Ajouté le: 1 Avril 2008 L'heure: 15:14

Les larmes qui font fleurir le désert

« Par les flots de tes larmes tu as fait fleurir le désert stérile ; par tes profonds gémissements tu fis produire à tes peines cent fois plus ; par tes miracles étonnants tu devins un phare éclairant le monde entier. Vénérable Père (N), prie le Christ notre Dieu de sauver nos âmes. » (tropaire pour tous les saints moines vénérables, ton 8)

Les larmes qui font fleurir le désert

 

(1) Par les flots de tes larmes tu as fait fleurir le désert stérile ;

(2) par tes profonds gémissements tu fis produire à tes peines cent fois plus ;

(3) par tes miracles étonnants tu devins un phare éclairant le monde entier.

(4) Vénérable Père (N), prie le Christ notre Dieu de sauver nos âmes.

 

(1) « Par les flots de tes larmes tu as fait fleurir le désert stérile »

 

Les ermites sont les ascètes qui sortent complètement des zones « vivables » des villes et des villages, des communautés humaines ; ils sont ceux qui quittent les terres fertiles pour les « déserts stériles ».

Si un « habitat humain » se bâtit d’habitude autour d’une source d’eau qui rend possible la vie, un « habitat monastique » défie ces lois naturelles. Parce que le moine est doué d’un autre système de pensée. Il se pose autour d’une autre source, la source des larmes, le brisement du cœur ou la componction du coeur, le penthos, l’affliction selon Dieu, s’attrister et pleurer pour avoir perdu le Paradis et la relation directe avec Dieu.

« Le brisement du cœur » et « la componction du cœur » sont deux métaphores  spirituelles synonymes, mais qui, en tant qu’images suggestives, renvoient à deux tableaux différents, tous les deux en lien avec ce tropaire.

 

Le brisement du cœur– expression qu’Olivier Clément préfère à celle de  « componction du cœur » – est un syntagme qui renvoie à une image forte, suggérée par les grandes phares de l’Orthodoxie, les saints Marc le Moine et Diadoque de Photicé, deux Pères qui se complètent mutuellement : « […] avant le saint baptême la grâce exhorte du dehors l’âme au bien, alors que le Satan se tapit dans ses profondeurs, cherchant à barrer toutes les issues de l’esprit vers la droite ; mais dès l’heure de notre régénération, c’est le démon qui passe au dehors, et la grâce au-dedans. […] Néanmoins Satan continue d’agir sur l’âme comme auparavant, et même pis, le plus souvent ; non qu’il coexiste avec la grâce, loin de moi cette pensée ! Mais par les humeurs du corps on dirait qu’il obnubile l’esprit de la douceur des plaisirs irrationnels ». Le cœur de l’homme est donc souvent entouré par la boue des pensées malpropres venues avec une vaine et molle douceur humorale. Contre ces impulsions du malin, St. Marc le Moine recommande à l’ascète : « […] fais dépérir et sécher toute l’humidité du désir charnel par la modération des besoins, la restriction dans la boisson, les nuits entières de veille […] ». Et en agissant ainsi la boue séchée autour du cœur est brisée par les coups de la grâce qui agit de l’intérieur au plus profond de l’ascète.

 

La componction du cœur renvoie, en tant qu’image, aux suggestions que Saint Jean Climaque fait dans le 7ème chapitre de L’Echelle Sainte, dédié au πένθος :

 

L’affliction selon Dieu est une tristesse de l’âme, une disposition du cœur pénétré de douleur qui lui fait rechercher avec transport ce dont il a soif (…).

Ou encore : L’affliction est un aiguillon d’or qui dépouille l’âme de toute attache et de tout lien et la fixe pour jamais, par une sainte tristesse, à la seule vigilance sur son cœur. 

 

Les larmes permettent donc à l’ermite de se dépouiller complètement de ses liens avec le monde et de tous ses attachements, après le renoncement visible et extérieur.

En plus, les Vieillards du désert nous disent que « les larmes sont un maître, car elles apprennent à l’homme tout ce qui lui est utile ». Les larmes sont donc déjà le commencement du discernement. Et autour du Père spirituel qui possède le discernement un grand nombre de disciples se rassemble, et ainsi le désert stérile devient comme une cité fleurissante.

 

(2) « par tes profonds gémissements tu fis produire à tes peines cent fois plus »

 

Cette source de larmes qui jaillit après le baptême est un charisme plus grand que le baptême lui-même et tous ne la reçoivent pas. Mais ce que tous peuvent faire c’est de soupirer dans leur esprit avec des « profonds gémissements » et d’un cœur humble. Les peines et les labeurs comportent un peu de fierté à l’égard d’eux-mêmes, mais non devant Dieu. « Ce ne sont ni l’ascèse, ni les veilles, ni les labeurs quels qu’ils soient, qui nous sauvent, mais uniquement la véritable humilité ». Si aux peines corporelles on ne rajoute pas les gémissements humbles de l’esprit, c’est de la peine perdue. Car « l’homme est semblable à un arbre : le labeur corporel, c’est le feuillage, et la garde du dedans, le fruit. Puisque, selon l'Écriture, « tout arbre ne produisant pas de bons fruit sera coupé et jeté au feu » (Mt 3, 10), il est clair que tout notre soin est pour le fruit, c’est-à-dire pour la garde de l’esprit ; mais il faut aussi la protection et l’ornement des feuilles qui sont le labeur corporel. ». Plus cette attention intérieure du cœur humble est grande, plus l’arbre produira du fruit au centuple.

 

(3-4) « par tes miracles étonnants tu devins un phare éclairant le monde entier. Vénérable Père, prie le Christ notre Dieu de sauver nos âmes. »

 

A de tels ascètes parfaits, phares éclairant le monde entier par leurs charismes (les larmes, l’humilité, l’accomplissement de miracles), nous demandons l’intercession, comme à des amis de l’Époux.

 

Père Iulian Nistea

Les larmes qui font fleurir le désert

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