Ajouté le: 9 Novembre 2010 L'heure: 15:14

Ne jugez pas, afin de ne pas être juges (Matthieu 7, 1) (II)

« Condamne la mauvaise chose, mais celui qui l’a faite, ne le condamne pas. Si tu condamnes ton prochain, nous enseigne le bienheureux Antioche, avec lui tu seras condamné pour la même chose. (…) Pour conserver la paix de l’âme nous devons nous efforcer de toutes les manières de ne pas condamner les autres. Par la non condamnation et par le silence, on garde la paix de l’âme : lorsque l’homme s’établit dans cet état, il reçoit des révélations divines »

(Saint Séraphin de Sarov – « Règles de vie chrétienne »). 

 

Ne jugez pas, afin de ne pas être juges (Matthieu  7, 1) (II)

L’âme troublée et obscurcie par les passions humaines – colère, révolte, orgueil, avidité, haine, jalousie, etc. – devient inapte à recevoir la lumière du Saint-Esprit, de même qu’un homme endormi qui croit à la réalité de ses rêves et ne peut plus percevoir la lumière du jour. Tout ce que nous voyons et ressentons en rêve, bon ou mauvais, agréable ou déplaisant, merveilleux ou effrayant, et tous les événements heureux ou malheureux qui nous arrivent, sont de la même nature illusoire et trompeuse que le rêve lui-même. De même, celui qui croit à la réalité des choses de ce monde, est semblable à un homme endormi, dont le rêve, qu’il prend pour la vie réelle, se dissipera forcément au moment du réveil : « Celui qui aura gardé sa vie, la perdra ; et celui qui aura perdu sa vie à cause de moi, la retrouvera » ( Mt. 10, 39) ; « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez (…) » (Romains 8, 13).

Ainsi que le dormeur qui, prisonnier de son rêve, croit voir, alors qu’il est dans les ténèbres, celui qui s’attache aux choses de ce monde, reste aveugle à la lumière du Saint-Esprit : «L’œil est la lampe du corps. Si donc ton œil est en bon état, tout ton corps sera illuminé ; mais si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si la lumière qui est en toi est ténèbres, combien les ténèbres seront grandes ! » (Matthieu 6, 22-23).

La lumière que l’on voit avec nos yeux de chair n’est que ténèbres sans la lumière qui vient de Dieu et que l’on ne peut recevoir que si nos yeux spirituels sont en bon état. La foi, qui ouvre les yeux de notre âme, est notre seul moyen de maintenir notre esprit en éveil au milieu de ce rêve, individuel et collectif, qu’est notre existence terrestre. Car de même que nos rêves nocturnes, notre vie en ce monde n’est illusoire et trompeuse que si on lui attribue une réalité en soi. Mais si on la considère dans une perspective spirituelle – seule dimension véritablement réelle de notre personne et de notre existence – elle devient, ainsi que nos rêves, une précieuse source d’informations sur notre propre âme et un moyen de connaissance et de guérison de nos maladies spirituelles. De même qu’il n’y a aucune différence réelle entre le dormeur et les choses ou les personnes qui lui apparaissent en rêve comme étant distinctes de lui-même, de la même façon, les choses et les personnes qui suscitent notre intérêt, notre sympathie, notre aversion, notre admiration, notre indignation, nos éloges ou nos accusations, représentent toutes un reflet de notre propre personne, sans quoi nous ne les remarquerions même pas. Dès lors, les jugements critiques et les accusations que nous portons sur autrui, révèlent les dérèglements et les infirmités de notre propre âme et nous accusent en même temps que celui que nous accusons : « C’est du jugement que vous jugez qu’on vous jugera, de la mesure dont vous mesurez qu’on vous mesurera. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Matthieu 7, 2-3).

Juger les autres c’est une manière d’entretenir notre illusion que le mal vient toujours d’autrui et de l’extérieur, sans jamais nous remettre en question et nous attaquer au mal qui réside en nous-mêmes : « Pour quelle raison condamnons-nous nos frères ? Parce que nous ne faisons aucun effort pour nous connaître nous-mêmes. Celui qui se consacre à son propre examen et à la connaissance de soi, n’a pas le temps de prêter attention aux autres. Accuse-toi toi-même et cesse d’accuser les autres » (Saint Séraphin de Sarov, ibid.).  

