Cette histoire s'est passée il y a de nombreuses années déjà, dans un Jardin merveilleux, choisie par la Toute Sainte Mère de Dieu, appelé le Mont Athos, en Grèce. Là vivent de nombreux moines ; soit dans des monastères, ou dans de plus petites habitations appelées Kalyves, parsemées dans la nature si belle, entre le ciel et la mer... Mais cet événement, et bien d'autres encore tout aussi étonnants, arrivent encore de nos jours sur la Sainte Montagne ou en tout lieu de la terre où vivent des personnes habitées par une grande foi en notre Seigneur Jésus Christ, car la grâce de Dieu ne peut s'empêcher d'arroser le cœur des hommes et d'agir dans leurs vies, là où la prière sincère et chaleureuse ne cesse d'être murmurée et accompagne chacun de nos jours.
Un moine expérimenté dans la vie monastique, avait accueilli dans son humble lieu de vie, un jeune novice*, qui avait un grand désir de connaître le chemin qui mène vers le Seigneur et comment il est possible de le suivre.
Un matin, peu de temps après son arrivée, le moine fit cette recommandation à son jeune disciple :
– Surtout, dis bien la Prière de Jésus* !
– Je la dis, Géronda*, mais sans rien comprendre !...
– Tu sais, le diable, lui, il comprend bien et il s'enfuit devant les mots de la Prière !
– Mais comment, moi, je vais la comprendre ?
– Bon, mon enfant, alors que faire ? Veux-tu au moins voir un miracle ?
– Oh oui ! Je veux voir un miracle, Géronda !
– Bon, alors je vais prier Dieu qu'il fasse un miracle pour toi, pour que tu comprennes la puissance de la Prière !
Il faut dire ici, qu'à chaque fois qu'il avait une demande spéciale auprès de Dieu, le bon moine se préparait pendant plusieurs jours, avec le jeûne et surtout la prière ardente.
Donc l'Ancien pria et se mit à jeûner, pendant trois jours.
Après ce temps, il retrouva le jeune moine et lui dit avec douceur :
– Viens un peu ici mon enfant. Voilà, prends un panier, monte là-haut à la source et remplis-le d'eau.
– Géronda, pardonne-moi, mais as-tu bien toute ta tête ? Tu veux vraiment que je remplisse le panier d'eau, le panier tressé en osier et ajouré ?
– Eh bien mon enfant, n'as-tu pas dit que tu voulais voir un miracle pour constater la puissance de la Prière ? Tu ne veux plus ?
– Oh si, Géronda !
– Alors, fais ce que je te dis, mon enfant, mais tu diras la Prière, surtout tu dois dire la Prière sans cesse.
– D'accord, que cela soit béni, Géronda !
Voilà le disciple partit, grimpant paisiblement la colline, en disant doucement la Prière : « Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi... Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi...» Plus il montait le petit chemin escarpé et plus la prière devenait régulière ; les mots résonnaient dans tout son corps, et un sentiment très doux commençait à envahir sa poitrine.
Arrivé à la source, il plongea le panier dans l'eau fraîche. La Prière continuait à se dérouler doucement sur ses lèvres. Il faut dire aussi que, pendant ce temps-là bien sûr, dans sa cellule, l'Ancien priait Dieu de faire un miracle pour son disciple...
Le panier commença à se remplir lentement ; lorsqu'il fut plein il le tira de l'eau et le tenant par son anse, il s'aperçut qu'aucune goutte ne coulait ni ne tombait !....
Tout surpris, il s'élança et partit tout joyeux pour le montrer à son Ancien et lui dire : « Regarde Géronda, le panier est plein d'eau ! » Malgré son émotion et sa vivacité, il continuait à dire sans cesse la Prière... « Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi » ...
Mais voici qu'en chemin, le diable lui apparaît, prenant l'apparence d'un simple homme, très gentil
et souriant, qui lui dit :
– Où vas-tu, jeune moine ?
