Ajouté le: 14 Mars 2010 L'heure: 15:14

PÂQUES et la Semaine Sainte

PÂQUES et la Semaine Sainte

„PÂque”1 signifie2:

1. Passage ; lorsque Dieu a voulu libérer son peuple élu de la captivité, Il est passé (« pasah »Ex 12, 23) à travers l’Egypte pour frapper tous les premiers-nés, à l’exception de ceux des  Hébreux, qui avaient aspergé le linteau de leurs maisons du sang de

2. l’Agneau immolé ce même jour du 14 Nisan3, le soir, par chaque famille, et nommé pâque (« pesah »Ex 12, 11) du Seigneur (forme et sens proches de « passion »4).

Notre Pâque, c’est le Christ,

L’Agneau (Jn 1, 29) immolé pour nous (1 Co 5, 7), qui a  souffert pour nous (1P 2, 21) exactement un jour de 14 Nisan, un vendredi5 !, en passant (Jn 1, 36) à travers la mort et l’enfer (l’Egypte spirituelle), pour enlever le péché du monde, vaincre la mort par sa mort et faire don de sa vie aux abreuvés de son Sang6 (par la foi, le Baptême et la Communion). La Pâque du Seigneur devient ainsi le passage, pour l’Homme, de la captivité/mort à la liberté/vie (comme jadis à travers la Mer Rouge (Ex 14-15)).

Au début,

les chrétiens – en majorité Juifs – fêtaient la Pâque du Seigneur pendant un seul jour : le 14 Nisan, réunissant l’affliction pour la Passion de l’Agneau et la joie pour son Passage, par le jeûne (abstinence toute la journée) et la veille (le soir), suivis de la communion et de l’agape pascale à l’aurore7.

Mais bientôt,

les chrétiens, consécutivement à leur persécution par les juifs non convertis et à leur entreprise d’Evangélisation des nations, se sont mis à fêter la Pâque selon son déroulement historique : vendredi (Agneau-Passion), samedi (Passage aux enfers) et dimanche (Passage à la vie). L’inconvénient en fut que cela permit chez eux une accentuation  unilatérale, soit de l’affliction – Occident – , soit de la joie – Orient – comme aussi chez les apôtres.

Ces trois jours

(lat. triduum), constituent la Pâque chrétienne qui commence le jeudi soir par la trahison de Judas et aboutit à la nuit de la Résurrection ; c’est à eux que se réfère le pluriel « Pâques ». Le nom de « Pâques » attribué parfois au Lundi et Mardi radieux, est une ancienne coutume pour désigner les jours fériés suivant Pâques, mais elle est erronée (aucune autre Eglise ne l’utilise) : la Semaine radieuse n’est plus Pâques, mais uniquement Résurrection et renouveau8.

Que « Pâques » dure du Jeudi soir jusqu’à la nuit de Samedi / Dimanche, en témoignent :

• Le mode de calcul, fixé par le Ier Concile œcuménique en 325:

1. le dimanche de la Résurrection est le premier dimanche après la pleine lune suivant l’équinoxe de printemps9.
2. si la pâque juive tombe aussi un de ces jours là, (du jeudi au dimanche de la Résurrection) nous reportons nos Pâques à la semaine suivante. Ce fut le cas en 2009 : équinoxe le 21 mars, pleine lune le 9 avril, donc Résurrection le 12 avril ; mais la pâque juive tombait le Jeudi saint (9avr), et donc la Résurrection fut reportée au 19 avril. Les Occidentaux ne respectent plus la 2e décision : ils ont fêté Pâques le 12 avril ; lorsqu’il y a une différence d’une seule semaine entre les Pâques orthodoxes et occidentales, c’est pour cette raison, et ils en portent la responsabilité10 !

• Le nom du dimanche de la Résurrection : il est appelé « premier après Pâques », celui de Thomas étant déjà « le deuxième » !

En revenant en arrière…

six jours avant Pâques – nous dit St Jean Jn 12, 1-19 – Jésus se trouvait à Béthanie, chez Lazare qu’Il avait ressuscité des morts ; le lendemain, Il est entré en triomphe à Jérusalem et, pour la seule fois de sa vie, s’est laissé acclamer comme Roi, ce qui lui a attiré la haine de ceux qui n’ont pas voulu croire en Lui et la crucifixion. Ainsi, les samedi et dimanche avant Pâques11, nous commémorons La Résurrection de Lazare12 et l’Entrée à Jérusalem (Rameaux), deux jours de fête (Liturgie de St. Jean), où l’on organisait de grandes processions à Jérusalem, Béthanie, Mt des Oliviers, et des baptêmes13 le samedi, pour ceux qui voulaient passer la Semaine sainte en chrétiens ; ce dimanche des Rameaux, nous consommons du poisson14.

Entre ces fêtes et Pâques, 

• Les jours du Lundi au Mercredi saint (jours stricts de jeûne et aliturgiques15) furent ajoutés plus tard, et dédiés au figuier séché et au patriarche Joseph16 (Lundi), aux 10 vierges de l’Evangile17 (Mardi) et à la femme pécheresse qui a oint le Seigneur de myrrhe18 (Mercredi);

• Jeudi saint jusqu’au début de la Pâque, c’est la Cène mystique : l’après-midi (14h) sont célébrés la Liturgie et le Lavement des pieds, suivis de l’agape (bénédiction pour vin et huile !). A la vigile, on lit l’émouvant Discours d’adieux de Jésus et la Prière de Gethsémani (= le 1er et long Evangile Jn 13-17).

