Ajouté le: 9 Septembre 2010 L'heure: 15:14

La force de transfiguration du monde (II)

Le don de soi, comme accomplissement de l’amour évangélique

La force de transfiguration du monde (II)

La distance que nous instaurons entre notre prochain et nous-mêmes révèle, évalue et mesure notre propre écartèlement intérieur, notre résistance à l’unification de notre cœur, et bien plus que cela, révèle et évalue la distance qui nous éloigne de Dieu. Dans sa deuxième lettre adressée à Jean le Cubiculaire, sur l’amour, et qui occupe une place décisive dans son œuvre, Saint Maxime le Confesseur exalte ce bienheureux échange qu’opère, dans les relations des hommes entre eux, ce contre-poison de l’amour-propre qu’est « la disposition authen-tiquement bienveillante pour le prochain » et que réalise l’amour qui, en restaurant notre nature, la débarrasse de ses souillures en rendant aux hommes l’union avec Dieu et des hommes entre eux. « Celui qui n’aime pas le prochain qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas, dit le divin apôtre Jean » (Jn 4, 20). Jean-Claude Larcher en synthétisant la théologie de l’amour élaborée par saint Maxime dans cette lettre, écrit :

« par l’amour du prochain sous toutes ses formes – l’amour de tous, l’amour des pauvres, l’aumône, la douceur, la patience, la compassion, la miséricorde, la paix, la bonté, la bienveillance, la joie envers tous, – apparaît, dit saint Maxime, « la grâce de l’amour qui mène à Dieu ». Alors que par la philautie, (l’amour égoïste de soi)1 la disposition de chacun se trouvait désaccordée avec celle des autres (chacun s’affirmant dans son individualité au détriment des autres) et morcelait ainsi la nature en de multiples antagonismes, par l’amour se réalise l’harmonie des dispositions de vouloir de tous, et s’opère l’unification de la nature humaine […]. Ainsi, les hommes, cessant de considérer ce qu’ils ont en propre et ce qui les sépare, ne voient plus que ce qu’ils ont en commun, et qui les unit, et au lieu ce cette inégalité mauvaise selon laquelle chacun prétend dominer l’autre, prend place cette louable inégalité selon laquelle chacun met son prochain au-dessus de lui-même. Par l’amour se réalise dès lors entre les hommes un échange de leurs qualités qui passent de l’un à l’autre, tout ce qui appartient à chacun appartenant aussi à son prochain »2.

Le don de soi, comme accomplissement de l’amour évangélique, ne se limite pas à donner nos seuls biens car, à ce titre, nous ne donnerions, ou bien que le superflu, ou bien ce qui ne serait qu’à la périphérie de notre vie, c’est-à-dire le moins nécessaire à l’épanouissement et à la maturation des fruits de charité dans le monde. Donner également par devoir, soumet notre acte à l’accomplissement d’un acte moral et n’engage pas notre vie toute entière. Le don de soi, consenti et vécu dans la plénitude de son mystère évangélique, irradie dans le monde la lumière de la Résurrection, repousse au loin et anéantit le « pouvoir séparateur de l’Adversaire ». (Saint Grégoire de Nysse).

La vie en Christ

L’Apôtre Paul, dans ses Epîtres aux communautés nouvellement converties et qui venaient d’être intégrées au corps vivant de l’Eglise, jette une lumière décisive sur le mystère de Jésus-Christ, le Fils bien-aimé qui partage de toute éternité la gloire du Père. Saint Paul leur découvre le mystère du Salut révélé en la Personne du Fils de Dieu, afin de consolider leur foi, d’illuminer leur intelligence, d’affermir leur espérance et de les rendre pleinement participant, dans l’Esprit, à la grâce de la Vie nouvelle en Jésus-Christ. Il révèle aux Colossiens le Christ comme « l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature […] en lui ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui. Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Eglise. Il est le Principe, Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtînt en tout la primauté, car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude (Epître aux Colossiens 1, 15-20).

