Flânerie spirituelle à travers le nord de l’Olténie
Au début du mois d’août, une vingtaine de jeunes, membres de l’association Nepsis, mais pas exclusivement, avons pris part à un pèlerinage au cœur de l’Olténie, occasion pour nous de „rentrer chez nous”, de nous détendre, de faire connaissance les uns avec les autres, mais aussi de mieux nous connaître nous-mêmes, de voir de nouveaux lieux et de nouvelles personnes, de nous sentir plus près de Dieu. Nous avons eu comme guides Monseigneur Joseph, Monseigneur Timothée et le père Iulian Nistea.
Un bon début
Notre aventure a commencé le 9 août, au soir, lorsque nous nous sommes rencontrés à l’Église Stavropoléos de Bucarest, pour nous familiariser les uns avec les autres et pour établir les derniers détails du voyage. Les moniales nous ont préparé un cadeau: la visite du musée du monastère. Nous y découvrons son histoire et des objets portant la marque du temps et des prières de nombreuses générations: d’anciens Évangiles et des livres de prières, des icônes, mais aussi des objets ethnographiques.
Voyage avec péripéties
Le lendemain matin, nous avons pris la route de bonne heure avec beaucoup d’enthousiasme. Après quelques émotions liées au rassemblement du groupe dans les gares de Râmnicu Vâlcea et de Târgu Jiu, nous arrivons à Tismana, d’où nous devons monter vers le lieu où nous allons camper durant six jours: l’ermitage de Poiana Frumoasă (la Belle Clairière). Nous montons assoiffés d’air pur et pleins d’entrain, d’autant plus que nous n’avons plus le soin des bagages lourds: les moniales ont pris nos sacs à dos en voiture. Nous découvrons l’ermitage Cioclovina de Jos. Ravie de voir des invités, une moniale nous ouvre la porte de l’ermitage qui se trouve sous le patronage des Saints Archanges Michel et Gabriel. Nous y entrons tous, à tour de rôle, pour vénérer les icônes et prier, car l’église est minuscule, spécialement conçue pour une petite communauté, comme celle des ermites cachés du monde qui prient pour nous.
Après avoir rechargé nos batteries spirituelles, mais aussi après nous être reposés et avoir pris de l’eau de source, une eau comme nous n’en avions plus bu depuis longtemps, nous continuons notre route par le sentier qui serpente dans la forêt
Notre maison pendant quatre jours
Nous voilà dans la Belle Clairière, endroit qui porte bien son nom: devant nos yeux s’ouvre un beau panorama de collines. Mais pressés par le soleil qui se couche, nous ne pouvons en profiter pleinement, car il est temps de dresser nos tentes, tâche qui n’est point aisée pour tous, en effet certains ne s’y sont encore jamais adonnés. Mais le travail en équipe nous sauve. Puis, sur la longue table en bois de la clairière, un excellent repas nous attend, que les moniales nous ont préparé: une poêlée aux champignons. Tout nous rappelle notre enfance et nous avons l’impression de revivre nos premières années de vie, d’autant plus que les enfants venus avec leur famille passer quelques jours à l’ermitage se lient d’amitié avec nous et nous font entrer dans leur jeu.
La lutte avec « la bête »
La nuit n’a pas été la plus calme pour tous, car certains n’avaient pas l’habitude de dormir sous une tente, d’autres ont été effrayés par les grondements d’une bête qui s’est avérée le lendemain n’être qu’un petit chien très sympathique. Le matin au réveil nous étions entourés par un troupeau de moutons qui traversait la clairière. Nous nous préparons pour la Divine Liturgie célébrée par Monseigneur Joseph dans la petite église de l’ermitage. Nous participons tous aux chants, les uns plus doués, les autres plus en sourdine et nous écoutons attentivement l’homélie. Nous nous sentons plus près de Dieu et les uns des autres dans l’air frais du matin.
