Ajouté le: 8 Mars 2010 L'heure: 15:14

Que ta volonte soit faite (I)

« Puisque Dieu est continuellement présent, pourquoi s’inquiéter ? Nous vivons et nous nous mouvons en Lui (Ac. 17, 28). Nous sommes portés par Ses bras, nous respirons Dieu, nous sommes entourés par Dieu ; nous touchons Dieu, nous mangeons Dieu lors du sacrement de la communion. Où que l’on se tourne, où que l’on regarde, partout Se trouve Dieu ; aux Cieux, sur terre, dans les abysses, dans les arbres, dans les pierres, dans ton esprit,  dans ton cœur. (…) C’est Lui qui nous porte sur  Son sein.  Ainsi,  crie sans cesse « Mon Dieu, cela te plaît-il ?  Mon Dieu, est-ce cela ta volonté ? » Et sans cesse, jour et nuit, parle à Dieu en toute simplicité comme un fils parle à son père ». 

(Joseph l’Hésychaste (1898- 1959) – « Lettres  spirituelles » – Ed.  L’Age d’Homme) 

 

Que ta volonte soit faite (I)

Il n’y a qu’une seule chose qui nous sépare de Dieu, et une seule cause de la chute d’Adam et de chacun de nous : la désobéissance à la volonté de Dieu. Cette transgression est la source unique de tous nos péchés. Elle est aussi la source unique du mal, puisque la volonté de Dieu est le Bien absolu ; l’unique source du mensonge, puisque la volonté de Dieu est la Vérité absolue ; l’unique source de toutes les injustices, car la volonté de Dieu est Justice absolue ; l’unique source de la haine et de la discorde entre les hommes, car la volonté de Dieu c’est l’Amour pour tous les hommes et pour toutes les créatures; l’unique source de toutes nos souffrances, de tous nos malheurs et de la mort elle-même, puisque la volonté de Dieu est la Félicité parfaite et la Vie éternelle. Ainsi toutes nos prières, toute notre vie spirituelle, l’essence de notre foi et de la vérité chrétienne, pourraient se résumer en cinq mots : que Ta volonté soit faite.  

La volonté de Dieu est par définition toute puissante et éternelle, sans quoi Dieu ne serait pas Dieu. Alors pourquoi Lui demander que Sa volonté soit faite, puisqu’il n’y a rien dans l’univers, pas le moindre brin d’herbe, le moindre atome, qui ne soit venu à l’existence grâce à elle ? « L’univers vient de Dieu », et « tout ce qui vient de Dieu (…) tire son essence de Lui ». De sorte que « l’univers dépend d’une seule cause, qu’aucune des réalités qui le composent ne tire son essence d’elle-même, qu’elles ne sont ni leur propre principe ni leur propre cause, qu’au contraire il n’existe qu’une seule nature incréée et éternelle, toujours pareille, avec les mêmes attributs, supérieure à toute réflexion éphémère, ignorant tout accroissement, toute diminution et contemplée au-delà de toute définition » St. Grégoire de Nysse).

La volonté de Dieu,  qui surpasse infiniment l’intelligence et le jugement de l’homme, est la cause unique de tout ce qui existe, omniprésente et éternelle, illimitée et toute  puissante : « Dieu est, à la fois, tout et partout » (St. Grégoire de Nysse ).

Pourtant, si nous disons à notre Père : « que Ta volonté soit faite », n’est-ce pas signifier que la volonté de Dieu n’est pas illimitée ni toute puissante, puisque la possibilité existe qu’elle soit transgressée ? En effet, c’est par la volonté de Dieu que l’homme a été créé libre et doté d’une volonté propre, qui peut s’opposer à celle de Dieu. Cette apparente contradiction a conduit les rationalistes athées (parmi lesquels Diderot et le marquis de Sade)  à affirmer, soit que Dieu est faible, et alors il n’est pas Dieu, soit qu’Il est méchant, puisque c’est par sa volonté que le mal existe. C’est là un raisonnement qui semble juste, mais seulement si on le rapporte à l’échelle de ce monde et de la raison humaine créée, qui, aveuglée par l’orgueil et oubliant la distance incalculable qui la sépare de la sagesse infinie de Dieu, prétend juger le Créateur éternel, selon les normes et les mesures de la créature mortelle. Cet égarement qui consiste à substituer le jugement de l’homme à la sagesse de Dieu,  est à l’origine de la chute d’Adam, qui, ayant voulu égaler l’Esprit omniscient du Père éternel, est tombé sous l’emprise du démon, causant ainsi son propre malheur et celui de l’humanité tout entière. C’est parce que nous sommes tous les enfants d’Adam que nous renouvelons son péché, sans même nous en apercevoir, chaque fois – c’est-à-dire mille fois par jour - que nous jugeons nos prochains, la société, le monde et les événements heureux ou malheureux de notre vie ou de la planète, comme si nous avions la connaissance totale du bien et du mal, autrement dit comme si nous étions Dieu. La télévision, la presse écrite et parlée nous disent ce qu’il faut penser et comment juger chaque événement, selon les normes collectives de la raison humaine – qui subit le plus souvent l’influence des idéologies dominantes et des diverses modes culturelles – et selon nos connaissances fragmentaires et myopes, limitées dans l’espace et le temps, qui nous semblent pourtant suffisantes pour tout comprendre, tout  expliquer, tout juger. Cependant, en tant que chrétiens, nous savons bien – mais l’oublions chaque fois qu’il s’agit de notre propre jugement – que  « la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu », car  « l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu » qui « sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge » (1 Cor. 3, 19 ; 2, 14).

