Sa main douce et légère, une main de Péri,
Comme rêve effleura les yeux de mon esprit.
Effrayé, je sentis tressaillir mes paupières,
Ainsi qu’une jeune aigle éveillée en son aire.
Il toucha mon oreille, et prise de frissons,
Elle s’ouvrit alors à d’innombrables sons.
Et je perçus soudain le roulement des mondes,
Le grandiose envol des anges dans les cieux,
Des plantes et des fleurs l’essor délicieux
Et la vie enfouie au sein des mers profondes.
Vers ma tremblante bouche, ensuite il se pencha
Et soudain d’une main foudroyante arracha
Ma langue pécheresse, oiseuse et vaine langue.
Et le verbe tranchant, tel un dard de serpent,
Il me l’implante, alors que la voix – en suspens –
Semblait avoir quitté ma faible bouche exsangue.
Me frappant de son glaive, avec sa dextre en sang
Il arracha le cœur humain de ma poitrine,
Et mis un autre cœur – charbon incandescent –
Brûlant de propager la divine doctrine.
Alexandre Pouchkine, 1824
Trad. Igor Astrow, lauréat de l’Académie Française