Travail en équipe et entretiens spirituels
Après le petit déjeuner nous établissons le programme: nous allons aider nous aussi, selon nos forces, à la construction du nouvel ermitage. Les garçons vont bêcher le sol pour la fondation d’une maison qu’habiteront les moniales et apporteront de l’eau de la source qui se trouve en bas, dans la vallée, et les filles vont ramasser des pierres de construction et vont faire preuve de leur talent en cuisine, en aidant à la préparation des repas. Facile à dire, mais pas si facile à faire, car pour des gens qui vivent comme nous, en ville, le travail n’est pas facile, mais des résultats visibles commencent à apparaître, entre nous se nouent des relations d’amitié et l’enthousiasme règne.
Vers le soir nous nous reposons activement au cours d’un entretien spirituel avec Monseigneur Joseph. Nos questions concernent le carême, la confession, les relations avec le prochain et nous écoutons les réponses pleines de grâce de notre Archevêque. La discussion est fluide, loin des rigueurs d’une salle de conférences et nos âmes donnent l’impression de se mettre à parler.
Les jours coulent doucement
Nous instituons une tradition qui va être respectée tous les soirs passés à l’ermitage: des entretiens spirituels autour d’un feu de camp. Les jours se déroulent lentement, pleins d’aventures et il nous semble que la clairière devient de plus en plus le „chez nous”. Le trou pour la fondation devient de plus en plus profond, le tas de pierres s’agrandit, quelques filles deviennent expertes dans la manipulation du marteau frappeur, nous dressons la table et mangeons ensemble, nous explorons les alentours, nous nous réjouissons des paysages que nous allons garder dans nos âmes, nous avons des discussions spirituelles ou entre amis, assis autour du feu de camp, nous guettons les étoiles filantes et chantons des chansons populaires.
Le dernier soir arrive, il ne veut plus finir. Nous prions Iulia de chanter encore pour nous. Nous ne pouvons pas nous lasser de son riche répertoire. Il n’y a que Marius qui tienne le pas avec elle, avec quelques romances et chansons populaires... Le point culminant de la soirée est l’invention d’une histoire1 qui anime tout le monde. Nous nous en amusons copieusement, même si les quelques psychologues du groupe ont commencé à l’analyser et le verdict n’en est pas des plus optimistes.
À Tismana pour la fête du monastère
Le lendemain, la séparation de la clairière qui était devenue notre maison, de la petite église et des moniales Filofteia et Antonia, même si nous allions les revoir le lendemain, en bas, au Monastère de Tismana pour la fête de la Dormition de la Mère de Dieu, est douloureuse. Arrivés dans la vallée, nous avons été saisis par le contraste entre le silence dans lequel nous avions vécu pendant quelques jours et l’entrain des grils de barbecues et des haut-parleurs des fêtards.
Malgré tout, le monastère nous attend en habits de fête et les pèlerins qui remplissent la cour du monastère sont venus fêter ensemble notre Souveraine et Impératrice. Tous tiennent des cierges dans leurs mains qu’ils allument lors du chant de l’exapostilaire de la Dormition de la Mère de Dieu, moment qui remémore le Vendredi Saint. Le lendemain nous assistons à la Liturgie pontificale, célébrée par Monseigneur Irénée, accompagné par un groupe de prêtres. Le chœur des moniales nous fait penser à un chœur d’anges, l’homélie nous éclaircit sur le sens de la fête.
Chez Brancusi
Nous sommes invités à table au monastère et puisqu’au voyageur suit la route, nous continuons notre voyage au cours duquel nous allions découvrir d’autres monastères d’Olténie. Le point suivant est Crasna, mais nous ne pouvons pas passer à côté de Târgu Jiu rendre visite à Brancusi chez lui – à Hobita et, à Târgu Jiu, sans passer par la Porte du Baiser, en nous réconciliant avec nous-même et avec les autres, à côté de la Table du Silence, plongeant dans les chuchotements du silence et suivant du coin de l’œil la Colonne sans fin, dressant nos pensées vers les cieux.
