Le dimanche 16 juin 2013, après une souffrance de plusieurs semaines, notre père en Dieu l’archimandrite Justin (Pârvu) a quitté cette vie transitoire et est entré dans son repos avec le Seigneur, qu’il aima et dont il témoigna par toute sa vie.
Le Père Justin (Pârvu) est né au village Poiana Largului – Călugăreni (Petru Vodă), province de Neamţ, le10 février 1918. Il entra au monastère de Durău (Neamţ) en 1936, et fut aumônier militaire sur le front oriental pendant la seconde Guerre mondiale. Il fut emprisonné de 1948 à 1964. Il fut accueilli à nouveau dans la vie monastique au monastère de Secu, province de Neamţ, et, de 1975 à 1991, au monastère de Bistriţa.
En automne 1991, il posa la pierre de fondation du monastère de moines Petru Vodă (Neamţ), et en 1999, il entreprit la construction du monastère de moniales de Paltin (Neamţ).
Dans les lignes qui suivent, nous présentons aux lecteurs, pour honorer sa mémoire, un entretien réalisé avec le père Justin (Pârvu) en 2009.
Entretien avec le Père Justin (Pârvu) du monastère des Saint-Archanges Petru Vodă, province de Neamţ
Révérend Père higoumène Justin, nous savons que, de saint Siméon le Nouveau Théologien jusqu’à nos jours, les maîtres spirituels se font de plus en plus rares ; aujourd’hui, alors que nous sommes témoins d’une grande sécheresse spirituelle, comment reconnaître encore un maître spirituel ? Les saints Calixte et Ignace Xantopoulos présentaient trois critères : qu’il soit éminemment bienveillant, humble en pensée et doux dans tout son comportement...
Il est difficile de trouver un maître spirituel, mais nul besoin de se fatiguer pour le reconnaître. Celui qui cherche vraiment un maître spirituel, le moment venu, le reconnaîtra intuitivement. L’âme sent à qui elle doit faire confiance, car Dieu est Celui qui, dans le cœur, met de l’amour pour celui qu’il a été établi que nous devons suivre. J’attendais seulement de sortir de prison pour voir Père Païssié Olaru. Mon cœur brûlait en moi de le voir. Aussi, une fois libéré, me suis-je rendu directement à la cellule de Père Païssié, et j’ai attendu deux jours à sa porte qu’il me reçût à la confession. Depuis lors, pendant huit ans, je ne me suis plus écarté de l’enseignement chaleureux de Père Païssié. Il m’envoya d’abord au Père Cléopas Ilié, mais, auprès de celui-ci, je ne sentis pas autant de soulagement spirituel. La relation entre le disciple et le père spirituel est très forte et beaucoup de miracles peuvent se faire en son nom. Toutefois, il ne suffit pas que le maître soit instruit : il faut encore qu’il soit du même esprit que le disciple.
Révérend Père Justin, qu’avez-vous surtout appris du Père Païssié Olaru?
L’humilité et l’amour du prochain. Il était d’une chaleur et d’une tendresse d’âme rarement rencontrées. Le Père Païssie n’était jamais fatigué par les gens, au point qu’il s’oubliait lui-même.
Est-il bien, de nos jours, de chercher encore des maîtres spirituels, ou non?
Il est bien d’acquérir soi-même un peu de discernement spirituel, car viennent des temps où non seulement on ne pourra plus trouver de guide, mais on ne trouvera même pas une parole de l’Écriture ou des saints Pères. Les saints Pères jusqu’à présent recommandaient d’enseigner selon les Écritures et les écrits des saints Pères, mais viennent des temps où même cela fera défaut.
Mais, en attendant ces temps?
