(Jean 7, 37-53 et Actes 2, 11)
L’Esprit-Saint est insaisissable et en dehors de tout concept humain : on ne peut s’approcher du mystère de Son Etre et de Son économie que par des symboles, des analogies. Nous voyons dans les textes bibliques de la fête deux grands symboles de l’Esprit : l’eau et le feu. L’Evangile insiste sur l’eau, puisque c’est le Christ Lui-même qui annonce la venue de l’Esprit sous la forme d’une eau vive qui jaillira du cœur de ceux qui croiront en Lui, lors de la fête des Tentes, à Jérusalem (Jn 7, 38). Nous avons développé cet aspect dans notre premier article (Apostolia n° 15 de juin 2009)
Mais pour pouvoir parler de l’Esprit, il nous faut aussi nous pencher sur les Actes des Apôtres, écrits par Saint Luc comme un complément à son Evangile et qu’on appelle parfois « 5e Evangile » ou « Evangile du Saint-Esprit ». L’unique récit de la Pentecôte s’y trouve, alors que l’Ascension est rapportée dans l’Evangile et dans les Actes. Or, dans ce récit historique de la Descente du Saint-Esprit, l’aspect essentiel est le feu (les langues de feu). Mais il n’y a pas que le feu : il y a aussi l’air en mouvement, (le tourbillon, la tempête) et le bruit. Ce sont ces signes qu’il nous faut décrypter, ces symboles qui vont nous aider à nous approcher de ce Feu divin qu’est l’Esprit-Saint.
Contrairement à l’Evangile où le Christ dit une prophétie qui annonce la venue de l’Esprit, il s’agit ici de l’évènement historique de la Pentecôte chrétienne. Et ce récit est étonnamment bref, rapide, comme le Saint-Esprit (il y a quatre versets : Actes 2, 1-4). Mais il faut d’abord resituer l’évènement dans son contexte.
Les Apôtres, qui sont à nouveau douze puisqu’ils viennent de choisir Matthias pour remplacer Juda, sont réunis « tous ensemble dans le même lieu », c’est-à-dire dans le Cénacle, là où le Seigneur avait institué la Cène – l’eucharistie – et où Il avait donné au collège apostolique le pouvoir de lier et de délier, le dimanche de Pâques, en soufflant sur eux, pour bien mettre en évidence que ce pouvoir divin ne pouvait être accompli en eux que par le Saint-Esprit. Nous avons là, sous nos yeux, tous les éléments constitutifs de l’Eglise.1 Et si les Apôtres se trouvent réunis ce dimanche-là (dimanche = Pâques) c’est parce que c’était la fête juive de la Pentecôte, Chavouot2, qui annonçait la Pentecôte chrétienne, comme ce fut le cas pour Pâques. C’était la fête de la moisson (ce qui est hautement symbolique de l’Esprit et de l’Eglise), et surtout du don de la Loi. Le monde va passer de la lettre à l’esprit, de la Loi écrite à la Loi vivante, de la vie extérieure à la vie intérieure,à la vie selon l’Esprit, la vie en Dieu.
« Tout à coup » : l’irruption de l’Esprit est soudaine, imprévisible ; « Il vint du Ciel » : l’Esprit vient d’en-haut, du Père, source unique, du Trône divin ; « un bruit comme celui d’un vent impétueux » : c’est une tempête, une tornade. On est toujours surpris par le fait que de l’air en mouvement puisse avoir une telle force et faire un tel bruit. Pourtant l’air est impalpable, invisible, il n’a aucune « consistance ». Mais une fois en mouvement (tourbillonnaire) il est terrible,il a une force incroyable. Tel est l’Esprit. Mais les Actes disent bien « comme » : cela ressemble à, mais c’est autre chose qu’une tempête. Et ce qu’il y a d’étonnant, c’est que ce bruit qui semble descendre du Ciel (qui peut savoir d’où vient un bruit ? Rappelons nous ce que dit le Christ à Nicodème à propos de la renaissance d’eau et d’esprit3) remplit toute la maison. Cela signifie qu’il ne vient pas de l’extérieur. Il vient de nulle part4 et il remplit la maison : l’Esprit-Saint remplit tout5. Les Apôtres sont assis, comme sur des trônes. Après cette première manifestation de l’Esprit, qui était destinée à leur faire comprendre qu’Il était là, présent, et à les préparer à Le recevoir, vient le Don de l’Esprit.