Et juger spirituellement de toute chose, c’est mettre la volonté du Père éternel au-dessus du jugement de la créature mortelle, et avoir une confiance illimitée et inconditionnelle  en Dieu, qui est – et ne saurait être autre chose – le Bien absolu, La Vérité absolue, la Justice absolue. C’est pourquoi « tout ce qui ne résulte pas de la foi est péché » (Rom. 14, 23) et ce péché et de la même nature que celui d’Adam.

La connaissance intellectuelle n’est qu’une étape, nécessaire, certes, mais insuffisante pour parvenir à Dieu, que l’on ne peut connaître que par la foi : « La connaissance est un degré par lequel on s’élève à la hauteur de la foi. Mais quand on est parvenu près de la foi, on n’a plus besoin de connaissance » (St. Isaac le Syrien).

La foi est un moyen de connaissance infiniment supérieur à la raison car elle englobe, de même que l’amour, la totalité de l’être. De même qu’ « il est impossible de regarder d’un œil le ciel et de l’autre la terre » (St. Jean Climaque),  nous ne pouvons en même temps conserver notre jugement humain et recevoir l’Esprit de Dieu : « Si tu vois que la connaissance humaine domine en toi, et si à la moindre alerte tu perds tes moyens et désespères, sache que tu es encore privé de la foi et que, en conséquence, tu ne places pas toute ton espérance dans le Seigneur et tu ne crois pas qu’il peut te sauver de tout mal » (Joseph l’Hésychaste – ibid.)

Le serpent qui a semé dans l’esprit d’Adam le venin du doute et de la défiance à l’égard de  Dieu, brisant l’unité spirituelle entre la créature et le Créateur, est toujours vivant dans l’esprit et le cœur de chacun de nous. De là résultent nos tendances contradictoires,  notre division intérieure et la dissension incessante entre les pensées et les volontés opposées qui se font la guerre dans notre conscience. Car, après la chute d’Adam, « il y a trois principes de nos pensées : Dieu, le démon et nous-mêmes ». Il nous faut donc « être continuellement en éveil quant à cette triple cause de nos pensées » (St. Jean Cassien).

Pour connaître la volonté de Dieu et la distinguer de notre propre volonté, il suffit d’accepter ce que Dieu nous donne ici et maintenant, que cela nous plaise ou non, sans maugréer, sans se révolter et sans imaginer ce qui aurait dû être selon nos désirs et notre propre jugement. Chaque fois que la volonté de Dieu s’oppose à celle de l’homme, c’est Dieu qui a raison et l’homme qui a tort. Tout ce qui vient de Dieu est bien car « Dieu sait transformer le mal en instrument du bien » (St. Grégoire de Nysse). Au contraire, le diable, qui peut se déguiser en ange de lumière (2 Cor. 11, 14), flatte notre orgueil et notre volonté propre, de manière à transformer même nos actions apparemment bonnes en instrument du mal, comme le dit si bien le dicton: « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». Car, sans l’aide de Dieu l’homme est incapable de faire le bien: « Vouloir le bien est à ma portée, mais l’accomplir non. Je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas, voilà ce que je pratique. » « En réalité, ce n’est plus moi qui accomplis cela, mais le péché qui habite en moi. » (Rom. 7, 17-19).

En effet, en transgressant la volonté de Dieu, l’homme déchu s’est privé du même coup de toute possibilité de faire le bien, puisque l’Esprit de Dieu est la source unique du bien et il n’y a aucun autre bien en dehors de Lui : « Tout bien tient son principe de Dieu. (…) Tout ce que tu as pu penser, dire, réaliser de bon, tout est un don de Dieu, par nous-mêmes nous ne possédons rien » (Joseph l’Hésychaste – ibid.)  Toute volonté qui ne vient pas de Dieu est par conséquent soit mauvaise soit impuissante. C’est pourquoi « ceux qui désirent apprendre la volonté du Seigneur doivent d’abord mortifier la leur » (St. Jean Climaque): « Quand tu viens devant Dieu par la prière, sois dans ta pensée comme la fourmi, comme ce qui rampe sur la terre, comme un ver, comme un enfant qui balbutie. Et ne dis rien devant Lui que tu prétends savoir. Mais approche Dieu avec un cœur d’enfant » (St. Isaac le Syrien).

(A suivre)

Viorel Ştefăneanu (Paris)

Que ta volonte soit faite (I)

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