Ajouté le: 5 Septembre 2010 L'heure: 15:14

Le semeur ou La synergie entre Dieu et l’home

(21e dimanche après la Pentecôte – Luc 8, 5-15)

 

Le semeur ou La synergie entre Dieu et l’home

Le Seigneur est au début de Sa mission terrestre, les foules Le suivent et Il les enseigne, le plus souvent en paraboles. St Mathieu et St Marc, qui rapportent aussi cette parabole1, nous disent qu’Il est au bord de la mer de Galilée, assis dans une barque – qui symbolise l’Eglise – et qu’Il enseigne la foule qui se tient sur le rivage.

La parabole du Semeur est exceptionnelle, non seulement par son contenu spirituel, mais aussi parce que le Seigneur en donne aussitôt après une explication à Ses Apôtres. Il révèle ainsi à tous les chrétiens une méthode, la méthode symbolique, qui servira à décrypter toutes les autres paraboles qui sont, par excellence, une révélation des pensées divines. D’ailleurs chez St Marc le Seigneur dit à Ses Apôtres, en substance : Si vous ne comprenez pas cette parabole, comment comprendrez-vous les autres ? (Mc 4, 13).

Il faut d’abord souligner le caractère trinitaire du début de la parabole, avec cette magnifique triade linguistique : semeur, semer, semence. Le Semeur est le Père, la source unique. Celui qui est « sorti pour semer » est le Fils qui s’incarne. La semence, qui est la Parole de Dieu, celle qui sort de la bouche du Verbe, ne peut entrer dans le cœur de l’Homme que par l’Esprit-Saint : on peut donc estimer qu’elle représente l’économie de l’Esprit. Il est par ailleurs tout à fait remarquable que le Seigneur compare la Parole de Dieu (c’est-à-dire la Vérité vivante révélée) à une nourriture potentielle (le grain produit le blé, s’il y a de la terre) et aussi, même si ce n’est pas dit ici, à un engendrement potentiel (la semence d’homme peut engendrer un rejeton)2.

Nous pouvons ensuite admirer la générosité de Dieu. De même que les agriculteurs sèment largement3, le Seigneur sème partout, sur tous les terrains, les bons et les mauvais, Il sème généreusement, sans calculer. Dieu est royal, et non pas comptable. Il espère toujours dans l’Homme, quel que soit l’état de l’âme de chacun.

Les quatre types de terrain sont quatre types d’âmes. Mais il est possible aussi qu’il y ait en nous plusieurs types de terrains, successivement ou même parallèlement, car l’âme humaine est complexe et non « linéaire ». Nous allons examiner les quatre types successivement.

Le premier type d’âme correspond à ceux qui sont le long du chemin : il s’agit de ceux qui sont éternellement en route, en recherche. Lorsqu’ils ont trouvé, ils sont incapables de s’arrêter, de se fixer, de choisir la vérité et de la cultiver. Choisir, c’est mourir à tout le reste, c’est mourir à ce qui n’est pas la vérité (ou l’amour) : c’est une grande ascèse. Beaucoup d’êtres humains sont ainsi, même dans l’Eglise. Ils sont toujours en quête de quelque chose, et ainsi ils ne voient pas le temps où Dieu les visite. Il faut bien souligner qu’ils ont « entendu », mais pas écouté, pas retenu. Lorsqu’on a « trouvé » il faut cesser de chercher : il faut travailler. Le diable fait alors son œuvre : il leur susurre à l’oreille : continue à avancer, c’est mieux plus loin. Et ils perdent la Parole, ils passent à côté de la vérité.

Le deuxième type d’âme correspond à ceux qui sont sur le roc. La rocaille n’est pas la terre arable. C’est joli, mais stérile. Contrairement aux précédents, non seulement ils entendent, mais reçoivent avec joie la Parole, ce qui est déjà mieux. Mais ils sont superficiels, on pourrait presque dire qu’ils sont des esthètes. Ils sont enthousiastes sur le moment, ce qui est sympathique, mais dès qu’il arrive la moindre difficulté, ils abandonnent et passent à autre chose. Ils n’ont pas de profondeur, pas de racines, qui servent à puiser la richesse intérieure dans les profondeurs du cœur, pas d’humidité, c’est-à-dire pas de vraie générosité, pas de désir d’aimer. En ce qui concerne la vérité comme l’amour, il faut être capable de donner sa vie.

