Saint Syméon le Nouveau Théologien, dans son sermon pour Pâques, dit que « le mystère de la Résurrection du Christ, notre Dieu, [...] sans cesse, si nous le voulons, se reproduit mystiquement en nous » et explique « comment le Christ est enseveli en nous comme en un tombeau et comment Il s’unit à nos âmes et ressuscite, en nous faisant ressusciter avec Lui »1. « Quand Il est présent en nous par l’Esprit, Il nous ressuscite des morts, nous vivifie, et se donne Lui-même à voir, tout entier, vivant en nous, Lui l’immortel et impérissable »2.
Dans ces affirmations des Pères inspirés se révèle essentiellement l’aspect personnel de l’action de la Résurrection du Christ, l’anticipation de la résurrection générale dans chaque homme individuellement. Par ailleurs leurs propos, et particulièrement les textes liturgiques orthodoxes, soulignent, à côté de cet aspect personnel, les changements créateurs (« Voici, je fais toutes choses nouvelles », Ap 21, 5) que dès maintenant la Résurrection du Christ – fût-ce perceptible seulement pour les yeux de la foi – opère dans l’univers visible et invisible, et dans lesquels se manifeste le caractère cosmique de la Résurrection. Ceci est vrai tout spécialement de l’office de la Sainte Pâque, « fête des fêtes et solennité des solennités », composé par saint Jean Damascène, en majeure partie sur la base du Sermon pour Pâques de saint Grégoire le Théologien. La Résurrection du Christ, Pâque néotestamentaire, y est conçue comme un passage à une vie nouvelle : « C’est le jour de la Résurrection, peuples, rayonnons de joie, c’est la Pâque, la Pâque du Seigneur : de la mort à la vie, de la terre aux cieux Christ Dieu nous a faits passer, chantons l’hymne de la victoire » (canon de Pâques, 1re ode). Le monde entier est rempli de la lumière de la Résurrection du Christ : « Aujourd’hui tout est inondé de lumière, le ciel, et la terre, et les enfers. Que toute créature célèbre la Résurrection du Christ car en elle, elle reçoit sa puissance » (3e ode). La nuit pascale elle-même, avec sa solennité, est une préfiguration de la résurrection générale, elle a une profonde signification eschatologique : « Elle est vraiment sainte et solennelle, cette nuit rédemptrice et lumineuse, messagère du jour radieux de la Résurrection, en elle la Lumière éternelle apparut à tous, sortant corporellement du tombeau » (7e ode). À côté de ce caractère universel et tout englobant de la Résurrection, les hymnes pascales indiquent la nécessité de notre propre participation dans les souffrances et la Résurrection du Christ, afin que nous puissions aussi partager Sa gloire et Sa joie. « Hier, ô Christ, je partageais Ton tombeau », – nous exclamons-nous dans la nuit pascale en répétant les paroles de saint Grégoire le Théologien, – « aujourd’hui que Tu es ressuscité je ressuscite avec Toi ; hier je partageais Ta Croix, donne-moi Ta gloire en partage, ô Sauveur, dans Ton Royaume » (3e ode). Et enfin, la joie et la lumière de la nuit pascale ne s’arrêtent pas aux murs de l’église mais pénètrent toute notre vie par l’esprit de fraternité, d’amour et de pardon : « C’est le jour de la Résurrection, emplissons-nous de lumière en cette solennité, embrassons-nous les uns les autres, disons « frères » à ceux qui nous haïssent et pardonnons tout à cause de la Résurrection et ainsi exclamons-nous: le Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la vie ! »
Archevêque Basile Krivochéine,
L’œuvre salvatrice du Christ sur la croix et dans la Résurrection, 1972

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