Ajouté le: 2 Février 2011 L'heure: 15:14

La paix soit avec vous (Jean 20, 26) (I)

« Paix et joie à tous de la part du Seigneur ! La paix et la joie sont en effet nos plus grandes richesses, dans ce monde et dans l’autre. Nous y aspirons tous. Nous pouvons posséder beaucoup de choses, ici sur cette terre, tout ce que nous souhaitons, mais si nous n’avons pas la paix, tout cela ne nous sert à rien. Or la paix provient de la Source de vie, du Seigneur. Au moment de s’adresser à Ses disciples, qui avaient fermé les portes par peur des Juifs, le Seigneur leur dit avant tout : « Que la paix soit avec vous. »

(…) Le Seigneur nous accordera sa paix si nous modifions notre façon de penser et nous nous tournons vers le Bien absolu. Le Bien absolu, c’est le Seigneur Dieu. (…) Cette paix ne suscite pas seulement un sentiment de bien-être, joie et réconfort en nous-mêmes, mais également auprès de tous ceux à qui nous transmettons des pensées pleines de paix, de douceur, d’amour et de bonté »  

Starets Thaddée, « Paix et joie dans le Saint Esprit »
 

La paix soit avec vous (Jean 20, 26) (I)

L’homme de nos sociétés modernes ne connaît jamais la paix. Du matin au soir, son esprit est occupé par d’innombrables sujets d’inquiétude et soucis de toutes sortes – d’ordre financier, professionnel, familial, juridique, médical, sentimental etc. – qui se succèdent sans interruption et se multiplient spontanément comme des organismes vivants. Tous les biens matériels que nous possédons, prennent à leur tour possession de notre esprit, et deviennent une source de soucis et de problèmes, qui attachent nos pensées et notre âme à ce monde vingt quatre heures sur vingt quatre. Dans l’esprit de l’homme moderne, aussi encombré de pensées terrestres que nos routes de voitures aux heures de pointe, il n’y a plus de place pour Dieu : « le plus grand ennemi de l’âme humaine, plus grand que le diable lui-même, c’est l’esprit du monde. (…) Les hommes ont mis le monde au-dedans d’eux-mêmes, et ils en ont chassé le Christ. » (Païssios l’Aghiorite – « Propos ( I ), Mont Athos, 2000»).

Car le monde n’est plus tel que Dieu l’a fait – c’est pourquoi le Christ a dit que son royaume n’est pas de ce monde – mais se trouve, depuis la chute d’Adam, sous la domination de l’ennemi de Dieu – « le prince de ce monde » (Jn. 16, 11) – et des serviteurs de Mamon, plus puissants que jamais dans le monde d’aujourd’hui, « le monde des finances avec son Temple-Bourse et ses vestales assoiffées de luxe, le monde politique des ambitions et des convoitises, de la névrose collective des folles passions et de l’éros désaffecté. Monde vacillant au dessus de l’abîme, sans consistance aucune, tissé de vapeurs et peuplé de fantômes (…) » (Paul Evdokimov – « Les âges de la vie spirituelle »).

Comme nous pouvons aisément le constater, les tendances dominantes du monde moderne, encouragées et favorisées par l’idéologie des sociétés de consommation – l’attachement aux biens de ce monde, la réussite matérielle et sociale, la course aux profits et l’esprit de concurrence, la soif d’argent, de pouvoir, de plaisirs charnels etc. – sont toutes contraires aux valeurs chrétiennes et aux enseignements du Christ. De sorte que le diable n’a même plus à intervenir dans les affaires des hommes, puisque sa volonté est devenue de nos jours la norme collective et planétaire de nos sociétés, où « le péché est devenu une mode et l’iniquité un savoir-faire » : « Autrefois le diable s’occupait des hommes ; maintenant il ne s’en occupe plus. Il les a mis sur sa voie et leur dit : « Bon voyage ! » (Païssios l’Aghiorite, op. cit.)

Or la voie de l’ennemi de Dieu est celle de la division, du mensonge, de l’illusion, de sorte qu’en suivant cette voie, qui nous éloigne à la fois de Dieu et de notre être réel, nous ne pouvons jamais connaître la paix : « nous sommes agités comme la poussière que soulève le vent, et notre esprit reste attaché aux choses terrestres » (Saint Silouane – « Ecrits »).

