Ajouté le: 20 Juillet 2010 L'heure: 15:14

La force de transfiguration du monde (I)

La force de transfiguration du monde (I)

La force, la puissance de transfiguration du monde et de son renouvellement dans la lumière de la Résurrection du Christ est fondée, pour nous chrétiens, sur l’exigence de faire resplendir en ce monde la gloire de Dieu. Telle est l’œuvre confiée à Adam à l’aube de la création. « La lumière véritable qui éclaire tout homme venant dans le monde » (Jn 1, 9) doit, à partir de nous, de nos vies, rayonner dans le monde, apprêter la création entière comme une coupe eucharistique et l’offrir, en vue de sa transfiguration, au feu vivifiant de l’Esprit.

Une œuvre de transfiguration du monde  ne peut véritablement s’épanouir que dans le creuset de notre cœur, sur le terreau de l’humilité, de l’abnégation de nous-mêmes, c’est-à-dire, sur le renoncement à ce qui pour nous est important, voire essentiel, pour tendre toutes les forces de notre âme vers l’Unique nécessaire : ramener la pluralité des sonorités de notre âme à une seule ligne mélodique, la pluralité discordante de nos désirs, au désir de l’unique Source de tous biens, Notre Seigneur et notre Dieu, glorifié dans la Trinité.

Réaliser l’unité en nous-mêmes, ne saurait se circonscrire à notre seule vie intérieure, à nos efforts ascétiques sur nous-mêmes,  mais requiert une vie d’union et de communion dans l’amour avec les autres. Telle est la réalité, l’exigence fondamentale de la vie de l’Eglise, la réalité de ce foyer brûlant d’amour au cœur de l’Eglise. « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). Telle est la fin bienheureuse des commandements salutaires de l’Evangile.

« Parce que [Dieu] nous voulait unis les uns aux autres non seulement de nature mais de jugement ; et c’est en y poussant en vérité tout le genre humain qu’il nous a fait don par amour pour nous des commandements salutaires ».1

L’unité est une réalité spirituelle. Elle n’est pas une abstraction ni un idéal, même si la pensée de l’homme, à toutes les époques, a mobilisé ses énergies pour lui donner une réalité concrète dans la vie – en fondant sur elle la nécessaire exigence d’un dépassement des divergences d’opinions, de pensées, de points de vue, des oppositions de sentiments, des antagonismes ou des diversités de comportement, pour en faire le socle d’édification des identités ethniques, culturelles ou des collectivités d’opinion – sa vérité ne se déploie que dans la lumière de l’Esprit. L’unité, c’est-à-dire l’union et la communion dans l’amour, ne procède pas de contingences extérieures, même si celles-ci peuvent être fécondées par elle et lui offrir un cadre, un creuset qui la révèlent au cœur du mystère de la vie comme une force de cohésion, de concorde et d’harmonie. Elle est le propre de la Nature divine, la Vie de la Divine Trinité qui est une vie de communion dans l’amour. Et elle est le propre de la nature humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu.

« Ainsi le mystère de l’homme créé « à l’image de Dieu » n’est pas comme un mode opératoire vers la communion ou un chemin vers la communion, mais un état originel de communion »2 (Patriarche Daniel de Roumanie). 

L’accord des sentiments, cette heureuse disposition des cœurs vers une vie d’union et de communion dans l’amour, assure son fondement sur un dépassement des antagonismes d’opinions, des désaccords de jugements inconciliables et ne peut s’édifier que sur la vertu d’humilité. C’est un tel enseignement que nous révèle l’exhortation de l’Apôtre Paul dans sa lettre aux Philippiens :

« Par tout ce qu’il peut y avoir d’appel pressant dans le Christ, de persuasion dans l’amour, de communion dans l’Esprit, de tendresse compatissante, mettez le comble à ma joie par l’accord de vos sentiments : ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment ; n’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi ; ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres » (Phil 2, 1-4).

Lorsque l’Apôtre Pierre fut repris à Antioche par saint Paul, comme nous le rapporte l’Epître aux Galates (Gal 2, 11-14), parce « qu’il ne marchait pas droit selon la vérité de l’Evangile » car, par un comportement de feinte et de dissimulation, il adoptait une attitude qui donnait à penser aux nouveaux convertis du judaïsme à la foi chrétienne qu’il leur fallait continuer de suivre les prescriptions de la loi juive, il reçut les réprimandes de Paul avec modestie, céda à ses raisons sans imposer ses sentiments avec opiniâtreté. Il conserva la charité et la douceur et par-dessus tout cette admirable vertu qu’est l’humilité.3

Le mystère du « don de soi »

Le cheminement vers notre propre unification intérieure ne peut se réaliser, dans l’ordinaire de notre quotidien, dans sa routine, ou sa banalité, sans la rencontre du frère ; lorsque l’Evangile vient à notre rencontre, et que le « chemin d’Emmaüs (Lc 24, 13-15)  vient relayer notre propre chemin sur lequel, lorsque se déchire le voile d’aveuglement de notre cœur, le visage du frère se révèle à nous, comme étant véritablement le visage du Christ ressuscité qui a choisi de faire route avec nous, à nos côtés. Puisse le Seigneur, lorsque vient se substituer à notre propre route « la route menant de Jérusalem à Jéricho (Lc 10, 30) », puisse le Christ, dans ces moments fragiles et fugitifs, consumer au feu brûlant de sa Parole, nos incertitudes et nos doutes, et nous accorder la grâce de déceler Sa présence dans les mains tendues vers notre sollicitude,  dans le regard altéré qui s’attarde désespérément, au détour d’une rue, sur notre regard, dans la pauvreté et l’indigence de notre prochain.

L’abnégation ou le mystère du « don de soi », qui est un véritable sacrement, trouve son accomplissement dans la charité, l’amour libre et gratuit manifesté dans nos actes envers le prochain, fût-il pauvre ou riche. Cette vertu qui fait resplendir notre vie, par anticipation, dans la lumière du Royaume à venir, fait fructifier nos âmes et porte à maturité, dans la lumière de l’amour « les œuvres que Dieu a préparé d’avance pour que nous les pratiquions » (Eph 2, 10).

Le mystère de la dépossession de soi est un grand mystère qui se déploie à l’ombre de la Croix et qui nous permet d’embrasser, en toute humilité, la vie de notre prochain comme étant notre propre vie ; de considérer ses péchés, comme étant nos propres péchés ; ses manquements, comme étant nos propres manquements ; ses faiblesses comme étant nos propres faiblesses, et nous engage véritablement à la suite du Christ et selon son exhortation à devenir, dans l’accomplissement de cette « loi parfaite de liberté » qu’est l’Evangile (Jc 1, 25), les ferments du renouvellement du monde, les ferments de sa sanctification, de sa pacification et de sa joie, dans la lumière et la grâce de l’Esprit-Saint.

Jacques Agbodjan

Notes:
1. Maxime le Confesseur, Lettres, III, page 1, trad. Emmanuel Ponsoye, Coll. Sagesse chrétienne, Les Editions du Cerf, Paris 1998.
2. La joie de la fidélité, coédition Cerf et Istina, Paris, 2009.
3. Lenain de Tillemont, Memoires pour servir à l’Histoire ecclésiastique des six premiers siècles, Tome premier, page 172, A Paris, chez Charles Robustel, rue S. Jacques, au Palmier, M.DCC.I.

La force de transfiguration du monde (I)

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