Cette plénitude de vie en Christ est la « réalité », le sens et le but de notre vie, ainsi que de toute l’Histoire, depuis les premiers jours de la Genèse jusqu’aux fins dernières qui n’acquièrent, véritablement, la plénitude de leur sens que dans la lumière de l’Incarnation du Verbe. C’est pourquoi l’Apôtre Paul, dans l’Epître aux Colossiens, dit du Corps du Christ qu’il est la « réalité » (Col. 2, 18) devant laquelle s’éclipse la lumière des connaissances humaines antiques et nouvelles opposées à la foi, lorsque celles-ci « s’attribuent à elles-mêmes tout le bien et ne le rapporte pas à Dieu », oubliant ainsi « qu’il existe une Puissance spirituelle, un Gouverneur invisible qui conduit l’homme, une Providence divine qui se soucie de lui et en prend soin d’une manière parfaite ».3 C’est dans cette connaissance opposée à la foi, nous instruit saint Isaac le Syrien, « qu’est plantée l’arbre de la connaissance du bien et du mal (cft Gn. 2, 17) lequel déracine l’amour ».4

Dans cette réalité du corps du Christ réside et rayonne notre plénitude, « le sens total et le but total de notre vie » (saint Justin le Nouveau de Tchélié). Cette réalité du corps du Christ est aussi la Vérité, c’est-à-dire qu’elle est le levier qui soulève le monde depuis les abîmes du péché pour le faire resplendir dans la lumière de la Vie. C’est vers lui, vers le corps divino-humain du Verbe incarné et en lui que convergent et que sont récapitulés, c’est-à-dire associés à sa plénitude, toute la création visible et invisible. C’est dans le mystère de son corps que « se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (Eph. 2, 3). Il est la Vérité parce qu’en lui réside la Vie divine offerte par le Père aux hommes et parce que « Dieu s’est plu […] à réconcilier tous les êtres pour lui » (Col. 1, 20). C’est pour cela qu’on peut dire du corps du Verbe de Dieu, qui s’est volontairement offert à la mort, dans son excès débordant d’amour pour nous, et « est ressuscité pour notre justification » (Rm 4, 25), qu’il est « la plénitude de [la] Vérité divine, de la Justice divine, de l’Amour divin et de l’Eternité divine »5. Toute l’humanité, régénérée par le sang de sa Croix, communie dans son Corps, à la plénitude de sa divinité ; car en lui, tous les dons divins s’offre à tous comme nourriture et breuvage de vie éternelle dans l’Eglise, « antidote pour ne pas mourir mais pour vivre en Jésus-Christ pour toujours ».6

Et, parce que cette plénitude du Corps du Christ, qui est l’Eglise, est vivante, féconde, et génératrice de vie, en elle, le fleuve débordant de vie, de lumière, de paix, de toutes les grâces et de tous les charismes divins coule de toute éternité et régénère tous ses membres, toute la création visible et invisible, ce qui est sur la terre et ce qui est dans le ciel.7 En elle, le temps se transmue en éternité, le terrestre en céleste, la terre en paradis et l’homme en dieu.

Jacques Agbodjan

Notes :

1. cft 2Tim 3, 2.
2. Op. cit. Introduction par Jean-Claude Larcher, page 33.
3. « Elle [cette connaissance] scrute les moindres défaillances des autres hommes, leurs imperfections et leurs faiblesses, elle incite à imposer ses propres opinions et à contredire les autres dans les discussions, à tromper par des machinations et des ruses, et à employer maints procédés qui déshonorent l’homme. Elle engendre l’enflure et l’orgueil et en est remplie, car elle s’attribue à elle-même tout le bien, et ne le rapporte pas à Dieu ». Isaac le Syrien, Discours ascétiques, Discours 62 à 65, page 401-402, trad. R.P. Placide Deseille, Monastère Saint Antoine le Grand et Monastère de Solan Sarl, 2006.
4. Ibid.
5. Père Justin Popovitch, Philosophie orthodoxe de la vérité, Dogmatique de l’Eglise orthodoxe, Tome quatrième, trad. J-.L Palierne, page 39, Coll. La Lumière du Thabor, Editions l’Age de l’Homme, Lausanne 1997.
6. Saint Ignace d’Antioche, Epître aux Ephésiens, Les Pères Apostoliques, page 157, coll. Foi vivante, Editions du Cerf, 1990.
7. « nous ne pouvons pas savoir de quelle manière le sang de Jésus Christ a pu être salvateur pour les Anges ou pour tous ceux qui se trouvaient aux enfers ; mais il était salvateur pour les uns comme pour les autres, et nous ne pouvons l’ignorer. S’il est descendu jusqu’aux enfers et s’il s’est élevé jusqu’au ciel ce fut pour emplir de Lui tous ceux qui s’y trouvaient dans la mesure où ils étaient capables de Le recevoir. Nous devons en tirer la conclusion qu’avant la descente du Christ et avant son Ascension, tout était vide et tout attendait d’être rempli de Lui ». Saint Jérôme cité par Père Justin Popovitch, op. cit., page 17-18.

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