D’après la tradition, l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir fut une des trois icônes peintes par le saint apôtre et évangéliste Luc tandis que la Mère de Dieu était encore de ce monde. Elle fut peinte sur une planche de la table sur laquelle le Seigneur Jésus-Christ, Sa très Pure Mère et le juste Joseph, le Fiancé, prenaient leurs repas.
C’est en regardant les trois icônes que la Toute Sainte répéta la parole prophétique dite à la juste Elisabeth : « Désormais toutes les générations me diront bienheureuse « (Luc 1, 48). Elle ajouta : « Que la grâce de Celui qui a été enfanté en moi et que ma grâce soient avec ces icônes ».
Dans la première moitié du Ve siècle, cette icône fut transférée de Jérusalem à Constantinople (en 450, sous le règne de l’empereur Théodose le Jeune). Vers 1130 – comme l’assure au début du XVIe siècle la Chronique de Nikon elle fut envoyée en don par le patriarche de Constantinople Luc Chrysobergès, à Kiev, au grand prince Ioury (Georges) Vladimirovitch Dolgorouky. Elle fut aussitôt installée dans l’église de la résidence princière de Vychgorod, non loin de la ville, où, en 1072, les reliques des saints Boris et Gleb avaient été réunies. Saint André Bogolioubsky, le fils d’Ioury, en partant du sud de la Russie, vers le nord, pour y fonder un état indépendant de Kiev, prit avec lui l’icône miraculeuse de la Mère de Dieu. Des prières d’intercession (molebny) furent célébrées au cours du voyage et des miracles s’accomplirent par l’intermédiaire de l’icône. Comme ils approchaient de la rive de la Kliaz’ma, le 18 juin 1155, à quelques kilomètres de la ville de Vladimir par laquelle ils venaient de passer, les chevaux qui transportaient la sainte icône s’arrêtèrent brusquement et ne purent plus avancer, même d’un seul pas. Le saint prince André donna l’ordre de chanter une prière d’intercession à la Mère de Dieu devant son icône miraculeuse. Durant la nuit, la Reine Céleste lui apparut et lui ordonna de déposer l’icône miraculeuse à Vladimir et de construire à l’endroit où il se trouvait, une église et un monastère dédiés à sa Nativité. Après avoir prié son Fils qui venait d’apparaître pour qu’Il protège ce lieu et toute la Terre russe, elle devint invisible. Saint André fit construire le monastère demandé par la Mère de Dieu. Une ville prit naissance autour du monastère. Elle porte le nom de Bogolioubovo à cause du surnom donné au prince qui vouait à Dieu un grand amour et parce que Dieu avait aimé ce lieu. En attendant la fin de la construction de l’église qui, à Vladimir, devait accueillir l’icône, celle-ci fut déposée dans une des deux églises édifiées par le prince en ce lieu. Le 21 septembre 1160, elle fut transférée à Vladimir dans la nouvelle cathédrale richement décorée de la Dormition de la Mère de Dieu. Elle y demeura plus de deux siècles et devint désormais l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir.
Cette icône est célébrée à trois reprises dans l’année. Chacun de ces jours de fête est lié à la délivrance du peuple russe de l’asservissement étranger. Le 26 août (qui est la fête la plus solennelle) correspond à la mémoire de la protection de Moscou de l’invasion de Tamerlan en 1395. Lors de cette invasion, l’icône miraculeuse avait été transférée provisoirement de Vladimir à Moscou par le grand prince Basile Ier pour protéger la ville. Le 23 juin commémore la délivrance de la Russie de l’invasion du khan Akhmat, chef de la Horde d’or, en 1480. L’icône est alors définitivement installée à la cathédrale de la Dormition du Kremlin de Moscou et devient le palladium de la Russie, en même temps que le signe de la grâce divine qui a distingué Moscou. Le 21 mai commémore deux événements : la restauration de l’icône en 1514 avec la participation du métropolite iconographe Varlaam et la délivrance de Moscou de l’invasion de Maxmet Guireï, qui fit irruption avec le rassemblement des hordes tatares de Crimée, en 1521.