Si le royaume du Christ n’est pas de ce monde (Jean 18, 36), l’ennemi que nous avons à combattre n’est pas de ce monde non plus. Il n’est ni un homme politique, ni un dictateur, ni notre patron, ni notre concurrent, ni marxiste, ni catholique, ni musulman, ni arabe, ni juif, ni chinois… Même s’il peut prendre mille apparences différentes, notre ennemi est toujours le même et ne se trouve nulle part ailleurs que dans notre propre esprit et notre propre cœur, « car c’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, meurtres, adultères, débauches, faux témoignages, calomnies » (Matthieu 15, 19).

Celui qui juge ses semblables et s’estime supérieur à eux, parce qu’il n’a commis aucun méfait visible ni aucune transgression de la loi ou de la morale, est pareil aux scribes et aux Pharisiens « qui font toutes leurs actions pour être vus par les hommes » (Matthieu 23, 5)  et pour se donner aussi une bonne apparence à leurs propres yeux : « Pharisien aveugle ! purifie d’abord l’intérieur de la coupe et du plat, afin que l’extérieur aussi devienne pur ! Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites ! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui au dehors ont belle apparence, mais qui au-dedans sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impureté. Vous de même, au dehors, vous paraissez justes aux hommes, mais au-dedans, vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité » (Matthieu 23, 26-27).  

Qui peut prétendre être sans péché pour jeter la première pierre contre son prochain ? Pourtant nous le faisons tous les jours, et cent fois par jour, chaque fois qu’un mouvement de colère ou d’hostilité nous incite à accuser et à condamner les autres. Lorsque nous sommes tentés de le faire, examinons notre esprit et notre cœur, et cela suffira pour nous dissuader de jeter notre pierre… Car quelles que soient les raisons de notre colère ou de notre aversion, le simple fait de constater leur présence dans notre cœur prouve que nous sommes sous l’influence de l’ennemi de Dieu, et donc indignes de porter un jugement sur nos semblables. Bien au contraire, c’est celui qui juge qui sera jugé, et celui qui condamne qui sera condamné : « Quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement. (…) Celui qui lui dira : Insensé ! sera passible de la géhenne et du feu » (Matthieu 5, 22).  

La colère, l’aversion, les ressentiments de toute sorte, sont toujours le fruit des passions qui dévorent notre âme : « Des renards habitent dans une âme rancunière et des bêtes sauvages s’agitent dans un cœur troublé. (…) Les pensées de l’homme en colère sont des vipères (Mt. 3, 7) qui mangent le cœur qui les a engendrées » (Evagre le Pontique – « De la colère »).  

Celui qui porte sur ses semblables le regard impitoyable d’un juge et d’un accusateur, ne connaît jamais la paix, car il est lui-même tourmenté par l’esprit impur qui a pris possession de son âme : « Un homme coléreux endure lui-même une grande souffrance provoquée par un esprit mauvais. Il subit ce tourment à cause de son orgueil » (St. Silouane – « De la paix »).  

Chaque fois que nous jugeons les autres selon nos propres idées et préférences, selon nos intérêts personnels et notre propre intelligence, nous oublions que l’ennemi est en nous et non devant ni autour de nous. Notre orgueil et notre volonté propre, qui se substituent à la sagesse et à la volonté de Dieu – sans quoi nous n’oserions jamais juger et condamner nos semblables – nous font tomber dans les filets de l’ennemi de Dieu, qui prend possession de notre âme en se servant de notre propre volonté. L’humilité – qui est le résultat naturel d’une bonne connaissance de soi –, et notre soumission inconditionnelle à la volonté de Dieu, sont le meilleur moyen de déjouer en toute circonstance les ruses et les pièges du malin : « Si tu retranches ta volonté propre, tu as déjà vaincu l’Ennemi et, comme prix, tu obtiendras la paix de l’âme. Mais si tu accomplis ta volonté propre, c’est toi qui es vaincu par l’Ennemi, et l’abattement va oppresser ton âme » (St. Silouane – ibid.).

Viorel Ştefăneanu, Paris

Ne jugez pas, afin de ne pas être juges (Matthieu 7, 1) (II)

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