L’icône, fenêtre sur le vrai Dieu
Le dimanche de l’Orthodoxie était attendu cette année avec une ferveur particulière par tous les fidèles de Rome. Ceux qui l’avaient fêté l’année passée attendaient de revivre ces moments inoubliables, quand plus de 1500 personnes environ, venues de toutes les paroisses roumaines de Rome et des environs, le cœur sur les lèvres et remplis d’une émotion indescriptible, attendaient à l’entrée de la cour de l’Evêché le début de la procession; ceux qui n’avaient pas pu participer déjà à l’événement – mais avaient été impressionnés par l’ampleur de l’événement, par ouï dire, ou parce qu’ils l’avaient vu sur Trinitas TV – attendaient également avec impatience de pouvoir, cette année, y prendre part.
Le beau temps de la première semaine de Carême, quand toutes les églises résonnaient tendrement et calmement du canon de saint André de Crète, leur avait donné courage à tous pour se préparer avec un zèle particulier à la journée de dimanche. Au cours de la semaine déjà les fidèles avaient choisi les icônes du Seigneur, de la Mère de Dieu et des saints qu’ils porteraient dimanche à la procession de l’Evêché. Chaque paroisse avait préparé la plus belle icône patronale, digne d’être portée dans la plus importante procession de l’année: l’icône – fenêtre vers le vrai Dieu; l’icône – image du Dieu vivant; l’icône – incarnation de la sainteté; c’est pour cette raison que la sainteté rayonnait de toutes les icônes en ce dimanche de l’Orthodoxie !
Les Orthodoxes, nous croyons et témoignons que l’icône est, non pas du bois ou de la couleur, c’est-à-dire la matière dont elle est faite, mais l’expression de la sainteté. Elle manifeste la sainteté où elle s’enracine depuis l’incarnation de Dieu, comme le Fils de l’Homme s’enracine dans la divinité de Dieu le Père. En ce dimanche de l’Orthodoxie 2011, nous contemplions la beauté du Seigneur non seulement des yeux de notre âme, mais également des yeux de notre corps, dans le Christ ressuscité, dans le Dieu vivant, qui a fait le ciel et la terre.
Les vêpres du samedi soir, chez nous, à l’Evêché, furent suivie de la catéchèse de Monseigneur Silouane sur le thème De qui, de quoi sommes-nous affranchis au baptême? A quoi, à qui nous sommes-nous unis? – Les promesses du baptême. Ensuite chacun, l’âme tranquille et jouissant d’une paix particulière, tournait ses pas vers la maison, et nous nous demandions quel temps il ferait le lendemain. Nous espérions un temps ensoleillé, pour pouvoir plus facilement rendre gloire à Dieu en ce dimanche de l’Orthodoxie, tellement attendu. Dès la première heure, le matin, quand nous avons tourné nos pas vers la petite église, pour y faire la proscomédie et préparer ce qui est prévu pour la Divine Liturgie, nous avons vu dehors qu’il pleuvait pour de bon, le vent soufflait impitoyablement et même avec une force impressionnante, il semblait qu’arrivait une tempête: il n’y avait pas le moindre espoir de beau temps. Dieu mettait à l’épreuve notre foi...
Le visage lumineux des fidèles, qui depuis la première heure déjà attendaient tranquillement dans l’église, nous a donné du courage: il était inimaginable de renoncer à la procession à cause de la pluie; est-ce que la pluie n’était pas connue de Dieu? est-ce que le vent ne soufflait pas avec la bénédiction du Seigneur?
La Divine Liturgie avec Monseigneur Silouane a été une vraie bénédiction et une vraie consolation, même si pendant la moitié de la célébration nous avons dû confesser les fidèles désireux de pouvoir communier aux saints Mystères en ce début de Carême: mais nous n’avons pas pu ne pas nous réjouir de la Divine Liturgie selon saint Basile le Grand; il semblait qu’il était passé beaucoup de temps depuis que nous n’avions pas entendu cette anaphore si profonde et si belle de saint Basile, anaphore qui nous rappelle toute l’histoire du Salut de l’être humain, depuis Adam jusqu’à nos jours.
