Les sœurs interrogèrent la bienheureuse Synclétique : Comment être sauvées ? Elle répondit : Nous savons tous comment être sauvés ! Mais par négligence nous perdons le Salut. Avant tout et plus que tout, il faut garder les paroles du Seigneur : Aime le Seigneur ton Dieu de toute ton âme et ton prochain comme toi-même ; voilà où est le Salut : dans un double amour.
Sentences, paroles des saintes femmes ascètes, réunies par Abba Isaïe pour la vénérable moniale Théodora
L’homme adonné à la distraction a de toute chose, et même des réalités les plus significatives, une conception très confortable, très superficielle. L’homme distrait est d’ordinaire inconstant : les sentiments de son cœur sont privés de profondeur et de puissance ; c’est pourquoi ils sont inconstants. L’homme distrait est étranger à l’amour du prochain : il regarde avec indifférence la souffrance des hommes et facilement place sur leurs épaules des fardeaux impossibles à porter. Les malheurs agissent puissamment sur le distrait, justement parce qu’il ne les attend pas. Il attend seulement le bonheur. Si le malheur est grand mais vite passé, l’homme distrait l’oublie rapidement dans le tumulte des plaisir. Le malheur durable l’écrase.
Tous les saints ont fui avec zèle la distraction. Ils se concentraient en eux-mêmes continuellement ou du moins autant qu’ils le pouvaient, attentifs aux mouvements du cœur et de la pensée et leur donnant la direction convenable par les commandements de l’Evangile. L’habitude de faire attention à soi-même garde l’être humain de la distraction, même quand il se trouve entouré de tous côtés par le tumulte.
L’homme distrait ressemble à une maison sans porte et sans verrous : aucun trésor ne peut être gardé dans une telle maison ; elle est ouverte aux voleurs, aux brigands et aux débauchés. Dans le métier que tu exerces parmi les humains, ne te permets pas de perdre ton temps en paroles vaines et en plaisanteries stupides ; dans ton travail au bureau ne te laisse pas séduire par les imaginations : ainsi tu aiguiseras rapidement ta conscience et tu commenceras à voir toute inclination à la distraction comme une transgression de la loi évangélique, comme une transgression du bon sens lui-même.
Saint Ignace Briantchaninov, Expériences ascétiques
l’image envahit notre vie quotidienne. Elle triomphe dans tous les milieux sociaux, dans la rue, sur le lieu de travail, et jusqu’au cœur des foyers par l’envahissement des médias. A l’accoutumance et à l’usure qu’elle provoque, ses techniciens répondent par des formes et des couleurs toujours plus subtiles et insistantes, souvent sans égards pour la sensibilité du spectateur qu’il s’agit de happer.
Par sa force de suggestion, l’image peut être utilisée contre l’homme à son insu. Elle peut modeler sa pensée, enflammer ses passions, façonner son comportement, en un mot le priver de liberté. Dans notre société, l’image se substitue de plus en plus au texte. La réflexion tend à céder le pas aux sensations et surtout au regard. Avec ses vitrines, ses étalages, ses lumières multiples et variables à souhait, la rue constitue un appât visuel puissant. Et que dire de la publicité envahissante, uniquement axée sur le rendement ? Quand le profit seul importe, les valeurs humaines s’estompent, l’appel aux sens grandit. Hautement suggestive en raison de sa force symbolique et de son impact sur la sensibilité, l’image s’insinue alors dans les profondeurs de l’être, menaçant du même coup la vie intérieure.
L’homme est progressivement modelé par ce qu’il contemple [...]. Lieu de rencontre de la lumière extérieure et intérieure, les yeux représentent la partie la plus transparente et la plus vivante du corps [...] « La lampe du corps, c’est ton œil. Lorsque ton œil est sain, ton corps entier est lumineux également ; mais dès qu’il est malade, ton corps également est ténébreux (Luc 11, 34) ». [...] Si le monde matériel dans son ensemble, c’est-à-dire le cosmos, partage la destinée humaine marquée par le péché, il revient à l’homme christifié de le libérer. Il a pour tâche de spiritualiser la matière à laquelle il participe par son corps afin de ramener à Dieu toute la création (cf. Ephésiens 1, 9-10).
L’icône sanctifie le lieu où elle se trouve, et elle produit chez le croyant le sentiment d’une présence divine tangible. Elle est réellement une rencontre, parce que prier devant l’icône du Christ, signifie prier, en fait, devant lui.
Olivier Clément touche juste lorsqu’il écrit : « Le christianisme est la religion des visages [...]. Etre chrétien, c’est découvrir, au cœur même de l’absence et de la mort, un visage à jamais ouvert, comme une porte de lumière, celui du Christ et, autour de lui, pénétrés de sa lumière, de sa tendresse, les visages des pécheurs pardonnés qui ne jugent plus mais accueillent. Evangile veut dire l’annonce de cette joie ».
Modèle de sainteté, présence, révélation de la transfiguration cosmique à venir, l’icône s’offre comme un grand livre ouvert. Elle enseigne à déchiffrer les visages côtoyés dans la rue et à y trouver cette « plante unique » greffée sur le Christ.
Rendre un visage aux sans-visages (aprosopoi), voilà son invitation reprise par Didyme d’Alexandrie : « Après Dieu, vois Dieu en tout frère... »
L’humanité affronte aujourd’hui un tournant crucial de l’histoire où une nouvelle culture en gestation se débat dans les douleurs de l’enfantement [...]. Or l’icône révèle un monde de beauté, d’harmonie et de paix où l’homme et le cosmos retrouvent leur état édénique. A un art et à un monde souvent fermés sur eux-mêmes, à l’immanence-prison, elle substitue la transcendance, l’ouverture vers l’au-delà. Avec constance, l’icône remémore en effet la finalité de l’existence humaine : devenir œil, ophtalmos, développer la vision intérieure qu’alimente la clarté de l’Esprit saint qui transfigure tout. Et si l’icône trouve son principe constructif dans la lumière de la transfiguration du Christ, elle invite son interlocuteur à répercuter cette transfiguration dans le monde par l’acquisition de l’Esprit saint, but même de la vie chrétienne selon Séraphim de Sarov.
Les Actes des Apôtres rapportent que saint Paul fut choqué à la vue de tant d’idoles dans la ville d’Athènes. Il fut pourtant surpris et heureux de découvrir un autel portant l’inscription : « Au dieu inconnu » (Actes 17, 23). N’est-ce pas ce « dieu inconnu » que recherche l’art dans son foisonnement d’ombres et de lumières ? L’essentiel est de retrouver une vision pure, de se libérer de la « cataracte » que représente le matérialisme excessif, autant d’idoles qui retiennent l’homme prisonnier. L’art reflète la vie !
Michel Quenot, L’Icône, Fenêtre sur le Royaume
Quand l’amour du Christ
atteint le cœur des humains
les yeux de l’âme
s’ouvrent et pour la première fois
voient
le cœur du monde :
Le Créateur
faisant pénitence
devant sa créature,
sans cesse se penchant
dans l’abîme pour restaurer
le don de la Vie que
les humains
laissent toujours échapper
de leurs mains...
alors
humiliés jusque dans l’Abîme
ils élèvent leurs mains dans leur corps
et leur corps dans leur cœur jusqu’à ce que
restent tendues vers Dieu
les seules mains de l’amour
les paumes transpercées du Christ
seules en état de recevoir
et de garder
le ciel
dans
l’humain...
Marius Iordăchioaia, Le cœur du monde

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