« Des langues semblables à des langues de feu leur apparurent, séparées les unes des autres. Des langues de feu, ce sont des flammes : comment une flamme pourrait-elle apparaître en dehors du feu lui-même, d’un foyer, d’une source ? C’est impossible. Ici il s’agit du feu en lui-même, le Feu divin, qui est la source de tout. Il s’agit d’un même feu, mais les flammes sont séparées, distinctes les unes des autres : unique Feu divin, mais don personnel. Ces langues sont « semblables » à des langues de feu, mais elles ne sont pas du feu cosmique : il s’agit du feu incréé de la Divinité. Et elles apparaissent d’abord pour que les Apôtres les voient, pour bien montrer qu’il s’agit d’une réalité objective et non d’un fantasme personnel, d’une illusion individuelle.Après seulement, elles se posent sur chacun d’eux. C’est à ce moment là qu’ « ils sont tous remplis du Saint-Esprit ». C’est le baptême de l’Esprit, annoncé par le Christ6: ils sont immergés dans l’Esprit-Saint, dans le feu incréé. Et en un clin d’œil, ils sont transformés.
Nous avons là la révélation de l’économie de l’Esprit. L’Esprit-Saint distingue, mais au sein de l’unité. Chaque apôtre reçoit le même don et ils le reçoivent tous ensemble, simultanément : signe de l’unité de l’Eglise. Mais il y a une flamme sur chaque apôtre : c’est un don personnel. L’Esprit est Celui qui désigne, distingue, révèle la personne, ce qu’elle a d’unique. Lorsque le Père révèle que Jésus est Son Fils bien-aimé, à la Théophanie, Il le fait par le Saint-Esprit. L’Esprit est le Doigt de Dieu 7qui distingue et nomme. Mais cette distinction se fait au sein de l’unité,en vue de la concorde. Il ne s’agit pas ici de l’unité de nature, qui est restaurée en Christ – nouvel Adam – par Sa résurrection, mais de la concorde d’opinion, de la volonté libre d’entrer en communion, du don mutuel des personnes les unes aux autres, reflet de la périchorèse trinitaire, chacune des personnes divines se donnant aux deux autres. Il est d’ailleurs significatif que le premier fruit de la présence du Saint-Esprit soit le don des langues. Les Apôtres parlent à des gens d’origines et de langues diverses. Or, chacun « les entend parler dans sa propre langue », c’est-à-dire que tous comprennent l’unique parole des Apôtres : c’est l’abolition de la division, de la barrière d’incompréhension des hommes entre eux, l’anéantissement de Babel .
Mais il n’y a pas que le don des langues, car on pourrait à la limite parler une langue nouvelle sans la comprendre, comme cela arrive dans certaines sectes. Les Apôtres reçoivent aussi le don de connaissance : en un clin d’œil, les pêcheurs illettrés de Galilée deviennent des théologiens. Pierre prend la parole, au nom des Douze, et fait un grand discours théologique, en citant la Bible (le prophète Joël et les psaumes), pour confesser que Jésus de Nazareth est le Christ et qu’Il est ressuscité. Et aussitôt après, les apôtres font des guérisons, et ressuscitent des morts, conformément à la prophétie du Christ8. Ils deviennent courageux, alors qu’ils avaient abandonné leur maître pendant Sa Passion. Ils sont transformés. L’Esprit est Celui qui vient en l’homme et le transforme, le change, le déifie. Il est Celui qui donne Dieu. Voilà pourquoi le Seigneur Jésus avait dit : « Je suis venu jeter un feu sur la terre et comme Je voudrais qu’il fût déjà allumé » (Lc 12, 49).
Père Noël TANAZACQ (Paris)
Notes :
1. D’abord le fait qu’ils soient tous ensemble, dans le même lieu (la communauté chrétienne) ; et surtout, c’est là qu’ils ont reçu du Christ le pouvoir de consacrer les Dons et de remettre les péchés, c’est-à-dire les deux pouvoirs divins constitutifs du sacerdoce. Tout a été posé, établi par le Christ. C’est la Descente royale du Saint-Esprit qui va permettre à cette « structure » de vivre. Le Christ en a posé les fondements et la règle, l’Esprit va faire que ce corps prenne vie.
2. La fête de « Chavouot » ou fête des semaines, 7 semaines après « Pessah » (Pâques), où l’on offre à Dieu les prémices des récoltes (Deut. 16, 9, Nb 28, 26, Exo. 23, 16) et où l’on rend grâce à Dieu pour le don de la Torah au Sinaï.
3. « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit,mais tu ne sais d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit » (Jn 3, 8)
4. En fait il vient de l’intérieur : l’Esprit est « en » et tout est en Lui.
5. « Roi Céleste, Toi qui es partout présent et qui remplit tout… »
6. « Mais vous,dans peu de jours,vous serez baptisés du Saint-Esprit » (Ac 1, 5).
7. « Mais si c’est par le Doigt de Dieu que Je chasse les démons,c’est que le Royaume est venu vers vous » (Lc 11, 20).
8. « Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru en Moi : en Mon Nom …ils parleront des langues nouvelles,…ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris… » (Mc 16, 17-18).

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