Pendant tous ces jours sont célébrées des Vigiles19 ; ce sera aussi le cas pour les trois jours de la Pâque : Vigiles des 12 Evangiles (jeudi soir pour vendredi), de la Mise au tombeau (vendredi soir pour samedi) et de la Résurrection (samedi soir pour dimanche)

Vendredi et Samedi saint : il y aurait beaucoup à dire20. Retenons déjà qu’ils sont des jours d’abstinence totale21 pour qui le peut.

Voilà comment s’est graduellement formée la Semaine sainte : 2 jours de fête + 3 jours de jeûne + Jeudi de la Cène + 3 jours de Pâques (voir le tableau joint).

Donc, nous qui attendons les saintes Pâques, préparons nous à communier au véritable Agneau, au Corps et au Sang du Seigneur : sans cette communion, les Pâques chrétiennes seraient un non-sens ! C’est avec une grande tristesse que nous voyons aujourd’hui, au cours de la Liturgie de Pâques, dans la nuit de la Résurrection, des chrétiens qui n’assistent pas à tout l’office et qui par conséquent ne communient pas. Les diverses excuses qu’ils présentent prouvent, soit leur désintérêt (ici, à chacun d’examiner sa propre faute), soit leur absence d’instruction en ce qui concerne les mystères de la foi – enseignements dont sont responsables les prêtres et les enseignants de l’Eglise.

Si les Hébreux avaient refusé jadis d’immoler l’agneau, cela aurait signifié pour eux qu’ils préféraient la mort chez les Egyptiens à la libération. Pâques n’est pas un rite compliqué auquel on peut se plier ou non : Pâques est la mise en jeu de notre éternité !

Hiéromoine Arsène de la Malvialle

 

 

† Résurrection de Lazare  
D † Entrée à Jérusalem Rameaux vigile
L † Joseph et le figuier vigile
M † Les dix vierges vigile
M † La femme pécheresse vigile
J † Cène mystique  
V

          1. Pâques
† Crucifixion

vigile: 12 Evangiles abstinence
S

           2. Pâques
† Descente aux enfers

vigile: Mise au tombeau
abstinence
D           2. Pâques
† Résurrection du Seigneur
vigile: Résurrection
 

 

Notes :

1. De l’hébreu pesah, transmis par le grec (pascha-πασχα) ou latin (pascha), utilisé uniquement au singulier. Les langues modesposent aussi d’un pluriel dévié : Paşti, Pâques.
2. Voir Exode 12
3. Premier mois du calendrier hébraïque.
4. Du grec pascho-πασχω = souffrir > pathima-παθηµα = passion.
5. Cf. Jn 19, 31; 18, 28
6. Jn 6, 53-58
7. Diac. Ioan Icà jr., Canonul Ortodoxiei I. Canonul Apostolic, ed. Deisis, Sibiu 2008, p. 300-301.
8. Elle est apellée en grec justement : Semaine du renouveau (διακαινησυµου).
9. Formule très connue et simple, mais qui cache en fait des calculs astronomiques plus compliqués.
10. Et lorsque le décalage est d’un mois, la faute appartient aux Orthodoxes qui depuis 1927 considèrent l’équinoxe de printemps non pas au 21 mars (réel), mais au 3 avril (imaginaire, selon le calendrier ancien) ; et ceci, à cause de l’Eglise russe et serbe qui n’ont pu corriger à cette époque le calendrier pour des raisons politiques; et aujourd’hui, l’habitude de longue date rend plus difficile encore la correction.
11. Les 40 jours du Carême se terminent le vendredi (voir l’article du no. passé).
12. Située chronologiquement plus tôt (Jn 11), elle relie la visite de Béthanie à l’Entrée à Jérusalem (Jn 12, 18).
13. Jusqu’à nos jours on chante à la Liturgie du Samedi de Lazare : Vous tous qui avez été baptisés en Christ... au lieu de Saint Dieu...
14. La tradition russe bénit aussi les œufs de poisson pour le samedi.
15. Nous communions le soir aux « Dons présanctifiés » (voir l’article du no. passé).
16. Mc 11,12-15. Contrairement au figuier, Joseph apporte des fruits (la virginité) alors que ce n’était pas encore le temps (c’est le Seigneur qui appelle, Mt 19,12).
17. Mt 25,1-13. Explique le Lundi : toute virginité n’est pas agréée par Dieu.
18. Mc 14,1-9; Mt 26,1-13. Explique le Mardi : une pécheresse peut devancer les vierges (folles), si elle règle sa vie en fixant toute son attention au Christ.
19. C-à-d. les Matines sont célébrées le soir à la suite des Vêpres, ou la nuit.
20. Voir APOSTOLIA N° 13 d’Avril 2009
21. C’est le seul samedi de l’année où l’on peut jeûner (Can. 66ap. et 55 Troul). Le jeûne (abstinence) est rompu par la Liturgie du soir (de St. Basile), lorsque nous communions. Mais nous ne mangeons rien d’autre ensuite, jusqu’à la fin de l’office de la Résurrection et de la Liturgie de nuit (de St. Jean).  

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