Une rencontre avec le Père Syméon Cossec sur la prière et la sainteté
Nous partons de Paris samedi matin. Malheureusement le temps change et quand nous arrivons au monastère il pleut. Nous déjeunons avec les moines et les moniales. Le repas est suivi par une discussion avec le Père Syméon.
Le Père nous raconte les origines du monastère. Le tout début est toujours difficile surtout quand ce début demande de quitter totalement sa vie antérieure et ne laisse aucune possibilité d’y revenir. Mais en tenant compte du conseil reçu de la part du Père Sophrony : quand on se trouve devant un abîme et il n’y a pas de moyen de retourner en arrière on n’a qu’à prier Dieu et sauter, Père Syméon a fait ce saut. Ce saut a été à l’origine du Monastère Saint Silouane il y a vingt ans. Par la volonté de Dieu et avec la bénédiction de son père spirituel et du Père Sophrony, Père Syméon avec un autre moine et une moniale ont fondé le monastère Saint Silouane en août 1990. La vie simple mais dure du début était similaire à celle menée par les communautés monastiques constituées par Saint Colomban, un saint qui a converti la Gaule et la majeure partie de l’Europe Occidentale au VIème siècle. Comme à l’époque, la communauté du monastère est mixte étant composée par des moines et des moniales. Les moines et les moniales habitent des bâtiments séparés et les seules rencontres ont lieu à l’église lors des offices ou aux repas. Aujourd’hui il y a peu de choses qui rappellent la précarité du début : les bâtiments ont été refaits et équipés avec des moyens modernes. A son tour la communauté est aujourd’hui plus nombreuse comportant 17 membres.
Une fois finie l’histoire du Monastère on continue avec un dialogue sur la prière. Comment faut-il prier ? Est-ce qu’il faut se concentrer sur les paroles des prières ?
Père Syméon parle de plusieurs étapes de la prière. Au début on fait attention aux paroles de la prière, mais l’étape la plus avancée est celle de la descente de l’esprit dans le cœur. Le problème est que souvent on n’arrive même pas à se concentrer sur les mots de la prière. La plupart du temps nous ne faisons pas vraiment attention aux mots et nous disons les prières mécaniquement. Afin d’éviter cela il faut dire plusieurs fois les prières, il faut s’entraîner dans la prière. Par exemple, nous disons 100 fois par jour « Seigneur miséricorde », mais c’est à peine 10 fois que nous faisons attention à ce que nous disons.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles nous n’arrivons pas à nous concentrer sur la prière. Quels sont les obstacles rencontrés ? Par la prière nous parlons avec les Saints et avec Dieu même. La prière est une rencontre avec Dieu. Quand on cherche Dieu, ce n’est pas que Dieu que l’on trouve, mais aussi le diable. Le diable n’a bien sûr pas d’intérêt à nous laisser parler avec les Saints, à nous laisser rencontrer Dieu, mais tous les pièges ne viennent pas du diable. Par exemple, il travaille d’une manière assez fine : il nous envoie des pensées qui peuvent sembler bonnes, mais en même temps nous avons nos propres pensées liées aux soucis de ce monde qui nous empêchent de prier.
Il n’est pas facile de se libérer des soucis du monde afin de prier. Avant de commencer les offices il convient donc de prendre quelques minutes pour préparer son cœur à la prière et pour demander la grâce de Dieu afin de pouvoir prier. Il faut chasser tous les soucis et toutes les pensées qui nous empêchent de prier et arrêter toute autre activité. Mais nous-mêmes nous ne pouvons pas prier sans l’aide de l’Esprit Saint. Toute prière est une coopération avec Dieu, la Mère de Dieu et les Saints. Il faut lutter et supplier Dieu d’écarter de nous la colère et tout autre sentiment et pensée qui nous empêchent de prier.
Pourquoi Dieu ne nous accorde-t-Il parfois pas ce qu’on Lui demande à travers nos prières ? Eh bien, si Dieu ne nous l’accorde pas c’est tout simplement parce que ce n’est pas bon pour nous, même si nous ne nous en rendons pas compte. Mais parfois Dieu ne nous accorde pas ce qu’on Lui demande parce que notre demande cache en fait un peu d’orgueil, qu’on en soit conscient ou pas, par exemple, un prêtre qui veut convertir à l’Orthodoxie les tribus de l’Afrique mais qui ne le fait pas pour la gloire de Dieu mais pour sa vaine gloire. Dieu ne l’accorde pas parce que ce n’est pas bon pour lui, il sera perdu.
Comment est-ce que l’on peut discerner notre volonté de celle de Dieu ? La pire erreur est de croire que l’on est en train de faire la volonté de Dieu en faisant en fait la nôtre. Avant de commencer toute chose il faut demander la grâce de Dieu. En plus, nous nous dépêchons toujours. Nous n’avons pas le temps d’attendre Dieu. Parfois Dieu ne répond pas tout de suite. Il nous demande de la patience… Mais nous ne l’avons pas, nous voulons la réponse au plus vite. En revanche Dieu a de la patience avec nous. Il nous donne un rendez-vous et nous attend et si on n’est pas là Il nous donne un deuxième et un troisième rendez-vous et ainsi de suite jusqu’à la mort. Heureusement le Christ est très têtu. Si l’on persévère dans la prière et que l’on a de la patience on entendra dans nos cœurs la voix du Seigneur et l’on connaîtra Sa volonté. Comment fait-on la différence entre la voix du Seigneur et celle du diable ? Si le message vient vraiment du Dieu alors on se réjouira dans Sa paix, tandis que s’il vient du diable, bien au contraire on sera troublé.
