Mère Théodora racontait qu’un moine effrayé par le nombre des tentations se dit: « Il faut que je m’enfuie ailleurs pour échapper aux épreuves ». Quand il eut chaussé ses sandales, il vit près de lui un autre homme qui chaussait également ses sandales et qui lui dit: « Où que tu ailles, je t’accompagne ». Ce personnage était en réalité le diable qui le suivait et le tentait partout.
Mère Théodora dit encore: « Efforcez-vous d’entrer par la porté étroite ! Les arbres, s’ils ne passent pas l’hiver, ne peuvent donner des fruits, et, pour nous aussi, ce siècle est l’hiver; nous ne pouvons avoir part au Royaume des cieux qu’en traversant beaucoup d’épreuves et de tentations ».
Mère Théodora, Sentences, collection égyptienne
Marthe croit que son frère ressuscitera au dernier jour. Jésus lui répond: « Je suis la Résurrection ». La Résurrection n’est pas une réalité purement eschatologique, projetée dans l’ultime futur. La Résurrection est, d’une certaine manière, une réalité déjà donnée; déjà elle existe. Et c’est la Personne du Sauveur qui, dès maintenant, est la cause et la puissance de la résurrection des morts. Non par l’imagination ou la mémoire, mais par l’union au Christ, nous rejoignons, en ce moment même, ceux que nous avons aimés et qui ont quitté la terre.
« Je vous laisse ma paix. Je vous donne ma paix ». Jésus donne sa paix. Il ne la prête pas. Il ne la reprend pas. La paix qui est en Jésus (« ma » paix) devient la possession définitive des disciples. Je puis, au début de chaque jour, m’établir dans la paix de Jésus, quelles que soient les alarmes que ce jour apporte.
Le Sauveur donne à ses disciples sa paix au moment même où Il va entrer dans sa Passion. C’est devant la vision de la souffrance, de la mort immédiates, qu’Il proclame et communique sa paix. Si Jésus, à cette minute, demeure le Maître de la paix, la force de cette paix n’abandonnera pas le disciple dans de moindre orages.
Un moine de l’Eglise d’Orient, Jésus, simples regards sur le Sauveur
A chacun je voudrais donner mon âme
Afin que se rassasient les affamés,
Que soient vêtus ceux qui sont nus, que soient
désaltérés ceux qui ont soif,
Et que les sourds entendent la Bonne Nouvelle.
Depuis le ciel qui tonne dans le murmure de la brise,
Tout me commande: « Donne jusqu’à ta dernière piécette ».
Mon âme est pleine à déborder
De la plénitude grave d’une expérience sacrée.
Et j’ai oublié si, en un si grand nombre,
Il existe encore ce que tous appellent « je ».
Il n’existe plus que l’essor de l’amour, la pauvreté
Et la pulsion de la totalité.
Sainte Marie la Nouvelle (Skobskova), Pulsion de la totalité
Aveugle, stupide et étroit d’esprit que j’étais ! Et enserré dans les sangles du bon sens le plus lamentable. Comment ai-je pu m’imaginer que le Christ Dieu à qui il a été donné de s’incarner et de mourir sur une croix semblable à celle du plus malheureux et du plus indigne d’entre les mortels, nous demanderait de lui donner de notre superflu ou du peu de notre avoir, ou même cet avoir entier ? Comment ne serions-nous pas appelés à des actes si simples, tellement propres à ce monde, c’est-à-dire tellement possibles ? Est-ce que Paul Claudel ne nous définit pas Dieu par cette parole: « Pour quoi avez-vous peur ? Je suis l’impossible qui vous regarde » ? Le Christ, par conséquent, nous demande même cela: l’impossible – donner ce que nous n’avons pas.
Mais écoutons Michaux: dans le monastère où il souhaitait être reçu se présenta un candidat au monachisme. Il confessa au starets: « Sachez, Père, que je n’ai ni foi, ni lumière, ni être, ni courage, ni confiance en moi-même et que je ne peux pas m’aider moi-même, et les autres encore moins; je n’ai rien ». Naturellement il aurait dû être aussitôt repoussé. Toutefois le starets lui répond: « Qu’est-ce que cela peut faire! Tu n’as pas la foi ? Tu n’as pas la lumière ? En les donnant aux autres, tu les auras toi aussi. En les cherchant pour autrui, tu les obtiendras également pour toi-même. Ce frère, ce prochain et ton semblable, tu dois l’aider avec ce que tu n’as pas. Va: ta cellule est dans ce corridor, la troisième porte à droite... ». «...Avec ce que tu crois ne pas avoir, mais qui existe, et qui sera en toi. Plus profond que la profondeur de ta poitrine. Plus mystérieuse, plus recouverte, plus limpide, la source impétueuse qui circule sans obstacle, demandant, invitant au partage. »
Oui, seulement ainsi pouvait parler un serviteur du Christ, du Mystérieux: paradoxal (comme Il nous l’a toujours enseigné: si tu veux diriger, sers; si tu veux être le premier, humilie-toi; si tu veux sauver ton âme, perds-la pour moi; si tu veux recouvrer l’innocence, reconnais-toi coupable) et stupéfiant (si tu donnes ce que tu n’as pas, tu recevras toi aussi ce que tu as donné aux autres).
En donnant ce que nous n’avons pas, nous obtenons, par ricochet, ce que – par une provocation inouïe – nous avons osé donner à autrui. Leçon valable pour tout chrétien, clerc ou laïc. Pour le moine en particulier. Qu’il ne s’inquiète pas, qu’il ne s’effraye pas, qu’il ne se tourmente pas, le moine qui se sent intérieurement vide, dévasté par l’incoyance et la faiblesse, prisonnier des ténèbres et de la sécheresse; qu’il ne fasse pas la moindre attention à tout cela. Tentations du désespoir, de la vile malice du mauvais en personne. Qu’il donne à ceux qui viennent à lui – dans sa cellule, dans le jardin du Monastère, sur la véranda de l’higoumène, à la porte du sanctuaire – de trouver la foi, la force, la lumière et une pincée d’espérance – ce qu’ils attendent de lui et ce qu’il sait très bien que, en cet instant, il peut arriver qu’il n’ait pas. Qu’il le leur donne. Et, en le leur donnant, cela rejaillira sur lui aussi, il lui sera fait miséricorde à lui aussi de l’aumône faite à autrui...
Voilà le paradoxe chrétien dans toute sa plénitude, sa splendeur et sa vertu. Mais voilà également la promesse extraordinaire: en donnnant ce que tu n’as pas, tu recevras ce que tu as su donner du vide de ton être. Le don surnaturel rejaillit sur toi, revient vers toi comme un boomerang, comme un rayon de lumière projetée par le miroir – et il t’enrichit, te comble, te bouleverse.
N. Steinhardt, En donnant tu recevras. Paroles de foi

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