La pauvreté du Seigneur... „ « Seul Dieu pauvre peut nous aider, seul Lui le petit pauvre peut nous pardonner... » Je reviens toujours à cette pensée dite par mère Floare et j’en cherche le fondement dans la parole de Hans Urs von Balthazar au sujet de l’amour pauvre de Dieu.
Se peut-il que Dieu soit pauvre? Je me le demande. Cela se peut – c’est ce que je me réponds. Notre argument ne repose pas seulement sur la naissance dans la grotte de Bethléem mais, plus que partout ailleurs, dans les souffrances et la crucifixion au Golgotha. Ici a été démontrée avec plus de puissance, avec plus de force, sa pauvreté. Qu’est-ce que la kénose, l’abnégation de soi, de sa divinité, si ce n’est s’appauvrir de bon gré de la puissance et de la gloire que le Fils de Dieu a eues « avant que le monde fût ? » Que sont les paroles prononcées sur la Croix sinon une imploration humaine abyssalement située entre le Père et l’Homme ? Comment peut-on comprendre le fait que le cadavre du Christ a été placé dans un tombeau d’emprunt, sinon comme suprême pauvreté ? Comment comprendre le geste de Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, et celui de Joseph d’Arimathie, sinon comme des gestes de miséricorde venant de l’être humain et adressés à Dieu? Gestes du pauvre amour de l’être humain devant l’amour de Dieu, riche en humble pauvreté ?
Sur la Croix, le Christ s’est fait pauvre en divinité. Par cette pauvreté Il s’est enrichi en sa propre humanité, en sa qualité de Dieu incarné. Son riche amour pour l’être humain procède de cette qualité même d’Homme pauvre, d’Homme des douleurs... « Il n’avait ni forme ni beauté pour attirer nos regards, ni apparence pour exciter notre amour. Il était méprisé et abandonné des hommes, homme de douleurs et familier de la souffrance, comme un objet devant lequel on se voile la face, en butte au mépris, nous n’en faisions aucun cas » (Isaïe 53, 2-3).
Le Chemin de Croix. Souillé de crachats, hué, gifflé, fouetté, comme un agneau à l’abattoir, le Christ est sur la route du Golgotha. Judas l’a vendu, Pierre l’a abandonné, les autres disciples sont en fuite ou cachés par peur des Judéens. Seules les femmes donnent preuve de courage et de virilité : elles suivent le Maître jusqu’à la mort. Sans peur, vainquant et confondant le monde pour les siècles. Dans le vacarme au milieu duquel les hommes-soldats fouettent le Christ, les apôtres et les disciples sont très loin du Golgotha (deux d’entre eux seront bientôt, épouvantés, sur la route d’Emmaüs), les femmes sont près de Lui. Marie, sa mère, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, Salomé et « beaucoup d’autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem » (Marc 15, 41), « les femmes qui L’avaient accompagné depuis la Galilée » (Luc 23, 49).
Les femmes (en premier lieu) sont celles qui se frappent la poitrine, celles qui pleurent; les femmes sont celles qui se sont tenues près de la Croix et qui ont regardé quand on L’a mis au tombeau. Elles viendront toutes à l’aube pour oindre son corps de parfums et auront leur part de la preuve de la Résurrection: le tombeau vide. En pleine défection du système patriarcal, parmi ces femmes se fait sentir la présence de cinq hommes: Jean, l’apôtre et évangéliste, le soldat près de la croix, Simon de Cyrène, Joseph d’Arimathie et – tout à la fin – un pharisien, qui avait passé la nuit entière à discuter avec le Christ de la nouvelle naissance: Nicodème. Combien peu nombreux pour un Christ qui s’est incarné sous forme masculine et qui a eu douze apôtres masculins!
Père Ioan Pintea, Notes d’un prêtre de campagne
La prière du Christ au jardin de Gethsémani est la plus noble de toutes les prières par sa force et sa puissance expiatrice pour les péchés du monde... Le Christ a inclus l’intégralité de la race humaine dans cette prière, depuis Adam le premier, jusqu’au dernier être humain à naître d’une femme. Il nous manque la connaissance existentielle d’un tel amour et ainsi le sens nous en est en permanence caché. Vainqueur dans l’éternité, l’amour du Christ implique sur le plan terrestre une souffrance extrême. Personne n’a jamais connu une souffrance telle que celle que le Christ a endurée. Il est descendu jusqu’en enfer, dans l’enfer le plus torturant de tous, dans l’enfer de l’amour...
Quoique l’accent ne soit pas mis sur la souffrance physique du Christ mis en croix, la douleur corporelle fait que l’agonie à Gethsémani est à tous égards totale.
Chaque être humain, à qui Dieu accorde le rare et redoutable privilège de connaître – ne serait-ce que dans une mesure réduite – l’agonie de la prière du Christ au jardin de Gethsémani, atteindra peu à peu et de façon torturante une conscience et une conviction de la résurrection de sa propre âme, ainsi qu’un sentiment de victoire incontestable et définitive du Christ. Il connaîtra que « le Christ, une fois ressuscité des morts, ne meurt plus; la mort n’a plus d’empire sur Lui » (Romains 6, 9). Et à l’intérieur, son propre esprit va chuchoter: « Mon Seigneur et mon Dieu... Par la grâce de ton amour qui dépasse toute pensée, je suis passé moi aussi, ô Christ, de la mort à la vie ».
Archim. Sophrony, La prière de Gethsémani, in « Voir Dieu tel qu’Il est »
Sauver, sauvegarder – c’est-à-dire rendre quelqu’un sain et sauf, le rendre sain (saint) – signifie le libérer du joug de la mort et de l’enfer, de cette vie morte que nous confondons trop souvent avec la vie; du meurtre d’autrui et du suicide et – sans doute – de l’assassinat de Dieu. L’homme est créé de rien et s’il se laisse dominer par la peur qui le fait fuir, désespérée ou paroxystique, il se réfugie dans l’illusion, les visions, ou bien dans une lucidité sans issue, qui conduit à l’apparition de l’amour blessé.
Le Christ descend dans l’enfer et la mort, dans les ravins ténébreux ou est torturée l’humanité, pour arracher aux ténèbres chacun en particulier et l’humanité entière. Le Christ fait de toutes les blessures de notre âme, qu’Il identifie à ses propres blessures, autant de sources de lumière – lumière de la vie, lumière du Saint Esprit. A Cana, le Christ transforme en vin toutes nos énergies et les embrase au feu de l’Esprit. Il offre la terre aux vivants, à ceux qui n’enfouissent pas leurs talents et, au contraire, les multiplient. Le salut n’est pas seulement salutaire : il est pneumatisant, et vivifiant.
Olivier Clément, Commentaire de la prière « Roi céleste »
Textes choisis par Daniel Chira, Londres

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