Ajouté le: 8 Novembre 2012 L'heure: 15:14

Fragments neptiques (novembre 2012)

Fragments neptiques (novembre 2012)

Abba Agathon se rendait un jour dans une ville pour y vendre de petits récipients et il trouva, abandonné sur la route, un lépreux qui lui dit : « Fais‑moi miséricorde et prends‑moi avec toi ! » Il prit le vieillard sur ses épaules et le conduisit à la ville. Le lépreux lui dit : « Mets‑moi là où tu vas vendre tes récipients. » L’ancien obéit.

Or, quand il vendait un récipient, le lépreux lui disait : « Combien l’as‑tu vendu ? » Et Agathon lui répondait : « Tant ». « Achète‑moi une pâtisserie ». Et il la lui achetait. Et quand il vendait un autre récipient, le lépreux demandait : « Mais celui‑ci, combien ? » Et le vieillard lui répondait : « Tant ». « Achète‑moi tel objet ». Et il le lui achetait.

Quand il eut vendu tous les ustensiles et voulut retourner à sa cellule, le lépreux lui dit : « Tu pars ? Fais‑moi encore miséricorde et ramènes‑moi où tu m’as trouvé ! » Agathon le prit sur ses épaules et le reconduisit à sa place. Alors le lépreux lui dit : « Tu es béni par le Seigneur, Agathon, au ciel et sur terre ! » Levant les yeux, l’ancien ne vit plus personne : c’était un ange du Seigneur qui était venu le mettre à l’épreuve.

Avva Agathon, Sentences des Père d’Egypte

La soif de nouveauté qui existe en nous, la soif d’originalité, est une soif de vie. La vie se nourrit de changement. La mort est justement caractérisée par la raideur et la stagnation. Dans la vie tout entière du monde, le changement est une loi qui ne peut être transgressée. Le temps est un enchaînement ininterrompu de transformations; la vie biologique est une variété inconcevable de successions. Chaque unité biologique a un caractère unique, irrépétable. L’absence de limites dans la succession des changements de la vie du monde entier donne au sens de la nouveauté des dimensions métaphysiques.

La loi du changement correspond à la vie humaine; elle est un besoin et une soif venus du monde et que nous cachons en nous. En nous existe la soif de vie, et nous trouvons le goût de la vie seulement quand nous vivons la joie mystique de la transformation.

Le grand drame de l’homme est le dur combat qu’il mène contre la loi de routine, contre la tyrannie que cette loi impose à la vie. C’est une preuve du monde intérieur qui est le nôtre, et que l’homme est fait pour être créateur... Peut‑être n’y a‑t‑il pas de forme de vie qui nous donne un goût de cendre et de mort aussi intense que celui que nous donnent la routine et la répétition inerte. C’est une mort lente, aux pas feutrés, qui nous étrangle jour après jour dans la glace effroyable du marasme.

Toutefois, le combat contre la mort, représentée par le marasme et la routine, est ce qui nous donne la dignité d’hommes. Elle est la confirmation de la vie. En effet, il n’est question, en dernière analyse, que d’un effort pour nous maintenir libres, libres à l’intérieur de nous‑mêmes et indépendants.

La vie des hommes se meut, en grande partie, dans les schémas que leur impose le besoin de garantie et de sécurité. Ce besoin rend ces schémas tout puissants. La vie s’immobilise dans des moules rigides, des formes consacrées. Rares, pour cette raison, sont ceux qui, en tant qu’hommes véritables, survivent au despotisme tyrannique des schémas. Chaque refus de nous soumettre au pouvoir universel des schémas est une révolution. Le mot est beau et enthousiasmant à entendre, mais il est très difficile d’être continuellement un révolutionnaire. Pourquoi est‑ce difficile? C’est qu’il nous faut porter tout seuls le fardeau de la responsabilité de notre route. Le grand confort qu’offrent les schémas est justement celui‑ci: ils nous offrent la possibilité de renoncer à la responsabilité. Nous marchons sur les traces des prédécesseurs, la responsabilité de notre route est globale, elle est partagée par beaucoup de personnes.

La vie de l’homme véritable est tous les jours une protestation incessante adressée au quotidien. Une protestation intérieure, essentielle. Aucun schéma ne peut revendiquer de pouvoir sur un tel homme. Même s’il vit au milieu d’un grand nombre, même s’il est obligé de montrer de la discipline et de la soumission à un grand nombre, son voyage et sa quête continuels le conduisent toutefois loin et au‑delà de l’espace limité d’un schéma. Ici est la plus grande et essentielle différence de l’homme et de toute autre créature sur terre. L’homme est un vivant en quête. Le plus grand dommage subi pas la création de Dieu a été que l’homme ait été dénaturé, que sa vie soit restée figée dans des moules perpétuels, qu’elle se soit enlisée dans des schémas qu’il a lui‑même consacrés.

Les hommes véritables constituent la présence de la vie, comme le schéma est la présence de la mort. A la pâte des schémas morts de ce monde, la vie donne le ferment vivant des hommes qui ne sont pas asservis.

Christos Yannaras, Faim et soif

Si nous n’aimons pas du profond même de l’offense qui nous a été faite, nous ne sommes pas encore parvenus à racheter, par le bien, le mal.

Ne reprochons à personne son ingratitude à notre égard. Nous ne réussirions qu’à rendre l’ingratitude moins ingrate, sans apporter aucun remède à sa cause. Telle est l’obligation qui, pour être réussie, se doit d’être accomplie par d’autres que par un être méprisable ou blessé.

Etre traité avec ingratitude: une des façons – et non la moindre – de ressembler à Dieu.

La souffrance est [...] une visite de Dieu; une sorte de mystère inouï, par lequel l’Etre éternel vient à nous, sur un fond de néant, d’absence, où la privation, non seulement d’un objet, mais d’un objet aimé, possédé ou désiré, produit une grâce [...]. C’est une visite, mystérieuse, une visite de l’Etre suprême, pénétrant en nous justement par cet amoindrissement de notre être, par cette lésion de notre amour...

Vladimir Ghika, Pensées pour les jours qui viennent

S’il l’homme le veut, entre le matin et le soir, il peut atteindre la mesure divine.

Avva Alonie, Sentences des Pères d’Egypte

Humble est l’homme qui
n’attend pas d’être aimé

parce qu’il ne s’attend
jamais
à recevoir
quelque chose de la vie...

car pour l’homme humble
la vie elle‑même est quelque chose
d’une telle plénitude
qu’il n’est pas étonné
qu’on lui prenne
et qu’on lui donne
l’humble seul comprend
qu’aucun rêve de l’homme n’est
plus élevé plus vaste ou plus profond
que la vie
il cesse ainsi de chercher à faire quelque chose d’elle
et commence à prier la vie
de faire quelque chose de lui...

pour l’humble la vie
n’est jamais à lui
mais lui
est à la vie...

pour l’humble la vie
est un don
et pour l’orgueilleux seul,
un droit...

la vie est le don que Dieu a fait
à tous les hommes
mais seul l’humble
s’en réjouit
car

celui qui cherche l’humilité
trouve
la vie...

Marius Iordăchioaia, Le mystère de l’humilité

Fragments neptiques (novembre 2012)

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