Pensées pour les pèlerins
À la lumière de la Résurrection du Seigneur, nous sommes rassemblés pour la septième fois en pèlerinage autour des reliques de saint Jean Cassien. Je souhaite la bienvenue à tous, à ceux qui viennent de loin ou de près et vous remercie pour votre effort et votre fidélité.
Comme vous le savez déjà, notre pèlerinage annuel se déroule avec la bénédiction de notre père le Métropolite Joseph, présent chaque année parmi nous ; et avec l’aide et l’amour de l’Archevêque catholique Georges Pontier et de Père Philippe Rast, le recteur de cette paroisse Saint-Victor ; mais surtout avec la protection de Dieu et celle de saint Jean Cassien, que nous vénérons avec amour durant ces jours.
C’est une grande joie d’être à nouveau rassemblés et de voir que de nouveaux visages se rajoutent cette année encore, comme un fruit béni des pèlerinages précédents. Certainement cette grande joie est aussi dans les cieux, car selon le psalmiste : « Voyez qu’il est bon et doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! (…) c’est là que le Seigneur envoie la bénédiction et la vie pour toujours » (Psaume 132, 1-3). Nous sommes donc rassemblés avec foi et amour, dans l’église de l’Abbaye Saint-Victor à Marseille, qui abrite les reliques de saint Jean Cassien. Nous sommes venus au nom de notre Seigneur Jésus Christ et de l’amour pour saint Jean Cassien, pour recevoir la bénédiction et la grâce de Dieu, mais aussi pour nous enrichir spirituellement du grand héritage que nous a laissé cet homme merveilleux.
J’ai essayé de trouver un sermon spécial de saint Jean Cassien qui puisse nous « toucher », en nous réveillant à la conscience que l’enseignement de l’Église est vivant, tout comme Dieu est vivant, lui qui nous le transmet et qui est avec nous. Notre pèlerinage et nos actions de grâce autour des Saintes Reliques sont non seulement des actes de dévotion et de foi, mais aussi un enrichissement éternel de nos âmes et ainsi, une union avec Dieu, qui est, je le répète, vivant et toujours en synergie avec nous.
J’ai choisi un apophtegme raconté par saint Jean Cassien, sur Abba Jean, higoumène d’un grand monastère : « Désirant aller vers Dieu avec joie et zèle, les frères l’entourèrent en lui demandant de leur laisser comme héritage un mot bref pour leur Salut, pour les aider à s’approcher de l’accomplissement dans le Christ. Alors Abba Jean leur dit : je n’ai jamais suivi ma volonté, ni enseigné à quelqu’un une chose que je n’ai jamais faite auparavant ». Nous voyons que l’histoire est courte, mais pénétrante et pleine de profonds sens spirituels. Tout d’abord il faudrait peut-être retenir le fait que pour AbbaJean, pour saint Jean Cassien, comme d’ailleurs pour tous les pères spirituels, une parole de conseil pour le Salut était plus précieuse qu’un trésor. Ils avaient compris l’importance capitale du Salut et le désiraient, en le recherchant. Ils avaient réalisé que, même si le chemin à suivre est général, valable pour tout le monde, consistant tout simplement à suivre le Christ, ce chemin pouvait et devait être appliqué à la vie particulière de chacun. Et comme ils avaient raison ! Nous avons peut-être perdu à travers le temps leur ardeur infatigable, et c’est pour cela que nous regardons avec admiration l’exemple de leur vie, en priant Dieu de nous accorder, à travers eux, notre Salut.
Arrêtons-nous un moment sur l’enseignement : « je n’ai jamais fait ma volonté », car, j’ose dire, que nous faisons souvent le contraire. Nous faisons presque toujours ce que nous voulons et, de plus, nous croyons que c’est un droit que nous avons. C’est comme si quelque chose dans notre nature libre nous poussait à réclamer notre droit, celui de faire ce que nous voulons. Et même si peut-être nous ne pouvons pas toujours faire ce que nous voulons, contraints par certaines conditions extérieures, nous désirons certainement le faire.
Contrairement à cette tendance, si naturelle et affirmée dans notre monde, voici le véritable chemin : ne pas accomplir à tout prix notre volonté, mais chercher à connaître et accomplir la volonté de Dieu.
Nous nous demandons peut-être pourquoi il nous est parfois si difficile à vivre ? Pourquoi rencontrons-nous tant d’obstacles ? Voici la réponse : parce que nous faisons notre volonté.
Regardons maintenant quel exemple nous a laissé le Christ ? Avant de vivre la crucifixion Il a prié le Père : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne » (Luc 22, 42) ; en parlant aux Juifs qui le tentaient souvent, Il a dit également : « … Je ne cherche pas à faire ma propre volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jean 5, 30) ; lorsque les disciples Lui ont demandé de leur apprendre à prier, Il leur a révélé de dire : « Notre Père … Que ta volonté soit faite sur la Terre comme au ciel » (Matthieu 6, 10) ; Il a dit encore à d’autres personnes qui voulaient lui parler : « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère » (Matthieu 12, 50) et, c’est seulement celui qui « ... fait la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Matthieu 7, 21) qui rentrera dans le Royaume des cieux. Les exemples pourraient continuer, mais je vais m’arrêter ici, en citant les paroles insufflées par le Saint-Esprit au saint Apôtre Paul, nous apprenant à chercher l’amour qui : « …ne cherche pas son intérêt » (1 Corinthiens 13, 5).
Ainsi, si nous voulons notre Salut, nous ne devons pas rechercher notre volonté, mais nous livrer à Dieu et lui dire : « Que ta volonté soit faite » et accomplir tout ce qu’Il va nous dire de faire, en suivant ainsi le conseil de la Mère de Dieu (Cf. Jean 2, 5). C’est cela le chemin du Salut, si accentué dans les pages des Saintes Écritures et dans les enseignements des Saints Pères.
Saint Jean Cassien nous apprend clairement que le Salut est sans doute le fruit de l’obéissance et de l’étreinte de notre propre volonté. « Par la mortification de ses propres désirs – dit saint Cassien – sont déracinées et affaiblies toutes les passions, et par la chasse des passions se développent et grandissent les vertus et l’on acquiert la pureté du cœur, par laquelle on arrive à la perfection de l’amour apostolique ».
Je finirai par un autre parole d’enseignement de saint Jean Cassien qui nous dit : « par l’obéissance, – le chrétien – désire arriver à l’humilité du Christ, qui est la véritable noblesse ».

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