L’homélie de notre évêque a donné courage et espoir à l’âme des quelque cent personnes présentes à la Divine Liturgie, et la lettre pastorale du Saint-Synode a été reçue par le Peuple avec grande joie, tous contribuant avec générosité à la collecte pour le Fonds Central Missionnaire.
A l’issue de la célébration, les paroissiens de la chapelle de la Dormition de la Mère de Dieu à l’Evêché attendaient de voir comment nous nous organisions pour la procession. Dehors il pleuvait de plus en plus fort, le vent ne se calmait pas même tant soit peu. Dans leurs yeux leur regard paraissait dire: il ne convient pas que nous renoncions à la procession; pour Dieu il faut que nous sortions ! Insensiblement, sans que nous nous en rendions compte, les voitures ont commencé à remplir l’aire de stationnement; il fut bientôt comble, la route depuis la porte d’en bas et jusqu’à la Colline de l’Evêché s’était animée d’icônes, des centaines de personnes courageuses gravissaient la colline... Ce n’était pas le Golgotha; pour toutes ces personnes c’était la Résurrection, sur leurs visages on voyait la lumière de la joie, les regards des saints sur les icônes illuminaient les visages des hommes, la Lumière du Christ illuminait le visage de tous. Sans m’y attendre, j’ai entendu une vieille femme dire à voix haute: Comme c’est beau, ici ! On se croirait à Pâques !
Quand la cour de l’église s’est trouvée aux combles, Monseigneur Silouane a pris la parole et nous a recommandé à tous d’avoir le courage d’avancer avec le Seigneur en procession, de ne pas avoir peur de la pluie ou du vent, de penser aux martyrs qui ont souffert les tortures pour le Seigneur, de marcher avec courage en avant. La procession a commencé à l’église. Les premiers à sortir étaient les sous-diacres porteurs d’une grande croix, puis les diacres porteurs d’encensoirs et de flambeaux, les prêtres portant les reliques, Monseigneur Silouane portant le saint Evangile: marchaient derrière eux les fidèles de la chapelle du monastère de la Dormition de la Mère de Dieu; au convoi se joignirent, dans l’ordre, les 10 paroisses de Rome, suivie par les 8 paroisses des environs de Rome et tous les fidèles. Il y avait 20 prêtres et 3 diacres qui, avec 1000 paroissiens environ, qui suivaient l’Evêque dans une procession incomparable.
La pluie semblait ne pas devoir cesser; mais après qu’elle nous eût mouillés complètement, plus rien de comptait, au contraire, nous nous rendions compte qu’elle était une bénédiction du Seigneur, une bénédiction que nous n’avons comprise qu’à la fin... La voix puissante et ferme de Monseigneur Silouane résonnait parmi les pins, donnant le ton aux tropaires que l’on chantait: en premier lieu le tropaire du dimanche de l’Orthodoxie, puis celui de la Résurrection du ton occurent, puis les tropaires des patronages de toutes les paroisses présentes; il ne manqua pas même les chants en l’honneur des martyrs qui se sont sanctifiés sur la terrre d’Italie et dans la sainte Cité de Rome - et le chant flottait sans fatigue tout au long de la procession. De même que le parfum de l’encens flottait réellement dans l’air et remplissait de bonne odeur toute l’église, de même les chants de ce dimanche béni flottaient doucement et tendrement dans la cour de l’Evêché, flottaient et ne cessaient pas... Nous avons pris conscience que ce n’était pas une simple procession; c’était beaucoup plus que cela: un véritable pèlerinage, pèlerinage attendu avec une telle impatience par plus d’un millier de personnes, ces pèlerins qui élevaient leurs voix vers le Seigneur – Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sera sans cesse en ma bouche: Alleluia!
