Il faut que nous parvenions à l’amour de Dieu, pour que notre cœur bondisse. Jusqu’à ce que vienne l’amour de Dieu, il faut combattre sans arrêt. Ensuite, on ne veut plus ni manger ni dormir, comme l’abbé Sisoès. Quand l’amour de Dieu s’empare de l’homme, alors il accède à une folie divine. Quel dommage que le monde ne le comprenne pas !
L’homme qui a atteint l’état de l’amour divin est comme un petit chat qui fait la culbute et se frotte à tes pieds ; il se roule par terre et les lèche ; toi aussi, abasourdi par l’amour du Christ, tu agis de même aux pieds du Christ. Quand l’amour de Dieu s’abat sur l’homme avec une grande intensité, l’homme se dissout. Les gros os deviennent mous comme des cierges. Quand l’homme arrive jusqu’à l’amour divin, il est comme enivré. Il est captivé par l’amour divin et ne peut s’occuper de rien d’autre. Il devient indifférent à tout, comme celui qui, après s’être enivré, apprit que sa maison brûlait. Il resta indifférent et rétorqua : Laissez-la brûler ! C’est pour cette raison qu’il n’est pas bon que l’homme demeure longtemps dans cet état spirituel.
Saint Païssios l’Athonite
L’amour de Dieu est par nature une chaleur. Quand il fond sans mesure sur un homme, il jette son âme dans l’extase. C’est pourquoi le cœur de celui qui l’a éprouvé ne peut le contenir ou le supporter sans qu’un changement inhabituel n’apparaisse en lui, proportionné à l’intensité de cet amour. Tels sont les signes sensibles de cet amour : le visage de l’homme s’enflamme, il rayonne de joie, et son corps est pénétré de chaleur. La crainte et la honte le quittent, et il devient comme hors de lui-même. La puissance qui rassemble l’intellect l’abandonne, il est comme hors d’esprit, la mort redoutable lui est une joie, et la contemplation de son intellect, captivé par la vision des choses célestes, ne connaît plus d’interruption. Lui-même n’est pas aux cieux, mais il parle comme s’il y était, demeurant caché aux yeux de tous. Sa connaissance et sa vision naturelle ont disparu, et il n’a plus conscience de se mouvoir parmi les choses terrestres. Même s’il fait quelque mouvement, il n’en a aucune conscience, car son intellect est ravi dans la contemplation et sa pensée est toujours en conversation avec un Autre.
Saint Isaac le Syrien, Discours 24
Rien n’est plus douloureux que d’avoir l’amour du Christ dans ce monde. C’est une lutte aux dimensions cosmiques.
Un jour, un homme de passage au Mont Athos posa cette question à plusieurs startsi : Qu’est-ce qui importe le plus dans notre vie ? A chaque fois on lui répondit : C’est l’amour divin ; aimer Dieu et aimer son prochain. Il dit : Je n’ai pas d’amour, ni pour la prière, ni pour Dieu, ni pour les autres. Que faire ? Et puis, de lui-même, il décida : Je vais faire comme si j’avais cet amour. Trente ans plus tard, l’Esprit-Saint lui a donné la grâce de l’amour.
Archimandrite Sophrony, De Vie et de l’Esprit

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