Ajouté le: 6 Mars 2014 L'heure: 15:14

Accord et désaccord

En général les hommes cherchent à comprendre pourquoi ils sont malheureux, pour quelle raison ils sont malades, pourquoi ils n’arrivent pas à se marier, pourquoi ils ne peuvent pas avoir d’enfants ? Et la liste de telles questions, d’ailleurs légitimes, peut continuer indéfiniment. Et alors apparaissent de façon inévitable les questions suivantes : où est Dieu dans tout cela ? Pourquoi me laisse-t-Il me tourmenter ainsi ? Pourquoi ne fait-Il rien pour m’aider s’Il est Tout-puissant et surtout si l’on dit de lui qu’Il nous aime ? Et ainsi, très souvent, nous cherchons à donner avec notre raison des réponses logiques, pertinentes à ces questions. Pour l’homme croyant toutefois les choses se simplifient d’elles-mêmes : il sait que « la vie spirituelle ne se déroule pas sur le plan du mental, sur le plan de ses préjugés et de ses connaissances théoriques : je suis d’accord, pas d’accord, c’est correct, non c’est illogique.

L’importance n’est pas d’être d’accord ou non ; l’importance c’est de ne pas se situer dans le mental. Vivre par le mental signifie vivre dans le temps et amène à demander : quand ? Jusqu’à quand ? Pourquoi moi/à moi ? »1 . « Pour nous, nous avons reçu non l’esprit du monde, dit le saint apôtre Paul, mais l’Esprit issu de Dieu, pour connaître ce que Dieu nous a donné par sa grâce. Et nous en parlons, non avec des paroles qu’enseigne la sagesse humaine, mais avec celles qu’enseignent l’Esprit, en exprimant ce qui est spirituel avec un langage spirituel. Mais l’homme naturel ne reçoit pas les réalités de l’Esprit de Dieu, car elles sont folies pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est par l’Esprit qu’on en juge »2 . Lorsque l’on n’oppose pas de résistance et que l’on s’abandonne, on se laisse porter et guider par la main de Dieu, on trouve la paix de l’âme. Sachons et ayons confiance que Dieu prend soin de nous. On comprend que la vie d’ici-bas n’est pas la seule réalité : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, et qui n’est pas monté au cœur de l’homme, c’est cela que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment »3. Ceci ne veut pas dire que la vie d’ici-bas ne doit pas être vécue et que l’on ne doit pas s’en réjouir. Le problème est que nous voulons qu’elle soit d’une certaine sorte et qu’elle ne l’est pas. La meilleure façon est de se laisser guider par la main de Dieu, certes il ne résoudra pas instantanément les problèmes auxquels nous pouvons être confrontés dans notre vie (maladie, souffrance, épreuve). Ceux-ci peuvent continuer à constituer des réalités très concrètes, mais ils peuvent être dépassés, et plus même que dépassés : vaincus sur un autre plan, notamment sur le plan de la foi. Un chant de l’office des défunts dit : « Vous qui dans le monde avez suivi la voie étroite et douloureuse4; vous qui avez porté la Croix comme un joug et qui m’avez fidèlement suivi, venez recevoir les couronnes et les honneurs célestes que Je vous ai préparés »5. Dieu sait que cette vie d’ici-bas est parsemée de difficultés, de faiblesse, d’épreuves, Lui-même expérimentant de façon concrète tout cela6. Mais il y a également une récompense pour l’homme qui a fait preuve de patience. La patience du croyant est louée et récompensée, à la fois ici sur terre et dans la vie future7. Ici-bas, parce qu’elle fortifie l’esprit, l’homme « sort de l’égoïsme et s’ouvre à Dieu »8 et aux hommes. S’ouvrir à Dieu signifie en réalité Le trouver9. Car l’égoïsme, une excessive confiance dans ses propres forces et dans sa propre sagesse, constituent ce qui nous retient le plus souvent de demander de l’aide à autrui, qu’il s’agisse de notre prochain ou qu’il s’agisse de Dieu lui-même. « Dieu en tant qu’amour », dit Père Stàniloae, « œuvre sans cesse avec amour. Or l’amour ne fait aucun mal. Penser que Dieu est la cause des maux et de la mort est une erreur essentielle, une véritable injure à son égard »10. Alors, que faire ? « Il est nécessaire de trouver la vigilance, la prière silencieuse, l’adoration silencieuse ; vivre par la prière, non par le mental. Celui qui s’abandonne ressemble à un miroir. Le miroir n’a pas de préférence, il n’opère pas de discrimination : refléter celui-ci et non cet autre. Celuiqui se soumet, se soumet en tout, simplement et purement, non parce qu’il est d’accord ou parce que cela lui paraît logique, mais parce qu’il s’abandonne purement et simplement à la Providence ».11 Et pour arriver à ne plus conditionner le bonheur et l’accomplissement de sa vie propre ou personnelle par quelque chose ou par quelqu’un, il faut apprendre à aimer Dieu en premier. Il est Tout. De quoi peut bien manquer celui qui a « le Tout », c’est-à-dire celui qui a Dieu. Dieu se propose comme solution à tout problème de l’homme, de quelque nature qu’il soit (spirituel ou corporel) : « Voici : Je suis à la porte et Je frappe ». Donc, « qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » et ensuite qu’il ouvre…

