Ajouté le: 8 Octobre 2010 L'heure: 15:14

Ne jugez pas, afin de ne pas ètre juges (I) (Mt. 7, 1)

18. Juger les autres, c’est ne pas avoir honte d’usurper une prérogative divine ; les condamner, c’est ruiner notre propre âme.  

19. De même que l’orgueil peut, en absence de toute autre passion, perdre celui qui le possède, de même le fait de juger les autres peut, par lui-même et à lui seul, nous perdre complètement, puisque le pharisien fut condamné pour cela (cf. Lc. 18, 14).

20. Un bon vendangeur mange les raisins mûrs et ne cueille pas les raisins verts. De même, un esprit bienveillant et sensé notera soigneusement toutes les vertus qu’il verra dans les autres ; mais l’insensé scrute les fautes et les déficiences. C’est de ce dernier qu’il est dit : « Ils ont scruté l’iniquité et se sont épuisés dans cette recherche » (Ps. 63, 7).  

21. Quand tu verrais de tes propres yeux, ne condamne pas ; souvent, en effet, eux-mêmes se sont trompés » (St. Jean Climaque – « L’Echelle sainte, Dixième degré : De la médisance »). 

 

Ne jugez pas, afin de ne pas ètre juges (I)  (Mt. 7, 1)

Porter un jugement sur les autres nous apparaît si naturel, normal   et nécessaire,  que nous le faisons à longueur  de journée,  sans même nous en apercevoir et sans avoir le moins du monde mauvaise conscience, à ce point nous sommes convaincus d’être dans notre bon droit.

En effet, le système éducatif et la culture de nos sociétés modernes, fondés d’un côté, sur la concurrence  et la compétitivité, et d’un autre côté,  sur l’idée que chacun est libre de penser ce que bon lui semble sur n’importe quoi et n’importe qui, nous ont inculqué l’habitude mentale, devenue une seconde nature – « Crains les habitudes plus que les ennemis », nous met en garde St. Isaac le Syrien – , d’émettre des jugements et des verdicts aussi péremptoires que hâtifs sur nos semblables, ce qui nous place d’emblée dans une position supérieure par rapport à eux et flatte notre orgueil. Dès lors, nous devenons incapables d’avoir une vision claire aussi bien d’autrui que de notre propre personne, car « nul n’a l’intelligence, s’il n’a pas l’humilité. Celui qui n’a pas l’humilité ne comprend rien » (St. Isaac le Syrien – « Discours ascétiques »).    

L’homme moderne a toujours tendance à rejeter la faute sur les autres – le président de la République, mon chef de bureau, mes parents, ma femme, les immigrés, les riches,  la société tout entière – bref, si les choses vont mal dans le monde ou dans ma vie, tout le monde est coupable, sauf moi !  Or celui qui fustige et condamne les autres, en ignorant le mal qu’il porte en lui-même, n’a aucune chance de guérir, ni aucun moyen de secourir  ses semblables : « Celui qui est malade en son âme et qui corrige autrui, ressemble à un homme aveugle qui montre aux autres le chemin. (…) Comme un homme qui sème dans la mer et espère moissonner, est celui qui a du ressentiment et qui prie. (…) Ne reprends personne, ne blâme personne, pas même ceux qui font beaucoup de mal dans leur vie. (…) Souviens-toi que le Christ est mort pour les pécheurs et non pour les justes  » (St. Isaac le Syrien ibid.).

Mais alors – pourrait-on se demander – si l’on suspend son jugement et que l’on met sur le même plan les bons et les méchants, n’est-ce pas renoncer à son discernement, « la plus grande des vertus »  selon le même Isaac le Syrien (Op. cit.) ?...

Il n’y a là aucune contradiction, car porter un jugement sur les autres à la manière d’un juge, qui connaissant parfaitement les lois et la manière de les appliquer, est investi du  pouvoir de condamner ou d’acquitter, c’est – comme l’affirme Jean Climaque –  « usurper une prérogative divine », donc manquer de discernement. Contrairement  au jugement que l’on porte sur autrui comme si l’on avait la connaissance parfaite du bien et du mal – rééditant ainsi la transgression d’Adam qui a voulu égaler Dieu –, le discernement commence par la conscience de notre propre ignorance: « En tout temps considère que tu ne sais rien » (St. Isaac le Syrien – Op. cit.).

Il s’agit bien évidemment de l’ignorance spirituelle où se trouve l’âme de l’homme déchu, qui s’étant séparé de l’Esprit de Dieu, juge toute chose et toute personne selon sa propre intelligence  et selon l’esprit et les mesures de ce monde : « L’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, car elles sont folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge » (1 Cor. 2, 14)

Dès lors que notre intelligence et notre cœur ne sont pas éclairés par l’Esprit de Dieu, on peut affirmer sans crainte de se tromper  que tous nos jugements humains sont défaillants  ou erronés  par leur nature même, car l’esprit de ce monde ne peut connaître que ce monde, c’est-à-dire l’apparence visible et sensible des choses et non leur essence spirituelle: « Que nul ne s’abuse : si quelqu’un parmi vous pense être sage selon ce siècle, qu’il devienne fou afin, afin de devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » (1 Cor. 3, 18-19).

