Ajouté le: 5 Juin 2012 L'heure: 15:14

Les gestes qui nous sanctifient

Les gestes qui nous sanctifient

Parfois nous souhaitons réaliser dans notre vie des œuvres grandioses, admirables, et nous réfléchissons comment y parvenir. Nous souhaitons laisser « quelque chose » à la postérité,  de sorte que nos noms soient commémorés même après notre départ de cette vie, grâce à ces choses exceptionnelles que nous aurons réalisées. C’est un désir tout à fait légitime, non condamnable. Nous avons tous besoin de nous sentir épanouis. Cependant devant notre faiblesse, nous renonçons et nous sommes déçus, l’échec étant suivi par la tristesse, le goût de la défaite.  

Mais nous oublions les petits gestes vraisemblablement non significatifs aux yeux de certains, mais qui en réalité sanctifient nos vies : un chauffeur de bus s’arrête pour attendre une dame qui court pour l’attraper, une personne laisse sa place dans le métro à une autre, ou bien donne un coup de main à celui qui est trop chargé des bagages.

Tout geste qui apporte un instant de paix à notre prochain attire la bénédiction de Dieu et sanctifie nos vies.  Ce sont des gestes simples, de bienveillance, à la portée de chacun.

Nous oublions, par ailleurs, que le non jugement envers les actes de l’autre peut lui rendre la paix, voire le faire redécouvrir la foi. Ce n’est pas mon jugement qui va changer quelque chose dans le cœur de l’autre, mais justement mon non jugement. Si vraiment tu te soucies de lui, prie pour lui, mais ne t’inquiètes pas, Dieu en personne veille sur lui. Le centenier Corneille1 vénérait le dieu des juifs mais en même temps il se montrait charitable. C’est grâce à ses aumônes qu’il est parvenu à connaître Dieu en Jésus Christ, ce qui a fait s’exclamer le saint Apôtre Pierre:

« En vérité je reconnais que Dieu ne fait point de favoritisme. Vous savez, leur dit‑il, qu’il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ou d’entrer chez lui; mais Dieu m’a appris à ne regarder aucun homme comme souillé et impur. Mais qu’en toute nation celui qui le craint et qui pratique la justice lui est agréable ».2

Tous ceux qui ne croient pas en Jésus Christ, qui vénèrent manifestement un autre dieu, peuvent en même temps se montrer charitables, amis des hommes, accueillants, doux. Le jugement appartient exclusivement à Dieu. Et le salut aussi, appartient toujours à Lui. Toute tentative de justification devant Dieu pour avoir jugé autrui sera vaine, car le jugement de Dieu suit une tout autre logique : « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, j’étais nu, et vous m’avez vêtu, car j’étais fatigué et vous m’avez reposé, j’étais triste et vous m’avez donné de la joie ».

Un extrait de Nicolae Steinhardt illustre parfaitement ceci : « Nettoie ta cour, réjouis t’en et ne t’en fais pas de la saleté que tu voies chez ton voisin. Car entre lui et ses ordures il peut y avoir une relation cachée, des émotions que tu ignores, des sentiments que ton cœur ou ta raison ne devinera jamais »3.

Les œuvres admirables ne se réalisent pas par elles‑mêmes, d’un coup, mais elles sont la somme d’une série de petites œuvres mises toutes ensemble, rassemblées. Que mon souci soit plutôt d’observer dans quelle mesure j’arrive, ou je suis arrivé, à travers mes faits et gestes, à me faire « échelle » pour l’autre, pour que l’autre puisse lui aussi arriver à la connaissance de Dieu :

« Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt. 5, 14).

Mon épanouissement se réalise par mon prochain à travers ces petits gestes. Ne pas en tenir compte, c’est comme essayer de rassembler tout un tas de choses dans un sac sans fond, pour remarquer en fin de compte que tout n’est que gâchis. Il est impossible de se sauver tout seul en faisant abstraction les uns des autres :

« Toute haine, toute aversion, tout manque de compassion, de compréhension, de bienveillance, de sympathie, tout comportement qui n’est pas au niveau de la grâce et de la finesse d’un menuet de Mozart… est un péché et une saloperie ; non seulement le crime, la blessure, le pillage, l’insulte ou le mépris, mais aussi toute vulgarité, déconsidération, tout regard méchant, toute indisposition viennent du diable et gâchent tout ».4

Iuliana Trancă, Paris

Notes :

1. Actes des Apôtres, 10, 1‑5 : « Il y avait à Césarée un homme nommé Corneille, centenier dans la cohorte dite italienne. Cet homme était pieux et craignait Dieu, avec toute sa maison; il faisait beaucoup d’aumônes au peuple, et priait Dieu continuellement. Vers la neuvième heure du jour, il vit clairement dans une vision un ange de Dieu qui entra chez lui, et qui lui dit: Corneille! Les regards fixés sur lui, et saisi d’effroi, il répondit: Qu’est‑ce, Seigneur? Et l’ange lui dit: Tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu, et il s’en est souvenu. Envoie maintenant des hommes à Joppé, et fais venir Simon, surnommé Pierre ».
2. Actes des Apôtres 10, 28 ; 10, 34‑35
3. Nicolae Steinhardt, Des enseignements, « Maintenant je sais, j’ai appris aussi …»
4. Nicolae Steinhardt, Idem.

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