car l'auteur entretient la confusion, melant realite, vraisemblance et pure invention. En refutant la these romancee d'une descendance humaine du Christ, le Pere Bernard Sesboue, selon l'opinion de son editeur, Le SeuiI, est revenu a l'essentiel : la Bible. « C'est a la lumiere des Evangiles que les fausses revelations du Da Vinci Code sont examinees une a une »5. En effet, les ecrits du Nouveau Testament presentent un ensemble homogene. Modifier sensiblement un passage ou en tordre le sens, c'est prendre le risque d'etablir une contradiction entre lui et ceux qui ressortent de l'ensemble des dogmes analogues avec lesquels il doit etre confronte. L'autorite du Nouveau Testament est donc incontestable. C'est en toute surete qu'on peut prendre pour etude les faits qui s'y trouvent rapportes, specialement le recit des quatre Evangelistes qui instruisent le lecteur sur les actes de la vie terrestre du Christ, mediateur entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance.
Les Evangiles ne sont que l'extension et le complement de la Loi mosaique. La Nouvelle Loi, celle des Evangiles, s'impose a l'Ancienne Loi, la Loi mosaique ; la premiere commence, la seconde s'acheve. Le lien qui les unit l'une a l'autre, l'origine et la fin de l'une et de l'autre, c'est Jesus-Christ, l'Esperance des Patriarches, le Modele des justes de tous les temps, l'Unique Source de salut. Les propheties de l'Ancien Testament racontent d'avance son histoire. Moise et les Prophetes, a chaque page de l'Ancien Testament, parlent du Christ et, a chaque page des Evangiles, le Christ renvoie a Moise et aux Prophetes. Des lors, Jesus-Christ est assurement la Plenitude de la Loi; le demontrer pourrait faire l'objet d'un autre expose.
Diacre Jean-Paul Lefebvre-Filleau
Notes :

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