Souvent aux novices Dieu fait un beau cadeau : Sa grâce, comme Il l’a fait d’ailleurs à Saint Silouane. Et même si ceux-ci n’ont rien fait pour la mériter, pour un temps ils vont se réjouir de la grâce du Seigneur. Mais après ce début il y a une période d’épreuves où Dieu semble S’éloigner. Par exemple, Saint Silouane a reçu dès le début un grand cadeau : il a vu le Christ vivant. Mais après la discussion qu’il a eue avec l’higoumène il a reçu une pensée d’orgueil et a commencé à croire qu’il avait atteint un niveau spirituel élevé. A cause de cette pensée il a perdu la grâce. Dieu l’a quitté.
Beaucoup de novices qui entrent au monastère ont une expérience similaire et beaucoup partent pendant cette période car ils tombent en proie au désespoir. Plus le don de Dieu est important, plus la souffrance causée par sa perte est grande. Mais Saint Silouane est resté et il a continué à crier vers Dieu et à pleurer. Et un jour après quinze ans Dieu lui a parlé et le message qu’il a reçu de la part de Dieu a été de tenir son esprit en enfer et ne pas désespérer. L’enfer n’est rien d’autre que l’absence de la grâce de Dieu. Cette période est laissée par Dieu afin que nous nous humiliions, car la grâce ne peut habiter que le cœur humilié et brisé. Ce n’est qu’après avoir enlevé l’orgueil qu’il y a de la place pour Dieu. Il faut continuer à prier, à crier et à gémir vers Dieu même pendant cette période de sécheresse de nos vies et il faut garder l’espoir que Dieu nous entendra un jour. Bienqu’on n’en soit pas conscient, Dieu est à nos côtés même pendant cette période et nous porte dans Ses bras.
Puis viennent les Vigiles. Pourra-t-on entrer dans l’Esprit de prière comme le Père Syméon nous l’a conseillé ? Après les Vigiles le Père Syméon confesse ceux qui le veulent. Malheureusement, la pluie nous empêche d’explorer la forêt qui nous entoure.
En revanche, dimanche matin la pluie s’est arrêtée. Nous nous préparons pour la Divine Liturgie ainsi que la nature tout entière. C’est le dimanche de Tous les Saints et le sermon du Père Syméon porte sur la sainteté. Il y a plusieurs types de Saints : il y a des Saints martyrs et des fols en Christ, il y a des Saints anargyres, des Saints guerriers (comme Saint Georges et Saint Démétrios) ou des Saints ermites. Parmi les femmes il y a également des Saintes myrrhophores ou des Saintes ermites. Il y a une diversité de dons, mais le même Esprit. En effet, à l’un est donné par l’Esprit le don d’opérer des miracles; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, la prophétie; à un autre, le don des guérisons (1 Cor 12 : 4-11). Qu’est-ce que la sainteté ? Qui est le saint ? La sainteté est par excellence une caractéristique de la divinité. Dieu seul est saint d’après le témoignage de la Divine Liturgie : « Un seul est Saint, un seul est Seigneur » et encore « Tu es Saint, parfaitement Saint ». Alors qui sont les Saints ? Un saint est une personne comme nous-mêmes, un pécheur, mais cette personne cherche la beauté de Dieu. Un saint est une personne qui a été pénétrée par la beauté de Dieu et qui fait se refléter cette beauté sur monde.
Nous sommes tous appelés à devenir saints et nous avons tous cette capacité. Dans nos âmes nous portons tous cet appel à la sainteté car la sainteté est le but suprême de l’être humain.
Le chemin vers la sainteté ? La sainteté est une collaboration de la volonté divine avec la volonté humaine. Avant tout il faut désirer être saints, prendre la croix et suivre le Seigneur. Dieu ne nous demande pas l’impossible même s’il peut sembler ainsi. Le chemin vers la sainteté n’est pas une course, mais sur ce chemin on avance à pas de poule, chacun selon ses propres forces. Parfois il nous semble que l’on n’arrive pas du tout à avancer mais Dieu nous attend. Ce qui est important c’est de trouver la volonté de s’inscrire sur ce chemin et ensuite la grâce de Dieu nous aidera et nous fortifiera. Comme les saints il faut chercher à nous unir au Christ et faire se refléter Sa beauté sur monde.
Avant notre départ le soleil fait une apparition timide et certains d’entre nous cueillent des cerises pour la route après en avoir reçu la bénédiction. Mère Théodora nous offre à tous un verre de jus et nous accompagne aux voitures. Nous rentrons à Paris en gardant une petite goutte de sainteté dans nos âmes.
Raluca Prelipceanu, Paris

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