Au cours de notre voyage qui nous aide à mieux connaître nos racines nous nous arrêtons au Musée d’architecture populaire de Curtişoara, une vraie archive des maisons d’Olténie, dominée par la Cula2 de Curtişoara.
Un riche itinéraire
Il fait déjà nuit lorsque nous arrivons au monastère de Crasna, mais la fatigue paraît annihilée par la joie des événements et de la rencontre avec Monseigneur Timothée qui nous rejoint. Après le dîner préparé par les moines, nous nous mettons à parler jusque tard dans la nuit. Le lendemain nous participons à la Divine Liturgie dans la petite église du monastère bâtie au XVIIème siècle.
Nous poursuivons par la visite de l’impressionnante Grotte de la Femme puis nous arrivons au Monastère de Polovragi. Les moniales nous font une belle présentation de l’église, œuvre de Constantin Brâncoveanu et représentante du style « Brâncovenesc ». La beauté de la nature nous appelle à visiter aussi les Gorges de l’Oltet et la grotte de Polovragi. Sur la route, Monseigneur Timothée répond à nos questions par des paroles remplies de sagesse.
De vieux monastères et des lieux de rêve
Nous voilà au Monastère Hurez où pendant le dîner, servi dans le réfectoire aménagé en plein air, nous jouissons d’une magnifique vue sur les collines qui entourent le monastère. Nous savourons le vert des forêts et le coucher du soleil, en sentant agréablement les chuchotements du vent du soir. Nous y serions restés, mais nous devons aller nous reposer, car une nouvelle page de notre voyage nous attend: le monastère de Bistrita, l’un des plus anciens foyers monacaux de notre pays. Nous y découvrons le musée, avec des icônes anciennes et des tapisseries. Malheureusement il fait nuit et nous ne pouvons plus visiter la grotte de Saint Grégoire le Décapolite, qui se trouve à proximité. Nous visitons ensuite la Saline Ocnele Mari, une vraie citadelle souterraine en sel et nous nous arrêtons à la « Maison du Pèlerin », près du Monastère de Curtea de Argeş. Le lendemain nous visiterons l’œuvre de Saint Neagoe Basarab.
Surprise à Curtea de Argeş
C’est le dernier jour de notre séjour et nous croyions que le plus beau était déjà passé lorsque nous avons visité le monastère et l’Archevêché. Nous avons vu la légende de Manole sur les impressionnantes fresques des murs du salon de réception. Mais une autre surprise nous attendait aussi: le monastère rupestre Corbii de Piatră. Les peintures de l’ermitage enfermé dans le silence et l’éternité du rocher qui l’abrite datent du début du XIVème siècle. L’higoumène nous raconte avec beaucoup de joie l’histoire du monastère.
Même s’il n’était pas inscrit sur notre programme nous arrivons aussi au monastère Robaïa. Caché par les forêts et les collines d’Argeş, il a été victime de beaucoup de tristes événements qui lui ont imposé le nom. Nous quittons avec regret ces lieux, nous nous séparons à grand peine de Monseigneur Timothée qui nous bénit, et nous dirigeons vers le dernier point de notre excursion: Buneşti. Nous y découvrons un lieu inédit où un groupe d’architectes enthousiastes font perpétuer les techniques de construction traditionnelles.
Le moment des adieux est arrivé. Nous sommes tous tristes, mais spirituellement remplis, et ravis des amitiés fraîchement liées, désireux de continuer notre pèlerinage dans la vie, en nous réjouissant de ce qui va suivre.
Andreea Şerban et Mihaela Ungureanu, Bucarest
Notes :
1. « Récit des vacances à la montagne », qui peut être lu également dans ce numéro de la revue.
2. Cula Cornoiu à Curtisoara, monument historique construit en 1745, représentant une maison fortifiée ayant pour but de défendre ses habitants des invasions tatares et ottomanes. Abrite aujourd’hui un musée ethnographique, dans ses alentours on trouve un musée en plein air d’architecture folklorique régionale. (n.tr.)

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