La délivrance de Moscou se déroula de la façon suivante : en 1521, sous la conduite du khan de Crimée, Maxmet Guiréï, les Tatars de Crimée, de Nogaï et de Kazan envahirent les frontières de la Russie avec une telle précipitation que le grand prince de Moscou, Basile III Ioannovitch eut à peine le temps de rassembler son armée sur la rive de l’Oka pour arrêter l’ennemi. Ayant vaincu les voïvodes russes, les Tatars mirent le feu à tous les villages depuis Nijni Novgorod jusqu’à Moscou, capturant les orthodoxes, faisant mourir de faim les faibles et les vieillards, profanant les églises. Ils atteignirent Moscou en semant la mort et la peur sur leur route.
Les Moscovites appelaient, nuit et jour, au secours Dieu et la très Pure Mère de Dieu, en priant pour leur salut. Leurs prières furent entendues.
Le fou pour le Christ Basile, qui, en larmes, priait dans la cathédrale de la Dormition, entendit soudain un grand bruit ; les portes de l’église s’ouvrirent brusquement et l’icône miraculeuse de la Mère de Dieu de Vladimir bougea. Une voix en sortit : « Sors de la ville avec les hiérarques russes ! » Et toute l’église s’enflamma.
Cette révélation divine fut montrée à une moniale aveugle du monastère de l’Ascension situé dans le Kremlin de Moscou. Durant une prière pleine de zèle pour la Terre russe, elle fut ravie en esprit hors des murs du monastère et vit avec les yeux du cœur comment les hiérarques sortaient, revêtus de vêtements lumineux, en portant l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir. Cela ressemblait à une procession de la Croix. On pouvait reconnaître les saints hiérarques Pierre, Alexis, Jonas et d’autres saints russes et ascètes. Près des portes de Frolov, la procession du Kremlin fut brusquement arrêtée par le grand saint de Dieu, le saint moine Serge de Radonèje et le saint moine Varlaam de Khoutyn qui, s’étant jetés aux pieds des saints évêques, les suppliaient de ne pas abandonner Moscou en un moment aussi terrible. Les hiérarques répondirent en pleurant qu’ils priaient Dieu de délivrer la Terre russe de l’affliction, mais que le Seigneur tolérait l’invasion des barbares à cause des péchés des habitants et qu’Il leur avait ordonné de sortir de la ville et de prendre avec eux l’icône miraculeuse de Sa très Pure Mère. Saint Serge et saint Varlaam supplièrent à nouveau les saints évêques d’intercéder devant le Seigneur et la très Sainte Mère de Dieu pour la Terre russe. Finalement, une prière commune fut dite, à la suite de laquelle les hiérarques revinrent au Kremlin, et redéposèrent l’icône miraculeuse de Vladimir à l’endroit où elle se trouvait avant. Les saints moines Serge et Varlaam se retirèrent après avoir fait le signe de la croix sur la ville.
Ce jour-là, le khan de Crimée fit soudain retraite sans n’avoir causé aucun dommage à Moscou. Les chroniqueurs racontent que les Tatars s’apprêtaient à brûler les faubourgs de Moscou quand ils virent soudain une armée russe innombrable ; effrayés, ils rapportèrent cette nouvelle au khan. Leurs informations furent confirmées par tous les chefs d’armée du khan. L’armée tatare, prise de panique, s’enfuit.
Il y a eu de nombreuses copies de cette icône.
Nous allons maintenant comparer l’icône originale et une de ses très célèbres copies que nous reproduisons dans cet article. Il s’agit donc de l’icône originale qui resta pendant plusieurs années, au XIXe siècle, à la Galerie Trétiakov de Moscou et de la copie attribuée à saint André Roublev, qui date de 1395 ou de 1408. Elle est donc antérieure aux événements fêtés le 21 mai. Elle fut abritée durant quelques années au Musée de Vladimir. Cette copie fut peinte pour la cathédrale de Vladimir, soit à l’occasion du transfert provisoire de l’icône à Moscou en 1395, soit un peu plus tard en 1408, lorsque les peintres Daniel et André Roublev vinrent travailler au décor des fresques de la cathédrale de Vladimir.
