Ajouté le: 8 Juin 2016 L'heure: 15:14

L’icône de la Mère de Dieu Igorevskaïa

Ce texte, pour la partie historico-hagiographique – s’appuie davantage sur le petit livret des Sœurs de Minsk sur les Icônes de la Mère de Dieu que sur le Synaxaire russe de S.V. Boulgakov et le Calendrier du Patriarcat de Moscou. 

L’icône de la Mère de Dieu d’Igor est liée au saint digne prince Igor de Kiev. Le prince Igor est vénéré comme un « strastoterpets ». Il s’agit d’une catégorie de saints particulière à l’hagiographie russe. Ce sont des « justes » qui ont souffert innocemment. Le mot « strast’ » signifie la « passion ». Ces saints  – explique Élisabeth Behr-Siegel, dans son ouvrage sur la sainteté dans l’Église Russe – ne provoquent pas leur départ de ce monde ; ils l’acceptent comme un don envoyé par Dieu. Ils souffrent sans résister aux méchants, pour se conformer à l’exemple du Christ, par la douceur, la soumission, la victoire sur l’amour de la vie et du monde au nom de l’amour de Dieu et de ses frères ». Ce qu’il y a d’exceptionnel dans la vie de saint Igor, c’est qu’il a été assassiné tandis qu’il priait devant une icône de la Mère de Dieu, une icône de la Miséricorde…

Né en 1080, le digne prince Igor, qui avait reçu le prénom de Georges au saint baptême, succéda à son père comme prince de Tchernigov. Le frère aîné du prince, Vsévolod, était prince de Kiev. Il mourut à Kiev, tandis que la ville était soumise à la guerre civile. Le prince Igor lui succéda. Mais il ne régna sur Kiev que durant deux semaines. Il était de la dynastie des Ol’govitch. Or, les boyards de Kiev avaient une haine contre cette lignée, haine qui avait été entretenue par le comportement du frère aîné du prince Igor. Les boyards de Kiev firent appel aux ennemis de la lignée des Ol’govitch, les Mstislavitch avec une armée. La bataille dura quatre jours. Le prince Igor se cacha dans les marais. Il fut cependant emprisonné à Kiev, dans des conditions inhumaines. Gravement malade, ses ennemis pensant qu’il allait mourir, l’autorisèrent à se rendre dans le monastère de saint Théodore à Kiev pour y recevoir la tonsure.

Le prince – qui avait reçu le grand habit monastique sous le nom de Gabriel – se rétablit. Il vivait en moine, dans la prière, dans le monastère Théodore de Kiev. Les habitants de Kiev, continuant à poursuivre le prince de leur haine, souhaitèrent le faire périr. Le métropolite et le prince régnant s’efforcèrent de faire entendre raison aux Kiéviens. Leurs efforts furent vains.

Moins d’un an après la bataille qui avait opposé les Ol’govitch et les Mstislavitch, la foule des rebelles retira Igor par force de l’église pendant la Divine Liturgie, tandis que le prince priait devant une icône de la Mère de Dieu. Le digne prince fut tué sauvagement. Ses ennemis traînèrent son corps dans les rues de Kiev (le 19 septembre 1147).

De ce jour, cette sainte icône de la Mère de Dieu prit le nom d’Igorevskaïa. Glorifiée par des miracles, l’icône fut placée près des portes royales de l’iconostase de la petite église dédiée à saint Jean le Théologien qui se trouvait dans une aile latérale de la cathédrale de la Dormition de la Mère de Dieu de la Laure des Grottes de Kiev.

Les reliques du digne prince accomplirent des miracles. Elles furent transférées, le 5 /18 juin 1150, de Kiev à Tchernigov et déposées dans l’église de la Transfiguration du Sauveur. Dès lors on se mit à célébrer la mémoire du saint et digne prince Igor. Et il fut décidé de fêter l’icône le 5/18 juin, jour de la translation des reliques du prince. On fête le même jour, le prince et l’icône. Mais le prince Igor a un deuxième jour de fête : le jour de son trépas, le 19 septembre.

En 1941, pendant l’occupation de Kiev, l’icône disparut. Elle n’a pas été encore retrouvée.

Cette icône fut l’objet de répliques. Plusieurs copies furent à leur tour créditées de miracles. Ces icônes de la Miséricorde étaient rares à Byzance, mais elles sont devenues l'un des sujets principaux de l'iconographie russe.

L’icône reproduite ici est une icône russe de Novgorod de la fin du XVe siècle. Elle représente la Mère de Dieu de Tendresse, portant le Petit Enfant Dieu sur son bras droit. Elle est entourée de l’icône du Christ « non faite de main d’homme », de séraphins, de l’archange saint Michel et de saint Jean Baptiste, du prophète Élie et du saint pape Clément de Rome, des saints hiérarques Nicolas le Thaumaturge et Jean le Miséricordieux, du saint moine Varlaam et du saint grand martyr Ménas, des saintes martyres Parascève et Barbara, Anastasie et Catherine et du saint grand martyr Nicétas.

Rappelons que les icônes où la Mère et l'Enfant sont représentés échangeant un geste de tendresse sont appelées icônes de la Miséricorde. Il n'est pas surprenant de trouver dans le contexte de l'histoire du digne prince Igor, la présence d'une icône de ce type. Léonide Ouspensky explique que les icônes de la Miséricorde « soulignent le fait que l'humanité de la Mère est aussi celle de son Fils, dont Elle est inséparable par son enfantement. Les icônes de la Miséricorde représentent la Mère souffrant profondément du supplice que doit subir son Fils et supportant en silence cet avenir inéluctable qui Lui a été révélé. » Hélène Bléré, dans son ouvrage « Le langage de l’icône, Lumière Joyeuse » ajoute que « cet amour poignant de Marie pour son Fils déborde le cadre des sentiments naturels éprouvés par une mère pour son enfant, et il épouse la forme d’une compassion qui s’étend désormais à toute créature plongée dans la douleur et dans la misère. »

« Dans ses écrits, saint Silouane nous aide à comprendre la force de l’amour de Marie, transfiguré par l’Esprit Saint : « Quand la Mère de Dieu se tenait au pied de la Croix, sa souffrance était inconcevablement grande, parce qu’elle aimait son Fils plus qu’on ne peut l’imaginer. Et nous savons que plus on aime, plus grande aussi est la souffrance. Comme être humain, la Mère de Dieu n’aurait pas pu endurer sa douleur, mais elle s’abandonna à la volonté de Dieu, et le Saint Esprit la réconforta et lui donna la force de supporter cette souffrance. »

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