Jusque-là, apprenez par les fruits. En prison nous avions continuellement à l’esprit le Paraclisis à la Mère de Dieu et d’autres acathistes, qui nous furent d’une grande aide. La vraie prière ne se fait pas au monastère, même si l’on y dispose de toutes les conditions extérieures convenant à la contemplation et à la prière. Nous, en prison, privés des beautés de ce relief des monts des Carpates, nous nous trouvions seulement entre quatre murs, entre lesquels nous restions pendant dix ans et ne voyions pas un rayon de soleil par la fente des grilles. Et, quand nous montions éventuellement pour voir un rayon de soleil, le gardien était sur notre dos et nous donnait une pénitence de cinq jours d’arrêt sévère, de sorte que nous n’en sortions pas en bonne santé. Eh bien, cette souffrance était un véritable état monastique. À la base du monastère, il y a la souffrance ; veut-on vivre chrétiennement, veut-on s’approcher de Dieu ? Il faut s’efforcer d’atteindre ces louanges qu’offre l’Église, de façon à ne plus les dire seulement des lèvres, mais de les vivre par la chaleur de la grâce et les transformer en esprit ; dématérialiser cette parole, que, pour le moment, nous marmonnons en nous hâtant de terminer au plus vite les offices, en chantant la divine Lturgie de la façon la plus saccadée, alors qu’on devrait oublier tout souci mondain. Par conséquent, chez le moine, la vie et la souffrance éveillent la prière. Le respect des règles et des canons, sans cette expérience, engendre la dispersion et éteint l’esprit de prière. Dieu n’a pas besoin qu’on Lui récite des prières, et Il veut que les paroles de la prière deviennent transparentes.
Mais la Prière du cœur, la Prière de Jésus, ne vous a-t-elle pas aidés là-bas?
Je ne disais pas cette prière, parce qu’au pénitencier d’Aiud, c’est seulement au bout de deux ou trois ans qu’on a eu un contact avec d’anciens détenus – Virgil Maxim, Vasile Marin, Valeriu Gafencu et d’autres – qui avaient vraiment cultivé la Prière du cœur. Pourtant, l’essentiel de la prière se fondait sur cette prière orale. Mais il n’y avait pas que des détenus politiques de cette sensibilité ; parmi ces jeunes légionnaires, il y en avait également d’autres couleurs politiques, qui n’avaient rien à faire de la vie chrétienne, et n’étaient pas préparés à la Prière du cœur : ils ne savaient même pas le Notre Père. Même des ministres avec lesquels je suis resté un an et demi, comme le général Arbore, ou le ministre Maresh, qui était ministre des Communications, n’avaient pas pris la peine d’apprendre le Notre Père, le Credo ou le « Il est digne en vérité... », en cinquante ou soixante ans.
Bienheureux Père, comment voyez-vous la résurrection spirituelle du monachisme, aujourd’hui?
Elle se produira en même temps que la résurrection du christianisme. Le monachisme est un membre du christianisme, et il s’affaiblit en même temps que celui-ci. Nous sommes arrivés au point où les moines sont devenus comme des laïcs, et les laïcs comme des démons. La chrétienté est très affaiblie et je ne sais pas si elle se redressera.
Pour quelle raison la vie spirituelle ne peut-elle se relever de nos jours?
Parce que s’est affaibli l’amour entre frères et qu’on ne se comprend plus d’homme à homme. Et sans unité, comment reconstruire quoi que ce soit?
Que faire pour garder l’amour et l’unité entre nous les hommes?
Il faut beaucoup de prière, car la prière entretient une bonne intelligence entre nous. Actuellement, pourtant, nous nous soucions davantage de ce qui est matériel que de ce qui est spirituel. Auparavant, les forces du mal étaient liées par la prière des grands spirituels ; leur prière avait une grande puissance. Et Dieu n’a pas encore chassé la puissance de Satan, car le monde n’est pas préparé... La force du diable réside dans nos passions et nos fautes.
Que faut-il faire pour fortifier la foi et endurer tout ce qui va nous arriver ? Nous savons d’après les prophéties des saints que, si les chrétiens endurent les malheurs qui viennent, ils seront plus grands que leurs prédécesseurs. Et le bienheureux Père Arsène l’Hagiorite ose dire que « beaucoup de saints auraient voulu vivre en notre temps ».
En pensant à la mort. N’est-ce pas la vocation propre au moine et au chrétien que d’être prêt à partir ? Ils ont cette vocation ! Qu’on vive ou comment l’on vit, ce n’est pas intéressant... De plus en plus, les hommes sont difficiles, leur vie intellectuelle et leur pouvoir de jugement s’affaiblissent. Eh, il y a beaucoup à dire, mais il est onze heure et l’horloge sonne l’office des matines...
Nous vous remercions, révérend Père Justin ; bénissez-nous!
Dieu nous bénisse !
Que le Seigneur le pardonne et lui accorde le repos ! Mémoire éternelle ! Amen !
Avec toute notre gratitude et notre reconnaissance, Stelian Gomboş

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