Contemplons dans un premier temps l’icône originale :
L’image est celle, nous dit Léonide Ouspensky, de « la Vierge de Miséricorde » (Eleousa) ou Vierge de Tendresse (Oumiliéniè). La Vierge tient l’Enfant sur son bras droit en inclinant la tête vers Lui. L’Enfant semble presqu’assis sur la main de Sa Mère. L’Enfant entoure de Son bras gauche le cou de Sa Mère et l’on aperçoit Sa main gauche. « L’Enfant en un mouvement vif et caressant, serre Son visage contre la joue de Sa mère ; Il semble s’efforcer de calmer sa douleur cachée. La Vierge sans tenir compte de la caresse de son Enfant, dirige au loin un regard pénétrant, plein d’une profonde tristesse. Son visage sévère, concentré, incliné vers son Fils, est tourné en réalité non vers l’Enfant humain, mais vers le Créateur du monde né d’Elle. ‘Sûre protectrice du monde’ qui ‘porte à Dieu d’ardentes prières’. Elle s’incline vers l’Enfant, Lui demandant Sa miséricorde pour ceux qui s’adressent à Lui, les couvrant de son intercession. »
L’Enfant est représenté la jambe gauche repliée sous Lui et l’on ne voit que la plante du pied.
La copie s’éloigne légèrement de l’original. Il y a deux différences principales : sur la copie, les mains de la Vierge sont représentées pratiquement à la même hauteur. Le regard de la Mère n’est pas tourné vers le spectateur. En ce qui concerne les mains de la Mère de Dieu, certains auteurs se posent la question de savoir si André Roublev a eu une intention novatrice, dans la mesure où désignant le Verbe incarné, le geste de la main gauche de la Mère paraît refléter un contenu spirituel propre à l’époque de saint André, ou si le peintre a souhaité retrouver ce qui a pu être modifié sur l’original lors d’une restauration.
M.A. Bykova dans l’Album du Louvre consacré à la Sainte Russie écrit : « La composition harmonieuse, le dessin expressif, la silhouette fluide et le choix délicat des couleurs invitent à rapprocher la copie des œuvres de la main d’André Roublev, de même que l’infinie douceur qui émane de l’œuvre et se souvient précisément des plus belles icônes grecques. Il est d’ailleurs possible que Roublev ait lui-même restauré l’icône miraculeuse et réalisé la copie destinée à la cathédrale de Vladimir. ».
Ces deux icônes sont miraculeuses et ont été, l’une et l’autre, maintes fois copiées. Certaines copies sont devenues miraculeuses et ont des noms qui leur sont propres : Oranskaïa, peinte en 1629, Zaonikievsakïa, qui se manifesta en 1588, Krasnogorskaïa ou Tchernogorskaïa, qui devint miraculeuse en 1603 etc…
Tropaire Ton 4 :
En ce jour, la très glorieuse cité de Moscou resplendit superbement, car elle a reçu, Souveraine, comme un rayon de soleil ton icône miraculeuse, vers laquelle nous accourons et te prions, nous écriant : Ô merveilleuse Souveraine Mère de Dieu ! Prie le Christ notre Dieu Qui S’est incarné de toi, de protéger cette cité et l’ensemble des villes et pays chrétiens, de toutes les machinations tramées par les ennemis, et de sauver nos âmes, Lui qui est miséricordieux.

Publication de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale
Le site internet www.apostolia.eu est financé par le gouvernement roumain, par le Departement pour les roumains à l'étranger
Conținutul acestui website nu reprezintă poziția oficială a Departamentului pentru Românii de Pretutindeni
Copyright @ 2008 - 2023 Apostolia. Tous les droits réservés
Publication implementaée par GWP Team