Quand nous sommes arrivés en face du siège de l’Evêché, nous avons formé tous ensemble un grand demi cercle, et en face, Monseigneur Silouane, entouré du collège des prêtres et des diacres, a donné la bénédiction pour le déroulement de la cérémonie du dimanche de l’Orthodoxie. Ce déroulement était particulier; les demandes étaient tellement belles, que les gens se demandaient: pourquoi ne les chante-t-on pas plus souvent? Quand est arrivé la proclamation du Credo, nous avons été traversés par un frisson, un millier d’âmes entonnait sous la pluie, à voix haute, claire, pleine de courage: Je crois en un seul Dieu, Père Tout-puissant... Naturellement, nous avons tous continué à chanter les tropaires de la fête, et quand nous sommes arrivés à Quel Dieu est grand comme notre Dieu... tous les cœurs se sont attendris, la pluie ne comptait plus, ni le froid; la bataille du vent n’était plus ressentie par personne; tous nous nous tenions immobiles, les icônes en main, du plus petit au plus grand, et nous étions convaincus que Dieu est avec nous.
Après la clôture de l’office et la bénédiction finale, Monseigneur a prononcé un discours dans lequel il a souligné l’importance de la vénération des icônes, l’importance de la vraie foi et de la vraie glorification de Dieu; par ces paroles il nous encourageait et nous fortifiait, nous assurant du fait que Dieu est vraiment présent dans nos cœurs, depuis le saint Baptême.
A la fin, tous les fidèles se sont mis en ligne pour pouvoir vénérer les saintes reliques et les icônes du patronage de toutes les paroisses qui participaient à la procession, et pour pouvoir recevoir la bénédiction épiscopale de leur pasteur. L’hommage aux saintes reliques et la vénération des saintes icônes ont bien duré deux heures, heures bénies, pendant lesquelles chaque chrétien s’inclinait devant les icônes que portaient les prêtres et, en même temps, présentait sa propre icône à vénérer, pour que tous se réjouissent en tout!
Outre le fait que le dimanche de l’Orthodoxie a donné un grand signe d’unité, une expérience et un sentiment orthodoxe dans la Ville éternelle, ville où se sont sanctifiés des milliers de martyrs et de saints, ce dimanche nous a montré ce que signifie le pouvoir de la foi. Le pouvoir de la foi se voyait aux petits enfants de cinq ou six ans portant des icônes plus grandes qu’eux-mêmes et se trouvant bienheureux: ils sentaient que c’était ce qu’ils pouvaient faire de plus important pour Dieu; et ils étaient comblés par le fait que Monseigneur Silouane, en dépit de la pluie et du vent, les avait encouragés à participer à la procession, à condition toutefois d’être bien habillés. La puissance de la foi se voyait à la présence d’un fidèle tout simple qui venait dans un fauteuil roulant à la procession et restait sous la pluie avec les autres, pour recevoir un cœur comblé, pour sentir que lui aussi avait été comme les autres à la procession, que lui aussi avait été aux côtés de Monseigneur, que lui aussi avait été là quand Dieu était présent... La puissance de la foi se montrait quand les visages des icônes se mêlaient aux visages des hommes, des visages d’hommes purement et simplement bienheureux. Ils étaient bienheureux même s’ils étaient mouilllés jusqu’aux os, même si quelques uns avaient les mains tremblantes de froid, ils étaient pourtant bienheureux, bienheureux de ce que Dieu avait été, est et sera avec nous, jusqu’à la fin des siècles.
Dès que le soir commença à tomber, nous avons observé que la pluie cessait, qu’un vent tiède soufflait sur la Colline de l’Evêché, quelques rayons de soleil cherchaient semblait-il à regarder du coin de l’œil vers les dernières icônes qui se dressaient tranquillement du côté des paroisses dont elles étaient venues... Le soir, tard, nous avons appris l’explosion de la centrale nucléaire du Japon et le fait que des particules irradiées auraient dû arriver dimanche en Italie. Alors nous avons compris le rôle de la pluie et du vent. Que le Seigneur est bon et ami des hommes...
Hiéromoine Dionisie,
Monastère de la Dormition-de-la-Mère-de-Dieu, à Rome

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