Notes :

1. Dan Popovici, La main de Dieu, Revue Sinapsa, n° III, éd. Platytera, p. 161.
2. 1 Corinthiens 2, 12-14
3. 1 Corinthiens 2, 9
4. Dans les sentences des pères du désert, il est dit: « On demanda à l’abbé Ammonas : ‘ Qu’est-ce que cela signifie : la voie étroite et resserrée (Mat. 7, 14) ?’ Il répondit : ‘la voie étroite et resserrée’, c’est égruger ses pensées et renoncer à sa propre volonté pour l’amour de Dieu. Et c’est là aussi ce qui est signifié par la parole : Voici nous avons tout quitté pour te suivre (Mc 19, 27). » (Ammonas 11).
5. Strophe de l’evloghitaire des défunts.
6. Quelle explication logique, rationnelle, aurait pu trouver la Mère de Dieu à tout ce qui arrivait à son Fils ? Elle n’a pas cherché à trouver une logique aux injustices faites à son Fils et elle n’a demandé à personne son opinion à ce sujet. Elle a tout reçu avec foi. Sa réponse fut dès le début et jusqu’à la fin de sa vie la même : « Voici la servante du Seigneur. Qu’il m’advienne selon ta parole, Seigneur ». Son amour inconditionnel pour Dieu dépassa la joie (celle d’être la Mère de Dieu) et la tristesse (la mort de son Fils sur la croix), parce que l’amour inclut les deux, étant en fait au-delà.
7. « A celui qui sera vainqueur Je donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme J’ai moi-même vaincu et Je siège avec mon Père sur son trône » (Apocalypse de Jean 3, 21).
8. Dumitru Staniloae, Dogmatique, vol. I, p. 509
9. « Surtout quand on se sent annihilé par le fardeau d’une épreuve, il est bien de consoler les autres dans leur épreuve. Donner un peu de soi aux autres quand à l’intérieur même on n’a plus rien, signifie donner un peu de la part de Dieu et Le trouver ». Ainsi le larron trouva Dieu près de la Croix. Bien qu’il fût dans les mêmes tourments que le Sauveur, toutefois il trouva la capacité de Le défendre devant l’autre larron qui L’insultait. Le larron s’est oublié lui-même sur le moment et trouva Dieu. La réponse du Seigneur fut très rapide : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ! »
10. Dumitru Stăniloae, Dogmatique, vol. I, p. 508.
11. Dan Popovici, ouvrage cité, p.164

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