Si le bonheur consistait dans les jouissances corporelles, on devrait appeler heureux les bœufs lorsqu’ils trouvent des petits pois à manger. (Frg. 4)
Il faut éteindre bris plus que le feu. (Frg. 43)
Les bornes de l’âme tu ne peux les trouver en marchant, même si tu parcourrais tous les chemins ; tel profond verbe elle contient. (Frg. 45)
Empédoclès
Heureux qui s’est acquis un trésor de pensées divines, pauvre celui qui est habité par une illusion sombre sur les dieux. (Frg 132)
On ne peut s’approcher de la divinité comme accessible à nos yeux ou la saisir par les mains par lesquelles l’opinion entre dans le cœur des hommes. (Frg. 133)
Car la divinité ne possède pas de tête semblable à l’homme, et il n’y a pas deux branches qui pendent du dos, pas de pieds, pas des genoux rapides, pas de génitaux, mais un esprit, saint et surhumain qui se meut pour lui seul et parcourt par des pensées rapides le monde. (Frg. 134)
Diogène
Certains lui disaient : « Tu es âgé : dorénavant, prends un peu de repos. » – « Eh quoi ! Fit-il, si je courrais sur le long stade, devrais-je me relâcher près de la ligne d’arrivée ? Ne devrais-je pas plutôt accélérer ? »
Il avait l’habitude de marcher pieds nus sur la neige. (D.L. VI,34)
Voyant un jour un petit garçon boire dans ses mains, il jeta son gobelet hors de sa besace en s’écriant : « Un gamin m’a dépassé en frugalité ! » Il se débarrassa aussi de son écuelle quand il vit pareillement un enfant qui avait cassé son plat prendre ses lentilles dans le creux d’un morceau de pain. (D.L. VI,37)
Il faisait encore le raisonnement suivant : Tout appartient aux dieux ; les sages sont les amis des dieux, et les amis partagent tout en commun ; toutes choses, donc, appartiennent aux sages. (D.L. VI,37)
Voyant quelqu’un se purifier par des aspersions rituelles, Diogène lui dit : « Malheureux, ignores-tu une chose ? Pas plus que de tes fautes de grammaire, ce n’est pas en t’aspergeant que tu vas te débarrasser de fautes de conduite ! » Il reprochait aux hommes leur façon de prier : tout ce qu’ils demandent, affirmait-il, c’est ce qui leur semble bon et ce qui est vraiment bon. (D.L.VI,42)
Souvent, il rappelait aux gens que les dieux ne leur avaient pas rendu la vie aussi difficile mais qu’eux, ils avaient oublié cela poussés par l’avidité de friandises, parfums et de choses semblables. (D.L. VI, 44)
À son avis, les hommes de bien sont les images des dieux, et l’amour une affaire de paresse. « Qu’y a-t-il de misérable dans la vie ? » lui demandait-on. – Vieillir sans ressources. Et « quelle est la bête qui mord le plus terriblement ? » – « Parmi les bêtes sauvages, le sycophante ; chez les animaux domestiques, le flatteur. » (D.L. VI, 51)
« Un discours cherchant à plaire, c’est un lacet enduit de miel. » (D.L. VI,51)
Une autre fois, il vit un garçon rougir. « Courage, lui dit-il, c’est là la couleur de la vertu. » (D.L.VI,54)
Après avoir, un jour, entendu deux plaignants, il les condamna tous les deux : « Le premier, disait-il, a certainement volé, l’autre n’a rien perdu. » (D.L. VI,54).
À celui qui prétendait que vivre est un mal, il répliqua : « Non pas vivre, mais mal vivre. » (D.L.VI,55)
Les hommes, disait Diogène, se procurent ce qu’il faut pour vivre mais pas ce qu’il faut pour bien vivre. » (Stobée III,3)
« Quand j’ai faim. dit-il, je suis un maltais ; repu, je suis un molosse – deux races dont la plupart des gens font l’éloge mais qu’ils n’osent suivre à la chasse par crainte de l’effort. Ainsi ne pouvez-vous non plus vivre avec moi parce que vous avez peur de la souffrance. » (D.L. VI,55)
Quelqu’un se moquait du sage Diogène : « Comment, lui, un philosophe, peut-il manger des gâteaux ? » – « Les philosophes, reprit-il, goûtent à tout, mais pas comme le reste des hommes. » (Gnomol. Vat., 188)
(D.L. : Diogène Laertius, Vie et doctrine des philosophes. Cité après Les Cyniques grecs.
Fragments et témoignages, éd. par L. Paquet, Paris 1992.)