En effet, notre jugement humain nous induit en erreur même – et surtout – lorsqu’il nous paraît équitable et conforme à la réalité. Ainsi, appeler un bossu, un bossu, n’est pas – contrairement aux apparences –, un jugement conforme à la vérité, puisque c’est une manière de réduire la personne de cet homme à une malformation de son anatomie.

L’intelligence de l’homme naturel s’arrête à la surface des choses, car provenant de ce  monde, au même titre que son corps de chair, elle est aussi limitée et imparfaite que celui-ci : « Notre intelligence tient dans l’ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l’étendue de la nature » (Pascal – « Pensées »).

Croire à ce que l’on voit n’est nullement un critère de vérité, car un homme endormi et qui rêve, croit lui aussi à ses visions. La vérité ne se trouve jamais dans l’apparence des choses  – c’est pourquoi les sciences de la matière n’auront jamais accès à la vérité – mais se situe toujours sur le plan spirituel, qui  est la véritable et la seule réalité du monde visible, de même que la valeur d’un billet de banque ne réside pas dans le papier dont il est fait mais sur un plan inaccessible à nos organes de perception.

Ainsi le discernement spirituel est tout le contraire du jugement naturel, car il ne se fie pas à l’apparence des choses et des actions humaines, mais cherche toujours à connaître leur effet spirituel, bénéfique ou néfaste, sur l’esprit et le coeur de l’homme : « L’âme reconnaîtra les pensées  provenant de l’Ennemi, non selon leur apparence extérieure mais d’après leur effet sur l’âme. (…) Ce qui est au Ciel est connu par le Saint Esprit, ce qui est sur terre,  par l’intelligence; mais celui qui cherche à connaître Dieu avec son intelligence par les voies de la science, est dans l’illusion, car Dieu ne peut être vraiment connu que par le Saint Esprit » (St. Silouane – « Ecrits »).

Tant que nous vivons en ce monde, nous ne pouvons connaître de manière immédiate et certaine les choses du Ciel, et ne les connaissant pas, nous ne sommes même pas en mesure de juger convenablement les choses de ce monde, car leur véritable cause, leur signification réelle et leur finalité ne sont pas de ce monde. De sorte que, par notre nature même,  nous sommes  à la fois « incapables de savoir certainement et d’ignorer absolument » (Pascal – ibid.). Tant  que nous vivons sur terre et que nous regardons le monde par nos yeux de chair, rien n’est tout à fait vrai – du fait de nos perceptions trop courtes et de notre intelligence limitée et imparfaite –, ni tout à fait faux, car l’Esprit de Dieu est partout présent et à tout moment, sans quoi rien ne pourrait venir à l’existence ne fût-ce qu’une fraction de seconde.

Le discernement spirituel consiste à bien faire la différence entre notre intelligence humaine, qui vient de ce monde, et la dimension spirituelle  de notre être, qui vient de Dieu et du Saint Esprit. Comme l’esprit des ténèbres – qui flatte et encourage notre orgueil et nos passions – se sert toujours de notre intelligence humaine pour s’infiltrer dans notre esprit et notre âme, il faut considérer avec prudence et vigilance nos impressions personnelles et notre propre jugement, et ne pas s’y fier aveuglement. La manière la plus sûre d’éviter les pièges et les ruses du malin – à la fois la plus facile et la plus difficile à mettre en pratique lorsque notre foi n’est pas parfaite – c’est de se confier entièrement et en toute circonstance à la Volonté et à la Justice de Dieu, car « cela est bon, ce que Dieu veut » (St. Jean Damascène – « La Dogmatique »).    

Si Dieu veut m’envoyer une souffrance morale ou physique, cela est bon : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ! » (Mt. 5, 3).

Si Dieu veut que je sois victime des inégalités et des injustices sociales ou d’un régime politique tyrannique, cela est bon : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! » (Mt. 5, 6).  

Si Dieu veut que les innocents et les justes soient condamnés et persécutés, cela est bon : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ! » (Mt. 5, 10).

Si Dieu veut que les chrétiens soient calomniés, bafoués, méprisés, cela est bon : « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, qu’on répandra sur vous toutes sortes de calomnies à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » ( Mt. 5, 11-12).

(A suivre)

Viorel Ştefăneanu (Paris)

Ne jugez pas, afin de ne pas ètre juges (I) (Mt. 7, 1)

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