Texte écrit d’après l’ouvrage « Les Fêtes et les Icônes de la Mère de Dieu dans l’Église Russe », 1999, moniale Sofia.
Distributeur : Librairie des Éditions l’Âge d’Homme à Paris.
L’histoire de cette icône miraculeuse de la Mère de Dieu est étroitement liée au monastère en l’honneur de la Dormition de la Sainte Vierge à Potchaïev, en Ukraine, à 360 km à l’ouest de Kiev. La laure fut fondée à la fin du IXème siècle par quelques disciples de saint Méthode (+895) qui s’établirent sur la montagne déserte de Potchaïev. C’est en ce lieu, qu’aux alentours de 1240, arrivèrent les moines qui fuyaient Kiev devant le khan tatar Baty. Il y avait là une rivière, la Potchaïna, qui est probablement à l’origine du nom du monastère.
En 1340, deux moines vivaient sur cette montagne. Un jour, l’un d’eux se dirigea, après son petit office, vers le sommet de la montagne où il vit soudainement la Mère de Dieu debout dans une colonne de feu. Il appela l’autre moine qui put lui aussi voir l’apparition miraculeuse. Un troisième témoin de la vision fut le berger Jean Bossoï qui avait gravi à son tour la montagne, attiré par cette lumière inhabituelle.
Tous les trois glorifièrent Dieu et sa Mère Toute Pure.
Après la disparition de la Mère de Dieu, l’empreinte du pied droit de la Vierge resta incrustée dans la pierre. Cette empreinte existe toujours et est remplie en permanence d’une eau curative.
La sainte icône miraculeuse de Potchaïev a sa propre histoire. Elle fut apportée de Constantinople par le métropolite grec Néophyte qui, passant par la Volhynie, s’arrêta pour se reposer, à neuf kilomètres du monastère de Potchaïev, dans un domaine privé. La propriétaire orthodoxe russe de ce domaine d’Orlia, Anne Tikhonovna Goïskaïa, invita chez elle le métropolite. Ayant passé là quelques jours, le hiérarque laissa en bénédiction à son hôtesse hospitalière une icône de la Mère de Dieu. Anne Tikhonovna plaça cette icône dans sa petite église domestique privée. Ses serviteurs remarquèrent à plusieurs reprises un rayonnement inhabituel autour de l’icône. Anne Tikhonovna fut elle-même rapidement témoin d’un miracle, lorsqu’en priant devant l’icône, son frère Philippe, qui était aveugle de naissance, recouvra brusquement la vue. Se sentant indigne de posséder une icône miraculeuse, Anne Tikhonovna la donna, en 1597, aux moines qui habitaient sur la montagne de Potchaïev qui fut protégée de tout temps par la Mère de Dieu.
Quelque temps après, une église en l’honneur de la Dormition de la Mère de Dieu fut érigée sur le rocher, dans l’enceinte du monastère.
L’icône reproduite ici est peinte dans un style byzantin, sur une planche de bois. La Mère de Dieu retient à l’aide de sa main droite l’Enfant-Dieu qui pose sa main gauche sur l’épaule droite de la Toute Pure et bénit de la main droite. De la main gauche, la Sainte Vierge tient le manteau qui couvre les jambes et le dos du Sauveur. Des saints sont représentés autour : le premier martyr et archidiacre Stéphane et saint Abramiï du côté droit, les saintes Parascève, Catherine et Irène, en bas de l’icône.
Le monastère subit de nombreuses oppressions du fait des protestants luthériens sous l’higouménat du bienheureux Job de Potchaïev (+ le 28 octobre 1651). Mais l’icône de la Mère de Dieu fut à l’origine de nombreux miracles.
Le monastère fut délivré d’une attaque des Turcs les 20-23 juillet 1675. Le khan Nouredine encerclait le saint lieu. L’higoumène Joseph (Dobromirsky) s’adressa à la Mère de Dieu. Les moines du monastère passèrent toute la nuit en prières devant l’icône. Le 23 juillet, quand les Tatars s’apprêtèrent à attaquer, l’higoumène ordonna de chanter l’acathiste à la Mère de Dieu. Aux premières paroles : « A l’invincible Général… » la très Sainte Vierge elle-même apparut au-dessus de l’église avec son maphorion (son voile) dans les mains en signe de protection du monastère, entourée d’une armée d’anges. Le saint moine Job se trouvait auprès d’Elle. Les traits des Tatars se retournèrent contre eux. Les Russes furent victorieux.
La laure se trouvait dans une zone frontière. Elle releva au cours des siècles, successivement, de la Russie, de l’Autriche et de la Pologne. C’est la raison pour laquelle elle ne fut pas toujours orthodoxe. De 1721 à 1831, le monastère se retrouva entre les mains des uniates. Le 10 octobre 1831, sur décision du gouvernement russe, le monastère redevint orthodoxe. Deux ans plus tard, il recevait l’appellation de laure. Lorsque le monastère revint aux mains des orthodoxes, il y eut des signes de la miséricorde de la très Sainte Mère de Dieu : une fillette Anne recouvra miraculeusement la vue ; elle avait parcouru deux cents kilomètres pour venir vénérer l’icône miraculeuse.
La Mère de Dieu aida les moines dans les années difficiles d’occupation polonaise et sous l’occupation allemande.
La célébration de l’icône a lieu deux fois dans l’année : le jour de la Nativité de la Vierge, le 8 septembre, et le 23 juillet, en souvenir de l’intervention miraculeuse de la Vierge en 1675.
Sur les copies de l’icône miraculeuse de la Mère de Dieu de Potchaïev, une empreinte du pied de la Sainte Vierge est souvent représentée.

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