Le troisième type d’âme correspond à ceux qui sont au milieu des épines. On aborde là un cas plus complexe : ils ont entendu, retenu et même portent du fruit, ce qui est mieux que les deux précédents. Mais ce fruit ne parvient pas à maturité : il n’y a donc pas de récolte. Ce sont les âmes qui sont mélangées, confuses, assaillies par toute sorte de problèmes, qui n’ont pas de hiérarchie de valeur, pas de méthode, pas de constance. Cela rappelle la parabole de l’ivraie : il y a en même temps du bon grain et de l’ivraie, mais l’ivraie va finir par étouffer le blé. Ils ont une sorte de cancer spirituel : un développement incontrôlé qui finit par entraîner la mort. La jeune pousse est progressivement étouffée par la croissance des ronces, des épines et des mauvaises herbes, comme dans un jardin mal entretenu. Un bon jardinier élague, arrache, bine, fait de la place pour les bons plants, les arrose, les protège…

Ils sont étouffés par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie. On y retrouve presque la triade du péché originel : puissance, possession, plaisir. Les soucis sont inévitables, mais il ne faut pas être centrés sur eux, il faut savoir les dépasser. Les richesses sont utiles, mais dans la mesure où elles apportent du bien et où elles vont de pair avec la générosité. Quant aux plaisirs de la vie, ils sont légitimes et consolants, mais ils ne sont pas le but de la vie. Le terme important est « étouffer » qui signifie mourir d’asphyxie. Il manque à ces personnes « l’air », l’esprit. Elles ont trouvé la vérité formelle, mais ne cherchent pas à acquérir le Saint-Esprit.

Le quatrième type d’âme est celui qui est chéri par Dieu : ce sont ceux qui ont de la bonne terre. Pour obtenir de la bonne terre, de la belle argile meuble, de la terre arable, il faut beaucoup travailler et longtemps. Il faut casser les cailloux, malaxer, mélanger, arroser, il faut biner, passer la herse, labourer. Il faut suer sang et eau. En géomorphologie la transformation des roches stériles en argile (contenant des acides aminés qui sont la clé de la vie) est un travail gigantesque qui dure pendant des millénaires et qui met en jeu tous les facteurs d’érosion : chaleur, froid, vent, pluie. C’est la même chose pour notre âme, qui est un terreau spirituel. Il faut casser la dureté de notre cœur par la bonté, éliminer les impuretés par la garde des pensées, arroser la sécheresse par les larmes du repentir, arrondir les angles par la charité… C’est un travail énorme, incessant et douloureux, qui va permettre de nous approfondir, d’accéder progressivement aux « profondeurs de notre cœur », de parvenir à l’entrée du temple intérieur, où réside l’Esprit-Saint. Ce n’est que dans cette bonne terre spirituelle que la Parole de Dieu peut produire du fruit. Ce fruit, qui est extraordinairement abondant (au centuple, c’est-à-dire cent fois plus), est la ressemblance à Dieu, la sainteté. In fine, elle aboutira à la déification.

Cette courte parabole constitue Le traité de spiritualité pour tous les chrétiens jusqu’au retour du Christ en gloire. Elle est notre fil directeur.

On peut être étonné les deux conclusions que fait le Christ, devant le peuple puis devant Ses Apôtres, et qui paraissent hermétiques. Il dit au peuple : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende, et à Ses Apôtres : A vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume… 

Mais les deux vont dans le même sens, qui est une confirmation de la parabole. Le Christ dit en réalité au peuple : faites l’effort de comprendre, travaillez sur vous-même, cherchez et vous trouverez. Je viens de jeter la semence dans vos cœurs: travaillez. Quant aux Apôtres, ils ne bénéficient pas d’un traitement de faveur : ils avaient auparavant écouté l’appel du Rabbi Ieshouah, avaient tout abandonné et L’avaient suivi. C’est pour cela que Jésus leur ouvre l’esprit, à part du peuple, qui n’en est pas encore à ce stade.

La conclusion est claire : les fruits ne peuvent résulter que du don gratuit de Dieu et de l’effort libre de l’Homme. C’est ce que la théologie orthodoxe appelle la synergie. Elle est la clé de l’accomplissement spirituel de l’Homme, la déification.

Père Noël TANAZACQ, Paris

Note :

1. Mt 13, 1.9 et Mc 4, 1-9.
2. Le terme « semence » (en latin : semen et en grec sperma) est utilisé dans la Bible pour désigner le « petit reste d’Israël » et le Messie (le rejeton de Jessé ).
3. Victor Hugo parle du « geste auguste du semeur ».

Le semeur ou La synergie entre Dieu et l’home

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