– Je vais chez mon Ancien.
– Et comment s'appelle-t-il ?
– Georges.
– Tu es moine depuis combien de temps ?
– Oh, je suis novice chez mon Ancien depuis plusieurs mois !
– Et quel travail fais-tu donc ?
– Je fais des sceaux à prosphores*.
Et voilà ! Pendant qu'il répondait aux questions de l'homme, la Prière s'est enfuie de son cœur et l'eau commença à s'échapper peu à peu du panier, à couler de plus en plus jusqu'à ce qu'il n'en reste plus une seule goutte ! Il s'est laissé distraire, il a parlé, échangé des paroles superficielles tout en abandonnant la Prière et il est arrivé chez son Ancien le panier vide !
En le voyant, le Géronda lui dit :
– Que s'est-il passé, mon enfant ?
– Géronda, il s'est passé qu'en revenant avec le panier plein d'eau, j'ai rencontré quelqu'un qui m'a demandé bien des choses, il avait l'air aimable et je lui ai répondu !...
Après avoir entendu ce qui lui était arrivé, l'Ancien ressentit de la tristesse dans son cœur car le jeune moine s'était privé d'un grand bienfait...
– Mon enfant, tu as délaissé la Prière, c'est pourquoi l'eau s'est écoulée ! Tu vois, quand tu disais la Prière, le panier contenait l'eau, elle donnait la force à l'eau de rester dans le panier, mais quand tu as cessé et commencé à te disperser en paroles inutiles, l'eau s'est mise à couler !...
Le jeune disciple comprit son erreur et surtout constata de ses propres yeux la force de la Prière. Il fut bien affermi dans sa foi et la joie dans son cœur, il continua à vivre chaque jour, peu importe ce qu'il faisait, des travaux manuels, prendre son repas ou se reposer, suivre les offices à la chapelle ou lire, il mit toute son attention à dire la Prière, la douce Prière de Jésus...
Nous aussi, enfants et plus grands, dans notre vie de tous les jours, où que nous soyons, quoique nous fassions, essayons de dire, de murmurer, ou dans le silence de notre cœur « Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi » ; même seulement le doux Nom « Seigneur Jésus Christ »... le plus souvent, le plus régulièrement possible. Et nous serons étonnés de voir combien nous sommes aidés en beaucoup de choses dans notre vie et combien nous sommes aimés par ce saint Nom !
Texte composé par Hélène Dragone à partir d'un exemple cité par l'Ancien Éphrem de Katounakia (éditions l'Âge d'Homme, 2003)
*Novice : personne qui débute dans la vie monastique avec le souhait de devenir moine ou moniale. La période du noviciat dure généralement plusieurs années.
*Prière de Jésus : Prière courte utilisée par les chrétiens orthodoxes sous forme répétée, « Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi » ou selon d'autres variantes « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur »... Il s'agit d'un moyen d'éloigner les pensées, de purifier son cœur et de se « connecter » en tout temps à Dieu.Pour dire cette prière on s'aide d'un chapelet orthodoxe, souvent réalisé en laine noire, sur chaque grain est prononcé la prière de Jésus.
*Géronda : mot issu du grec signifiant « ancien ». Souvent père spirituel, le Géronda est un moine expérimenté qui a acquis la sagesse, le discernement suffisant pour conseiller et diriger d'autres chrétiens.
*Prosphore : pain préparé spécialement avec de la farine blanche, de la levure et de l'eaupour être offert lors de la liturgie dans le Sacrement eucharistique (pain pour la communion). Il est formé de deux parties circulaires collées l’une sur l’autre pour signifier les natures divine et humaine unies sans confusion dans la Personne du Christ. La partie supérieure porte l’image de la Croix. Sur les 4 petites parties sont inscrites les lettres grecques IC XC NI KA, une abréviation signifiant « Jésus Christ est vainqueur ». Les empreintes sur les prosphores sont réalisées avec des sceaux en bois.

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