Rompre le lien avec l’Esprit de Dieu, c’est perdre le contact avec notre propre être et avec la réalité, égarement qui entraîne un morcellement intérieur apparenté à l’état d’esprit d’un schizophrène, qui a perdu son centre, ses repères et l’unité de sa personne, ne sait plus qui il est, ce qu’il veut, d’où il vient, où il va : « Dieu est au centre de toute existence. (…) Il est source de vie, Celui qui donne vie à chaque créature. Mais nous L’avons enfoui sous les soucis et les contrariétés de ce monde qui détruisent notre paix intérieure, et c’est pourquoi nous n’avons ni paix ni repos. Sur cette terre, nul ne pourra nous donner la paix intérieure, car ni la richesse, ni la gloire, ni les honneurs, ni les positions éminentes, ni nos parents proches ou lointains ne pourrons nous donner cette paix immuable. La seule Source de Vie, le seul Donneur de la paix et de la joie, c’est Dieu » (Starets Thaddée – Op. cit.).

La paix dont il s’agit ici ne provient d’aucune source extérieure et ne dépend nullement des circonstances ou des personnes qui nous entourent. Ce n’est pas cette illusoire et précaire quiétude intérieure que nous procure le bien être matériel, la réussite professionnelle, une bonne position sociale etc. : « Je vous laisse la paix, je vous donne la paix qui est la mienne. Moi, je ne vous donne pas comme le monde donne. » (Jean 14, 27).

Il ne faut pas confondre non plus la paix de Dieu avec cette sorte de torpeur spirituelle où sombre l’âme de certains croyants « assoupis dans leur fade bonne conscience, qui fait l’économie de la conversion du cśur » (Paul Evdokimov – op. cit.). Cette paix immuable n’a rien à voir non plus avec l’état inerte de l’âme frappée d’insensibilité spirituelle, « qui est la mort de l’âme et de l’intellect avant la mort du corps » (St. Jean Climaque – « L’Echelle sainte, Dix-septième degré »).

L’âme où la paix de Dieu a fait sa demeure, est semblable à un miroir qui, à travers la multitude infinie et changeante des choses, reflète la lumière immuable et éternelle du Saint Esprit. Cet état spirituel par lequel le Ciel descend sur la Terre, et Dieu dans le cśur de l’homme, « sanctifie l’esprit et le détache de la matière », et correspond, sur l’Echelle sainte de Jean Climaque, à l’avant-dernier degré avant d’accéder au royaume des cieux : « la divine impassibilité, imitatrice de Dieu, perfection et résurrection de l’âme avant la résurrection générale ». « Celui à qui un tel état est accordé, bien qu’encore dans la chair, devient la demeure de Dieu et Dieu gouverne toutes ses paroles, ses śuvres et ses pensées » (St. Jean Climaque – Op. cit., Vingt-neuvième Degré).

Cette unité spirituelle de la terre et du ciel, de l’homme et de Dieu, qui apparaît aux yeux de l’homme d’aujourd’hui inaccessible au commun des mortels, n’est en réalité rien d’autre que l’état naturel de l’homme : « Cela n’a rien de particulier. Communiquer avec Dieu correspond à un état spirituel normal. L’homme a été créé pour une telle vie. Le péché a éloigné l’homme d’une telle vie et c’est pourquoi il doit l’acquérir de nouveau. En fait, nous ne faisons que nous efforcer de parvenir à un état normal et sain » (Starets Thaddée – op. cit.).

Cependant l’homme d’aujourd’hui a pris une voie contraire à cet état de bonne santé spirituelle. Les désordres, les divisions, les dissensions, qui se manifestent à l’heure actuelle un peu partout dans le monde sont la conséquence du désordre, de la division et des contradictions qui règnent dans l’esprit de l’homme qui s’est éloigné de Dieu : « Le chaos mental, c’est la situation des anges déchus (les démons, les esprits qui se sont détachés de Dieu) » (Starets Thaddée – op. cit.). Le chaos intérieur de l’homme qui s’est séparé de Dieu, est à l’origine de tous les déséquilibres et dérèglements – d’ordre économique, social, politique, moral, climatique etc. – que nous renvoie tel un miroir le monde extérieur, qui n’est que le reflet de notre état spirituel : «Tout ce qui se manifeste sur cette terre, toutes les bonnes choses comme tout ce qui est négatif, tout provient de la pensée. Il nous faut donc faire beaucoup d’efforts, car nous sommes en fait un appareil à réfléchir qui propage des pensées, des rayons de pensées par lesquels nous exerçons de l’influence sur tous les êtres pensants, sur le monde animal et l’univers des plantes (celles-ci disposent aussi d’une sorte de système nerveux), et tous attendent que nous leur apportions paix, réconfort et amour » (Starets Thaddée – op. cit.).

(A suivre)

Viorel Ştefăneanu, Paris           

La paix soit avec vous (Jean 20, 26) (I)

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